L'avortement, qu'il soit sécurisé ou non, est une question de santé publique mondiale, particulièrement dans les zones de conflit et les contextes fragiles. L'utilisation de méthodes non sécurisées, comme l'avortement avec une tige, comporte des risques et des complications significatives pour la santé des femmes. Cet article explore en profondeur ces risques et complications, en s'appuyant sur des études de cas et des données statistiques.

Avortements non sécurisés : Une réalité alarmante

Les avortements non sécurisés représentent un problème majeur de santé publique, surtout dans les pays où l'accès à des services de santé reproductive est limité. Une étude menée dans deux hôpitaux à Bangui en République centrafricaine et dans l’État de Jigawa, dans le nord du Nigeria, révèle que les femmes qui recourent à des avortements non sécurisés ont jusqu'à sept fois plus de risques de développer des complications sévères.

Témoignages poignants

Les témoignages de femmes ayant subi des avortements non sécurisés sont glaçants. L'une d'elles raconte : « J'étais bouleversée, j'avais bu le médicament traditionnel. Avant cela, quelqu'un m'avait montré comment introduire un morceau de fer dans le vagin … C'était un morceau de fer comme ça [elle montre la taille à l'enquêteur]. Cette personne m’a dit que cela permettrait de dilater le col de l'utérus, mais il n'y a pas eu d'effet … Elle m'a aussi dit de faire bouillir les racines d’une plante qui s’appelle Kava avec du natron [carbonate de sodium] et de boire le mélange. Après l’avoir bu, je ne me sentais pas bien. »

Une autre femme témoigne : « C’est une histoire de copinage [mais] je suis tombée enceinte… J’ai essayé d’avorter mais ça n’a pas marché, j'ai été obligée d’aller voir une mère dans un quartier… Elle m’a demandé la somme de 15 000 francs CFA pour [faire] l’avortement, je n’avais que 13 000 francs CFA, je lui ai donné, elle m’a injecté des médicaments et elle a dilaté mon col avec la tige de manioc et le fœtus est tombé. »

Ces récits illustrent le désespoir et le manque d'alternatives sécurisées auxquels sont confrontées de nombreuses femmes.

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Mortalité maternelle et complications post-avortement

Environ 70 % des décès maternels se produisent en Afrique subsaharienne. Parmi les cinq principales causes figurent les complications d’avortement. Avec 829 décès pour 100 000 naissances vivantes, la République centrafricaine a l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde. Dans l’hôpital de Bangui où a été réalisée l’étude AMoCo, les admissions pour des complications d’avortement représentaient 20 % de toutes les admissions liées à la grossesse au cours de la période étudiée. Plus des deux tiers sont survenues pendant le premier trimestre de grossesse.

Les complications observées sont souvent graves en raison du manque de compétences des personnes pratiquant l'avortement et/ou du non-respect des normes médicales en vigueur. De plus, l'insuffisance des services de soins post-avortement et les barrières pour y accéder aggravent la situation.

Les risques liés à l'avortement avec tige

L'avortement avec une tige, souvent réalisé dans des conditions insalubres et par des personnes non qualifiées, présente de nombreux risques pour la santé des femmes.

Perforation utérine

L'introduction d'une tige dans l'utérus peut entraîner une perforation, c'est-à-dire une blessure de la paroi utérine. Cette complication peut provoquer des hémorragies internes, des infections et, dans les cas les plus graves, nécessiter une intervention chirurgicale d'urgence pour réparer les dommages.

Infections

Les instruments non stériles utilisés lors de l'avortement avec une tige peuvent introduire des bactéries dans l'utérus, entraînant des infections graves telles que l'endométrite (inflammation de la muqueuse utérine) ou la septicémie (infection généralisée). Ces infections peuvent mettre la vie de la femme en danger et entraîner des complications à long terme, comme la stérilité.

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Hémorragies

L'avortement avec une tige peut provoquer des saignements abondants, voire des hémorragies, en raison de lésions de la paroi utérine ou de la rétention de fragments de tissus placentaires. Dans certains cas, une transfusion sanguine peut être nécessaire pour compenser la perte de sang.

Stérilité

Les complications liées à l'avortement avec une tige, telles que les infections et les lésions de l'utérus, peuvent entraîner la stérilité. Les femmes ayant subi un avortement non sécurisé ont également plus de risques de développer des grossesses extra-utérines, des fausses couches ou des accouchements prématurés lors de grossesses ultérieures.

Douleur physique

L'avortement avec une tige est une procédure douloureuse, surtout lorsqu'elle est réalisée sans anesthésie. La dilatation du col de l'utérus et les contractions utérines provoquées par l'introduction de la tige peuvent causer des douleurs intenses et persistantes.

Complications psychologiques

Outre les risques physiques, l'avortement avec une tige peut avoir des conséquences psychologiques importantes pour les femmes. Des sentiments de regret, de culpabilité, de honte et de détresse peuvent survenir après l'avortement. Dans certains cas, ces sentiments peuvent évoluer vers un syndrome post-abortif, caractérisé par des troubles de l'humeur, de l'anxiété, des troubles du sommeil et des idées suicidaires.

Facteurs contribuant aux avortements non sécurisés

Plusieurs facteurs contribuent au recours aux avortements non sécurisés, notamment :

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  • Restrictions légales à l'avortement : Dans les pays où l'avortement est illégal ou soumis à des restrictions sévères, les femmes sont plus susceptibles de recourir à des méthodes non sécurisées.
  • Manque d'accès aux services de santé reproductive : Le manque d'accès aux services de contraception, d'avortement sécurisé et de soins post-avortement contribue également au problème des avortements non sécurisés.
  • Pauvreté et inégalités sociales : Les femmes vivant dans la pauvreté et les communautés marginalisées sont plus susceptibles de recourir à des avortements non sécurisés en raison de leur manque d'accès aux ressources et aux informations.
  • Normes sociales et culturelles : Dans certaines sociétés, les normes sociales et culturelles peuvent stigmatiser l'avortement et empêcher les femmes de rechercher des soins sécurisés.

Solutions et recommandations

Pour réduire les risques et les complications liés à l'avortement avec une tige, il est essentiel de mettre en œuvre des solutions globales et multisectorielles.

  • Légaliser et réglementer l'avortement : La légalisation de l'avortement et la mise en place de réglementations claires et complètes sont essentielles pour garantir l'accès des femmes à des services d'avortement sécurisés et de qualité.
  • Améliorer l'accès aux services de santé reproductive : Il est crucial d'améliorer l'accès des femmes aux services de contraception, d'avortement sécurisé et de soins post-avortement, en particulier dans les zones rurales et les communautés marginalisées.
  • Éduquer et sensibiliser les communautés : Il est important d'éduquer et de sensibiliser les communautés sur les risques liés aux avortements non sécurisés et sur l'importance de rechercher des soins médicaux appropriés.
  • Former et équiper les professionnels de la santé : Il est nécessaire de former et d'équiper les professionnels de la santé pour qu'ils puissent fournir des services d'avortement sécurisés et de qualité, ainsi que des soins post-avortement appropriés.
  • Lutter contre la stigmatisation : Il est essentiel de lutter contre la stigmatisation de l'avortement et de créer un environnement favorable où les femmes se sentent à l'aise de rechercher des soins médicaux sans crainte de jugement ou de discrimination.

L'avortement par aspiration : une alternative plus sûre

L’avortement par aspiration est la méthode la plus souvent utilisée entre la 8 eme et 12 eme semaine de grossesse. A partir de ce stade, l’avortement médicamenteux devient problématique et souvent contre-indiqué. L’intervention chirurgicale peut se faire sous anesthésie locale ou générale.

Comme pour un examen gynécologique, le vagin est d'abord élargi à l'aide d'un spéculum. Ensuite, le col de l’utérus (canal cervical) est dilaté de 4 à 12 mm, selon l'âge de la grossesse, avec des tiges en métal ou en plastique (dilatateur, bougie). Cette dilatation est douloureuse. Aussi, une anesthésie générale (ou locale par des injections autour du col) est indispensable. La canule reliée à un appareil aspirateur est introduite par le col. Elle a un diamètre de 4 à 12 mm, en fonction de l'âge de la grossesse. Le fœtus est alors déchiqueté par la canule et le contenu de l'utérus est aspiré. Souvent, la paroi de l'utérus est « contrôlée » avec une curette (instrument en forme d'une petite cuillère) et d'éventuels résidus du fœtus sont évacués.

Une visite de contrôle doit intervenir impérativement entre 2 et 3 semaines après l’intervention chirurgicale. Elle permet de s’assurer qu’il n’existe pas de complication. Une échographie est très souvent faite. Car, il peut y avoir par exemple une infection utérine ou une rétention de fragments de fœtus.

Curetage : Procédure et complications potentielles

Le curetage, également appelé "aspiration", est une intervention médicale pratiquée après une IVG ou une fausse couche lorsque l'utérus n'expulse pas complètement l'embryon ou les tissus placentaires. Un médecin gynécologue dilate le col de l'utérus et insère une canule pour aspirer les cellules mortes ou la grossesse entière. Une échographie vérifie que l'utérus est bien vide. Bien que la douleur varie, elle est généralement supportable, mais le contexte émotionnel joue un rôle important.

Risques et suivi

Les risques après un curetage sont faibles, mais des saignements peuvent durer jusqu'à deux semaines. Les bains et les rapports sexuels sont à éviter pendant cette période. En cas de fièvre ou de douleurs, une consultation médicale est nécessaire pour exclure une infection. Un arrêt de travail peut être prescrit. Le curetage n'entraîne pas la stérilité, même s'il est répété.

Conséquences psychologiques de l'avortement

L’avortement, en tant qu’interruption artificielle d’un cycle biologique conduisant normalement à la naissance d’un enfant, peut avoir des conséquences psychologiques importantes. Au sentiment premier de libération ou de soulagement d’avoir trouvé « une solution » au problème, succèdent généralement assez rapidement des sentiments de regret, de culpabilité, voire de détresse. Des troubles, recueillis sous le nom de Syndromes Post-abortif (expression utilisée pour la première fois par le Dr Vincent Rue, directeur de l’institute of Post Abortion Recovery, à Portsmouth dans le New Hampshire) apparaissent, parfois assez rapidement. Ce syndrome est classé parmi les stress post-traumatiques (donc issus d’un évènement psychologiquement traumatique). L’analyse de ces troubles permet de mettre en évidence plusieurs symptômes liés à l’avortement : larmes, impression de vide, perte de l’estime de soi, sentiment d’échec, de culpabilité, irritabilité, troubles de l’appétit, anxiété, insomnies, cauchemars, dépression, perte de libido, troubles sexuels, capacité moindre à aimer, à se soucier des autres, détresse morale, détresse psychique, voire suicidaire.

Quelques chiffres issus d’une étude de l’Elliot Insitute pour illustrer certains de ces troubles :

  • 8 semaines seulement après leur avortement : 44% de femmes se plaignent de désordre nerveux, 36% de femmes se plaignent de troubles du sommeil, 31% de femmes regrettent leur décision
  • 5 années après : 25% des femmes ont eu recours à un psychiatre contre 3% en temps normal, 60% des femmes qui ont des séquelles post avortement ont des idées suicidaires et 28% font une tentative de suicide
  • Divorce et problèmes chroniques de relations : 60 à 70% des couples se séparent après un avortement

Chaque femme réagit différemment à l’avortement, en fonction de son histoire, de ses blessures, de la réalité de sa vie conjugale. Il n’y a pas vraiment de règles sur le sujet. Toute grossesse établit un lien biologique très précoce entre la mère et l’embryon et toute perte embryonnaire ou fœtale nécessite un détachement, qui s’accomplit lors du processus de deuil. En réalité, très rares sont les femmes que l’IVG laissent indemnes. Même si elle est enfouie au plus profond du cœur et du corps et que beaucoup ne laissent rien transparaître, la blessure est pourtant toujours là, un rien suffit à la rouvrir, un événement anodin. Beaucoup de femmes s’interdisent de nommer leur souffrance et d’en parler. Elles considèrent qu’ayant décidé librement d’avorter, elles doivent assumer seules ce choix et préfèrent se protéger en se murant dans le silence. Ainsi on peut s’enfermer sur son mal-être, enfouir ses problèmes et ne plus vivre mais survivre comme on peut.

Le rôle de la loi Veil et l'évolution des droits

Le 26 novembre 1974, la loi Veil, légalisant l’IVG, est présentée à l’Assemblée nationale. À Nantes (Loire-Atlantique), dans les années 60, les jeunes femmes ont rapidement été confrontées aux dégâts engendrés par les avortements clandestins. En 1964, Marie-Claude arrive à l’hôpital de Vernon (Eure) : « J’ai été confrontée à un décès suite à une hémorragie : une jeune femme de 25 ans. Une autre patiente est devenue paraplégique après un avortement. Hémorragie, septicémie et stérilité : telles étaient les conséquences de ces avortements faits à la sauvette. Personne n’était épargné. Nous avons eu des femmes de 14-15 ans jusqu’à 40 ans et de tous les milieux sociaux, assure Marie-Claude. Toutefois, les personnes aisées étaient plus rares, sans doute parce qu’ils avaient plus de relations. »

Même si c’était encore illégal, les patientes n’étaient pas dénoncées, protégées par le secret médical. D’autres patientes expliquaient les raisons de leur acte. « Peu de femmes utilisaient la contraception. En 1974, l’équipe médicale suivait avec attention les débats autour de la loi proposée par Simone Veil. Des débats houleux, parfois violents : la ministre se faisait copieusement insulter par une Assemblée nationale, composée majoritairement d’hommes : « Nous scrutions les médias pour savoir si ça allait être voté. « Le responsable du service, Dr Petit, nous a bien présenté la situation. Il nous a demandé notre avis et nous étions presque tous favorables à cette loi. En 1975, les premières IVG « légales » ont été réalisées à l’hôpital de Vernon.

Simone Veil, ministre de la Santé sous la présidence de Valérie Giscard d’Estaing, a présenté son projet de loi visant à légaliser l’avortement face aux députés le 24 novembre. Après 25 heures de débats houleux, la loi est finalement adoptée par l’Assemblée nationale le 29 novembre 1974 à 3 h 40 par 284 voix contre 189, grâce à la quasi-totalité des votes des députés des partis de la gauche et du centre. La loi est promulguée le 17 janvier 1975. Son entrée en vigueur est prévue initialement pour une période de 5 ans, à titre expérimental. « Elles pouvaient aussi prendre rendez-vous avec des gynécologues. Tout était gratuit. Une psychologue était également rattachée au service. En 38 ans de carrière, Marie-Claude a vu son métier évoluer. Après avoir été confrontée aux tragédies liées aux avortements clandestins, l’ancienne sage-femme s’est, à sa manière, battue pour que les femmes puissent disposer librement de leur corps.

Défendre le droit à l'avortement : Un combat continu

Quarante ans après, le droit à l’IVG est encore à défendre, ce qui est acquis peut être perdu. C’est ce qu’ont vécu les Polonaises en 1993, c’est ce que vivent les Irlandaises, les Maltaises, les Chypriotes, les Italiennes, les Lituaniennes et ce que les Espagnoles ont failli vivre.

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