L'avortement chez les animaux d'élevage, notamment les bovins, ovins et caprins, est une source d'inquiétude majeure et affecte la productivité des exploitations. Comprendre les causes, les conséquences et les mesures de gestion est essentiel pour minimiser son impact.

Définition de l'avortement

Un avortement est défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un animal mort-né, ou le décès d'un animal dans les 48 heures suivant la naissance, à l'exclusion des avortements d'origine accidentelle. Chez les bovins, on distingue la mortalité embryonnaire (dans les 45 premiers jours de la gestation) des avortements (après 45 jours de gestation). Il est important de noter qu'il faut dépasser 42 jours de gestation pour parler de fœtus.

Causes de l'avortement

De nombreux facteurs peuvent interrompre la gestation. Ces facteurs peuvent être classés en deux grandes catégories : infectieux et non infectieux.

Causes non infectieuses

Plusieurs facteurs non infectieux peuvent provoquer un avortement, notamment :

  • Traumatismes: Un traumatisme subi par la mère en fin de gestation, tel qu'un coup ou une mauvaise contention, peut entraîner un avortement.
  • Anomalies fœtales: Des anomalies génétiques ou développementales chez le fœtus peuvent entraîner son expulsion.
  • Problèmes alimentaires: Une alimentation inadéquate ou déséquilibrée peut compromettre la gestation et provoquer un avortement.
  • Torsion du cordon ombilical: Dans certains cas, le cordon ombilical peut se tordre excessivement, bloquant la circulation sanguine vers le fœtus et entraînant sa mort. Un cordon trop long est un facteur prédisposant (6 fois plus de risques de torsion de cordon si la longueur est supérieure à 90 cm).
  • Gestation gémellaire: Chez les juments, la gestation gémellaire entraîne souvent l'avortement des deux fœtus, généralement vers le 9e ou 10e mois de gestation.
  • Maladies générales de la mère: Certaines maladies de la mère, telles que des coliques sévères, la grippe, la piroplasmose ou la leptospirose, peuvent provoquer un avortement. De plus, certains médicaments peuvent également avoir cet effet.

Causes infectieuses

La liste des agents infectieux responsables d'avortements est longue et variée. Parmi les plus fréquents, on trouve :

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  • Bactéries: Ehrlichiose, fièvre Q, salmonellose, listériose, chlamydiose abortive (en particulier chez les ovins). Chez les juments, Streptococcus zooepidemicus est la bactérie la plus fréquemment isolée.
  • Virus: BVD (diarrhée virale bovine), herpèsvirus équin de type 1 (HVE-1, responsable de la rhinopneumonie équine).
  • Parasites: Néosporose, toxoplasmose.
  • Champignons: Infections fongiques (mycoses), souvent associées à des placentites.

Certains de ces agents infectieux sont particulièrement redoutables en raison de leur contagiosité et de leur capacité à se propager rapidement au sein d'un élevage.

Diagnostic des avortements

Lorsqu'un avortement survient, il est essentiel d'en identifier la cause afin de mettre en place des mesures de prévention et de contrôle appropriées. Le diagnostic repose sur plusieurs éléments :

  • Observations cliniques et épidémiologiques: Les manifestations cliniques observées chez la mère et les caractéristiques épidémiologiques (nombre d'avortements, période de l'année, etc.) peuvent orienter vers une suspicion.
  • Analyses de laboratoire: Le recours au laboratoire est souvent indispensable pour identifier l'agent causal. Les analyses peuvent inclure la PCR (réaction en chaîne par polymérase) pour détecter l'ADN de l'agent pathogène, la culture bactérienne pour identifier les bactéries, et la sérologie pour rechercher les anticorps produits par l'animal en réponse à une infection.
  • Autopsie du fœtus: L'autopsie du fœtus peut révéler des lésions caractéristiques de certaines infections.

Il est recommandé d'intervenir rapidement et d'effectuer des prélèvements dès le deuxième avortement dans les 48 heures maximum. Pour compléter le diagnostic, des recherches sérologiques complémentaires peuvent être effectuées sur les femelles ayant avorté et leurs congénères.

Conséquences des avortements

Les avortements entraînent des pertes économiques importantes pour les éleveurs. Ces pertes sont dues à :

  • Diminution du nombre de naissances: Moins de veaux, d'agneaux ou de chevreaux se traduit par une baisse des ventes et du renouvellement du troupeau.
  • Coûts des analyses et des traitements: Les analyses de laboratoire, les traitements antibiotiques et les autres interventions vétérinaires représentent des dépenses supplémentaires.
  • Baisse de la production laitière: Les femelles ayant avorté peuvent avoir une production laitière réduite.
  • Problèmes de fertilité: Certaines infections abortives peuvent entraîner des problèmes de fertilité à long terme chez les femelles.
  • Risque de zoonoses: Certaines infections abortives, comme la fièvre Q ou la brucellose, sont transmissibles à l'homme et représentent un risque pour la santé publique. Chez les humains, la brucellose est une maladie d’expression très polymorphe (« maladie aux cent visages ») de longue durée et évoluant par poussées successives. C'est une maladie assez répandue dont la contamination se fait généralement par voie respiratoire (poussières de bergerie, de fumier, …). Dans la majorité des cas, elle est responsable d'un syndrôme grippal bénin, qui se complique parfois en pneumonie. Elle est grave pour les femmes enceintes chez lesquelles elle entraînent une fausse-couche ou un accouchement prématuré.

Mesures de prévention et de gestion

La gestion sanitaire des avortements implique la mise en place de mesures strictes par le couple éleveur/vétérinaire afin de limiter l'impact sur le cheptel et l'environnement. Ces mesures comprennent :

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  • Déclaration obligatoire: Tout avortement doit être déclaré aux autorités sanitaires, notamment dans le cadre de la surveillance de la brucellose.
  • Isolement des animaux ayant avorté: Dès la constatation d'un avortement, la femelle ayant avorté, le fœtus et le placenta doivent être isolés pour éviter la contamination des autres animaux.
  • Hygiène rigoureuse: Les locaux, le matériel et les équipements doivent être nettoyés et désinfectés régulièrement pour réduire la propagation des agents infectieux. Par ailleurs, la prévention des maladies abortives passe par l’hygiène des locaux (désinfection des cases de vêlages et nurseries, abreuvoirs, murs, tubulaires, et vides sanitaires,…), de l’eau de boisson et des aliments qui doivent éviter d’être souillés par d’autres animaux (chiens, chats, volailles, oiseaux, rats,…). Le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
  • Gestion des produits d'avortement: Les produits d'avortement (placenta et fœtus) doivent être éliminés rapidement et de manière appropriée, par exemple par équarrissage, pour éviter la propagation des agents infectieux. Les avortons et les délivrances doivent être rapidement collectés avec des gants et à mettre à l'équarrissage (et à l’abri des chiens ou d’autres animaux).
  • Vaccination: La vaccination peut être utilisée pour protéger les animaux contre certaines infections abortives, comme la BVD ou la rhinopneumonie équine. Il existe sur le marché des vaccins qui contribuent à prévenir les avortements découlant d'une infection par le HVE-1. Toutefois, ces vaccins ne peuvent garantir une protection totale contre les avortements.
  • Contrôle des animaux introduits: Il est important d'éviter d'introduire dans le troupeau des animaux au statut sanitaire inconnu, en particulier pour la chlamydiose et la brucellose. Pour éviter l'apparition d'avortement dans son troupeau, il faut éviter d'y faire entrer des animaux (mâles reproducteurs, agnelles ou chevrettes) au statut sanitaire inconnu. C'est particulièrement vrai pour la chlamydiose (et la brucellose).
  • Lutte contre les vecteurs: Il est important de lutter contre les vecteurs de certaines maladies abortives, comme les chiens pour la néosporose ou les tiques pour la fièvre Q.
  • Alimentation équilibrée: Une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins des femelles gestantes est essentielle pour maintenir leur santé et réduire le risque d'avortement.
  • Surveillance attentive des femelles gestantes: Il est important de surveiller attentivement les femelles gestantes, en particulier pendant les deux derniers mois de gestation, et de consulter un vétérinaire en cas d'anomalie. Il faut bien examiner chaque jour les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve…) et consulter son vétérinaire lors de la moindre anomalie. Il pourra alors confirmer ou non la suspicion de placentite en effectuant, par exemple, une échographie du placenta. Le cas échéant, il mettra en place un traitement antibiotique si nécessaire. Un traitement précoce peut permettre d’éviter l’avortement.
  • Bilan sanitaire d'élevage: Un point annuel « performances de reproduction » doit être fait pendant le Bilan Sanitaire d’Elevage.

Cas particulier de l'avortement chez les juments

Chez les juments, les causes d'avortement peuvent être spécifiques. Outre les causes générales mentionnées ci-dessus, il convient de prêter attention aux aspects suivants :

  • Placentite ascendante: L'infection du placenta par des bactéries ayant pénétré par la vulve est une cause fréquente d'avortement chez les juments. L'entrée de bactéries peut se faire lors d'une mauvaise conformation de la vulve, qui laisse pénétrer le crottin. Ces juments nécessitent alors une suture adéquate (vulvoplastie). Une modification de l’orientation de la vulve faisant suite à un amaigrissement peut aussi être à l'origine de placentite chez les juments pleines. Il est également primordial de maintenir les juments pleines dans de bonnes conditions d’hygiène pour limiter les risques de contamination microbienne (boxes ou stabulations régulièrement curés…). Les palpations vaginales chez les juments pleines sont fortement déconseillées.
  • Rhinopneumonie équine: La forme abortive de la rhinopneumonie, due à l'herpèsvirus équin de type 1 (HVE-1), est une cause importante d'avortement chez les juments. Dans ces cas, l'avortement intervient sans signes prémonitoires, le plus souvent en fin de gestation. Le fait qu'une jument ait avorté de rhinopneumonie une année ne signifie pas que cette dernière soit protégée contre les avortements les années suivantes.
  • Torsion du cordon ombilical: Un cordon trop long est un facteur prédisposant.
  • Gestation gémellaire: La jument ne peut pas assurer le développement à terme de deux poulains.

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