Pendant la grossesse, de nombreux médicaments courants peuvent devenir potentiellement dangereux. Cependant, certaines situations obligent parfois les femmes enceintes à prendre un traitement. Comment faire face à cette situation délicate ? Cet article vise à fournir des informations claires et structurées sur les médicaments à éviter pendant la grossesse, les alternatives possibles, et les précautions à prendre pour assurer la santé de la mère et de l'enfant.

Introduction

La grossesse est une période de changements physiologiques importants qui peuvent affecter la façon dont le corps d'une femme métabolise les médicaments. De plus, la barrière placentaire, bien que servant de filtre, permet à de nombreuses substances d'atteindre le fœtus. Il est donc crucial de comprendre quels médicaments sont sûrs et lesquels sont à éviter pendant cette période. L'automédication est fortement déconseillée, et une consultation médicale est essentielle avant de prendre tout médicament, même ceux disponibles sans ordonnance.

Importance de la Consultation Pré-Conceptionnelle

Dès le projet de grossesse, il est conseillé de faire un point sur les médicaments que l'on prend. Une consultation pré-conceptuelle avec un médecin permet de passer en revue les médicaments contre-indiqués pendant la grossesse. Cette étape permet de se préparer au mieux et de savoir quoi faire en toute sécurité. Si un traitement est nécessaire, le médecin pourra évaluer les risques et les bénéfices, et prescrire le médicament le plus sûr pour la mère et le bébé.

Principes Généraux de la Prise de Médicaments Pendant la Grossesse

D’une manière générale, l’utilisation des médicaments, y compris ceux vendus sans ordonnance, doit être évitée au cours de la grossesse. Cependant, une affection aiguë ou chronique peut amener le professionnel de santé à considérer la nécessité d’un traitement médicamenteux chez une femme enceinte. Pendant toute la grossesse, il est important de demander l’avis d’un médecin, d’une sage-femme, ou d’un pharmacien, avant de prendre un médicament. Cela concerne tous les médicaments, même ceux vendus sans ordonnance (contre les douleurs ou les rhumes…) et même ceux en pommade ou en spray. Il est crucial de toujours informer les professionnels de santé de votre grossesse, même si le soin n'a aucun lien direct avec celle-ci.

Risques Associés à la Prise de Médicaments Pendant la Grossesse

La prise de médicaments pendant la grossesse peut entraîner plusieurs types de risques, classés en fonction du moment de l'exposition et de l'impact sur le développement de l'enfant :

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  • Effets malformatifs : Ils se traduisent par la survenue de malformations chez l’embryon lors de son développement [anomalie du cœur, bec de lièvre, défaut de formation des membres, …). Du 13ème jour jusqu’à la 10ème semaine de grossesse, correspondant à la période embryonnaire ou période d'organogenèse, le risque tératogène est maximal.

  • Effets fœtotoxiques : Ils se traduisent par un retentissement sur la croissance ou la maturation des organes (faible poids à la naissance, atteintes rénales…). Jusqu'au mois précédant l'accouchement correspondant à la période foetale ou période de maturation et de croissance des organes en place, on parle de risque de foetotoxicité.

  • Effets néonataux : Liés le plus souvent à des expositions survenues en fin de grossesse ou pendant l’accouchement. En fin de grossesse, la prise de médicaments expose le nouveau-né (période périnatale) à des effets indésirables particuliers (risque d'imprégnation puis de sevrage néonatal).

  • Effets à distance de la naissance : Ces effets sont diagnostiqués chez l’enfant à distance de la naissance (par exemple : troubles cognitifs, troubles du comportement, troubles survenant à la seconde génération…).

Il est essentiel de noter que certains médicaments peuvent être pris à un stade de la grossesse, mais comporter des risques à un autre stade.

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Médicaments Courants et Contre-Indications

Anti-inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS) et Aspirine

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont les médicaments les plus utilisés dans le monde, notamment parce qu’ils sont délivrés sans ordonnance en pharmacie. Néanmoins, l’aspirine et ses dérivés peuvent être toxiques pour le bébé, plus particulièrement sur les plans cardiaque, pulmonaire et rénal. Ainsi, la prescription d’AINS est formellement contre-indiquée à partir du 6e mois de grossesse par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM). Malgré cela, leur utilisation doit tout de même être évitée au cours des 5 premiers mois.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (tels que l’ibuprofène ou le kétoprofène) et l’aspirine à forte dose (dose supérieure à 500 mg par jour) sont formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse. Des effets néfastes pour la mère et l'enfant à naître ont été mis en évidence lorsqu'ils sont utilisés au cours de cette période ; le risque existe même avec une seule prise et même si la grossesse est à terme. Lorsque les AINS sont destinés à une application locale, ils peuvent traverser la peau et passer dans le sang. Ils exposent ainsi le fœtus aux mêmes risques que lorsque ces médicaments sont pris par voie orale, en particulier lorsqu’ils sont appliqués sur une large surface de peau ou sous un pansement.

Antalgiques

Le paracétamol est l’antalgique généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse. La codéine, utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, ne doit être prise qu'après avis médical. En effet, chez le nouveau-né d'une mère traitée par des doses élevées peu avant l’accouchement, une insuffisance respiratoire peut survenir.

Médicaments contre la Migraine

En cas crise de migraine, les dérivés de l’ergot de seigle sont contre-indiqués pendant la grossesse en raison d’un effet vasoconstricteur sur le placenta et le cordon ombilical, néfaste pour le fœtus. Les AINS et l'aspirine ne peuvent être utilisés que de façon ponctuelle et sur avis médical pendant les cinq premiers mois de la grossesse. L’utilisation du paracétamol est possible à tout moment de la grossesse pour soulager une crise de migraine.

Médicaments contre le Rhume

Les médicaments utilisés dans le traitement du rhume contenant un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) sont formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse : ils exposent à des effets toxiques même avec une seule prise. Les traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) sont déconseillés pendant toute la grossesse. Les antihistaminiques sédatifs sont déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu’en cas de nécessité absolue. Les antihistaminiques non sédatifs (tels que la cétirizine) n’ont pas montré d’effet malformatif ou toxique chez l'animal et les études publiées chez la femme enceinte sont rassurantes.

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Antibiotiques

Certaines familles d’antibiotiques sont sans danger pour le fœtus et peuvent être prescrites au cours d’une grossesse, c’est notamment le cas des pénicillines qui sont utilisées pour soigner l’angine. Les antibiotiques de la famille des quinolones sont habituellement contre-indiqués ou déconseillés. Des atteintes articulaires ont été observées chez les enfants traités après la naissance avec des quinolones. Pour traiter une infection, on ne prend jamais d’antibiotiques sans prescription médicale. Seuls le médecin ou la sage-femme sauront dire s'ils sont nécessaires et prescrire le plus adapté.

Vaccins

Le vaccin contre la rubéole est contre-indiqué. Le vaccin contre la fièvre jaune n’est pas recommandé. Toutefois, le risque lié à la fièvre jaune est infiniment supérieur à celui que fait courir la vaccination.

Traitements contre l'Acné

L'isotrétinoïne est responsable de graves malformations chez l'enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. La patiente reçoit une notice et doit signer un document conservé par le médecin, dans lequel elle atteste avoir reçu les informations nécessaires. Tous les mois, lors de chaque renouvellement de traitement, un test sanguin de grossesse négatif datant de moins de trois jours doit être présenté au médecin. L'acitrétine est responsable de graves malformations chez l’enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. Une contraception rigoureuse est indispensable avant le début du traitement et pendant toute sa durée. Par prudence, la contraception est poursuivie trois ans à compter de l’arrêt du traitement, en raison de la persistance de la substance dans l’organisme. Pour assurer la bonne santé de chacun, les femmes ayant recours à un traitement contre l’acné doivent signer un document conservé par le médecin, attestant avoir reçu les informations nécessaires.

Médicaments contre l'Hypertension

Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et les antagonistes de l'angiotensine II sont formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse : ils exposent à une toxicité pour les reins du fœtus. Ils sont déconseillés pendant le premier trimestre de la grossesse. En conséquence, un désir de grossesse nécessite le remplacement de l'IEC ou de l'antagoniste de l'angiotensine II par un autre antihypertenseur. Les bêtabloquants peuvent être prescrits pendant la grossesse si besoin. Si le traitement précède l’accouchement, l'effet du bêtabloquant persiste quelques jours chez le nouveau-né, avec un risque de ralentissement du cœur et d’hypoglycémie.

Anticoagulants

Les anticoagulants oraux (antivitamines K) sont habituellement contre-indiqués chez la femme enceinte car ils exposent à des effets toxiques pour la mère et pour l’enfant à naître.

Somnifères et Antidépresseurs

Les antidépresseurs bouleversent le fonctionnement des reins et sont donc déconseillés au cours d’une grossesse. Quant aux somnifères, ils ne doivent pas être utilisés sans avis médical. En effet, la prise répétée d’un somnifère de la famille des benzodiazépines en fin de grossesse peut être responsable d'effets indésirables (troubles de la succion, difficulté respiratoire par exemple) chez le nouveau-né. Des études suggèrent un possible risque de malformation cardiaque avec les antidépresseurs ISRS, notamment la paroxétine et la fluoxétine. De plus, une étude québécoise publiée en décembre 2015 suggère, sans toutefois la démontrer, une augmentation du risque de troubles autistiques chez les enfants nés de mère traitée par un antidépresseur de la famille des inhibiteurs de recapture de la sérotonine (ISRS) pendant le 2e et le 3e trimestre de la grossesse.

Antiépileptiques

L’acide valproïque est l'antiépileptique qui a l'effet tératogène le plus important. Il peut entraîner des malformations notamment du cœur, du squelette, de l'appareil digestif ou du système nerveux. D'autres antiépileptiques (carbamazépine, phénobarbital, topiramate par exemple) sont susceptibles d'induire des risques de malformations. En conséquence, un désir de grossesse peut nécessiter une réévaluation du traitement antiépileptique en cours par le médecin. Le lithium augmente le risque de malformations cardiaques. Son utilisation est fortement déconseillée.

Importance de l'Information et de la Communication

Lorsqu’un médicament peut présenter des risques s’il est pris pendant la grossesse, un pictogramme est présent sur la boîte. Il est parfois indispensable de prendre un traitement pendant la grossesse, pour sa santé ou pour celle de bébé. L’important est de suivre la recommandation du professionnel de santé, même si le médicament porte le pictogramme « femme enceinte ». En effet cela signifie que dans notre cas particulier, les bénéfices apportés par le traitement sont plus grands que les risques. Ne pas se traiter ou arrêter sans avis médical pourrait entraîner une aggravation de notre maladie.

Des informations importantes sont présentes dans la notice présente dans la boîte des médicaments et accessibles depuis la base de données publique des médicaments, ainsi que et dans le résumé des caractéristiques des produits (RCP) destiné aux professionnels de santé.

Rôle du Pharmacien

En période de grossesse, certains produits peuvent poser souci même s’ils sont en libre accès. Identifier tôt une grossesse : l’information « je suis enceinte » ne vient pas toujours spontanément, notamment dans les toutes premières semaines. Certaines formes galéniques (suppositoires, sirops, crèmes) peuvent être perçues comme moins à risque que les comprimés oraux. Le spectre des risques varie selon le stade gestationnel : tératogénicité pendant l’organogenèse (J21 à S9) et fœtotoxicité au-delà (ex. AINS à partir de 24 SA). La phytothérapie et l’aromathérapie sont souvent plébiscitées par les femmes enceintes pour leur image de naturalité. Depuis 2019, l’entretien pharmaceutique femme enceinte peut être proposé dès le 1er trimestre et facturé 5 € via le LGO (code acte EFE). Cet échange structuré vise à faire le point sur les traitements, sensibiliser aux risques médicamenteux, adapter la supplémentation (acide folique, vitamine D…) et prévenir les expositions à risque (alcool, tabac, …). Ces pictogrammes ont une valeur informative et préventive, mais ils ne couvrent pas tous les risques, ni tous les médicaments concernés.

Modifications Physiologiques Pendant la Grossesse et Impact sur les Médicaments

Pendant la grossesse, les nombreux changements physiologiques peuvent entrainer des modifications de l’efficacité de certains médicaments. Chez la femme enceinte, la moindre molécule ingérée peut franchir la barrière placentaire. Or, celle-ci n’est pas une protection hermétique : elle agit davantage comme un filtre, dont la perméabilité varie selon les caractéristiques physico-chimiques de la substance et l’avancement de la grossesse. Par ailleurs, la grossesse modifie tous les paramètres pharmacocinétiques : motilité digestive ralentie, pH gastrique accru, volume de distribution augmenté, hypoalbuminémie, induction ou inhibition enzymatique, élévation de la filtration glomérulaire… En résulte une imprévisibilité majeure du devenir des médicaments, rendant leur usage hors prescription particulièrement risqué.

Au cours de la grossesse, il y a une unité tricompartimentale foeto-materno-placentaire.

Au cours de la grossesse :

  • Le temps de remplissage gastrique est augmenté
  • L’activité sécrétoire est réduite surtout pendant les deux premiers trimestres

Conséquences : Ces modifications concourent à élever le pH gastrique et le pouvoir tampon, influençant ainsi l’ionisation des molécules acides et bases faibles.

En fin de grossesse : le débit sanguin rénal est augmenté de 50%

Conséquences : il existe une augmentation de la filtration glomérulaire (donc augmentation de la clairance à la créatinine).

Risques et Pathologies Maternelles

  • Le risque spontané de malformations congénitales majeures est de l'ordre de 2-3% dans les pays occidentaux et incite à interpréter avec prudence les premières observations de malformations rapportées avec un médicament : elles peuvent être dues au hasard. Certains pathologies chroniques (ex : diabète, épilepsie) sont associées à une augmentation du risque de malformation
  • Le risque lié à la pathologie pour la patiente et son foetus : fièvre, infection, asthme, diabète…L'absence de traitement efficace peut, dans ce cas, s'avérer dangereuse pour la mère et le foetus. Il faut veiller à ne pas "sous-traiter" la patiente.
  • Le risque lié au médicament : la prise du plus grand tératogène connu dans l'espèce humaine, la thalidomide, a été associée à un risque variant entre 20 et 50% de malformation. Le valproate de sodium multiplie par un facteur voisin de 10 à 30 le risque naturel d'anomalie de fermeture du tube neural qui est de 0.1%. Ce risque atteint donc une valeur variant de 1 à 3%. Il faut tenir compte de la période d'exposition au médicament qui correspond non seulement à la période de consommation mais aussi au temps nécessaire pour éliminer le médicament. En fonction de la demi-vie du produit et de l'existance de métabolite, la période d'exposition peut s'avérer relativement longue et se poursuivre pendant la période d'organogénèse même si la prise de médicament a été stoppée dès la découverte de la grossesse.

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