Séverine Chavrier, née à Lyon en 1974, a tracé un parcours artistique singulier, oscillant entre une passion dévorante pour la musique et une exploration théâtrale audacieuse. Son histoire est celle d'une quête d'expression, d'une libération face à l'exigence de l'art musical, et d'une affirmation de soi dans le monde du spectacle.
Une Enfance Entre Musique et Médecine
Grandissant en Haute-Savoie, Séverine Chavrier développe très tôt un amour profond pour la musique. Cet amour, elle le décrit comme son centre, une force motrice qui la guide. Issue d'une famille de médecins - son père gynécologue obstétricien ayant ouvert un centre d’assistance médicale à la procréation et sa mère endocrinologue -, elle se plaît à citer Thomas Bernhard : « Il faut deux générations de médecins pour que naisse un musicien… ». Cette citation prend tout son sens dans le parcours de Chavrier, où l'influence familiale se mêle à une vocation artistique irrésistible.
Sa sœur ainée lui apprend à lire dès l'âge de cinq ans, une expérience qui, selon elle, a forgé son esprit indépendant et farouche. Son petit frère, violoniste, partage avec elle cette sensibilité musicale. C'est dans une école de musique à Annemasse, proche de Genève, qu'elle découvre la dimension collective de la musique. Elle y explore un répertoire vaste et varié, de Claude Debussy à Frédéric Chopin, nourrissant sa passion et développant une maturité musicale précoce.
Le Théâtre : Une Île de Liberté
Cependant, l'apprentissage rigoureux du piano s'avère douloureux pour Séverine Chavrier. Elle ressent une exigence oppressante qui la pousse vers le théâtre. Le théâtre devient alors une « île », une échappatoire face à cette pression. Elle y voit la possibilité d'une expression plus libre, d'une exploration de la théâtralité inhérente à la musique. Le théâtre, c'est aussi la vie, la sensualité, la pensée, un catalyseur d'émotions et d'idées.
Après un passage en Maths Sup/Maths Spé au Lycée du Parc à Lyon, elle opte pour une hypokhâgne, une décision qu'elle considère comme la meilleure de sa vie. Elle quitte ensuite la prépa pour se consacrer pleinement à la musique, obtenant la médaille d’or en piano au Conservatoire de Genève et le premier prix d’analyse musicale.
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Premiers Pas sur Scène
L'expérience du théâtre revient dans sa vie, d'abord à travers des ateliers au collège, puis grâce à une histoire d'amour passionnelle et un passage par le Cours Florent. Elle réalise alors que le théâtre est l'endroit d'expression qu'elle recherche. Inspirée par les enseignements de Michel Fau et de Françoise Merle, elle se forme également auprès d’artistes comme Rodrigo Garcia. Ses premiers spectacles se créent dans des cafés, des lieux alternatifs où elle peut expérimenter et affirmer sa voix.
Elle rejoint la scène en tant que musicienne, grâce à Rodolphe Burger qui la présente à Jean-Louis Martinelli, directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers. Elle participe à la création de Schweyk (2005) de Bertolt Brecht, en tant que pianiste et répétitrice, partageant la scène avec des acteurs de renom et le Meteor Band. Martinelli lui propose ensuite d’enchaîner sur la création de Kliniken (2007) de Lars Norén, puis Les Fiancés de Loches (2009) de Georges Feydeau.
Séverine Chavrier profite de sa présence aux Amandiers pour s'imprégner de l'histoire du théâtre, échanger avec les équipes techniques et développer ses propres projets. Elle crée une maquette en sous-sol, encouragée par Jean-Louis Martinelli à explorer ses idées.
Épousailles et Représailles : Une Première Création Remarquée
Séduite par la mise en scène de Kroum l'ectoplasme d’Hanock Levin par Krzysztof Warlikowski, elle choisit d'adapter Levin à travers trois histoires de couples. Sa première création, Épousailles et représailles, est présentée en 2010 à Nanterre-Amandiers. Elle y explore l'écriture irrévérencieuse de Levin pour dessiner des figures de femmes et d’hommes déchirés entre un désir de vivre et une incapacité à réaliser leurs aspirations.
Parallèlement, elle est remarquée dans Do You Remember, no I Don’t (2009), un spectacle fruit de sa rencontre avec le chorégraphe François Verret. Sa prestation est saluée par la critique, qui souligne sa présence intense et sa capacité à créer une atmosphère de fureur et de tension.
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L'Ascension d'une Artiste Singulière
La conjonction de sa présence à Nanterre et de son interprétation chez Verret crée une dynamique positive. Épousailles et représailles est programmé au Festival Impatience en 2011. José-Manuel Goncalvès, directeur du CENTQUATRE-Paris, lui propose de devenir artiste associée. Elle crée alors deux adaptations de l’écrivain de science-fiction James Graham Ballard : Série B en 2011 et Plage ultime, présenté au Festival d’Avignon en 2012.
Vincent Baudriller lui propose de venir créer un spectacle au Théâtre Vidy-Lausanne. Elle choisit d’adapter la première partie de Si je t’oublie Jérusalem de William Faulkner sous le titre Les palmiers sauvages (2014). Ce spectacle marque un tournant dans sa carrière et affirme sa place sur la scène européenne, consacrant sa singularité en tant que metteuse en scène.
Elle enchaîne avec Nous sommes repus mais pas repentis (2016), une adaptation de Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard. Ces deux créations lui ouvrent les portes de l'institution et lui permettent de devenir directrice du Centre dramatique national Orléans/Centre-Val de Loire en 2017.
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