L'avortement est un sujet délicat et complexe dans de nombreuses cultures et religions, y compris dans le monde musulman. La question de l'avortement avant le mariage en Islam suscite des débats passionnés et des opinions divergentes. Cet article vise à explorer les différentes perspectives religieuses, les réalités sociopolitiques et les enjeux éthiques liés à cette pratique.
L'Avortement dans le Monde Musulman : Un Aperçu Général
Il est essentiel de comprendre que le monde musulman est loin d'être monolithique. Avec environ 1,6 milliard de musulmans à travers le globe, les interprétations de l'islam et leur application dans la vie quotidienne varient considérablement d'un pays à l'autre. Certains pays musulmans basent leur système juridique exclusivement sur la charia (loi islamique), tandis que d'autres combinent la législation musulmane avec le droit civil, et d'autres encore ont des systèmes juridiques laïques.
En général, les autorités religieuses musulmanes considèrent que l’avortement interfère avec la volonté d’Allah (Dieu) qui, seul, a droit de vie et de mort.
Près de 80 % des femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord vivent dans des pays où le droit à l’avortement est restreint. Voire, pour 55 % d’entre elles, dans des pays où l’IVG n’est autorisée que pour sauver la vie de la mère ou - pour 24 % - uniquement pour préserver sa santé physique ou mentale.Aujourd’hui, seules la Turquie et la Tunisie autorisent les avortements volontaires (sur demande de la mère). Bien qu’aucun de ces pays n’interdise totalement l’IVG, ces restrictions rendent plus difficile pour les femmes d’avorter en toute sécurité.
Malgré ces restrictions, l'avortement reste une réalité dans les pays musulmans, qu'il soit légal ou clandestin. Les femmes qui cherchent à interrompre une grossesse peuvent être confrontées à des obstacles juridiques, financiers, sociaux et religieux.
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Perspectives Islamiques sur l'Avortement
Le Coran, livre sacré de l'islam, ne contient pas de paragraphe explicite sur l'avortement, selon Sami El Mushtawi, chef du département culture du Centre culturel islamique. Cependant, il existe un verset qui dit : « Ne tuez pas vos enfants par peur de la pauvreté. C’est Nous qui pourvoyons à eux, et vous aussi. Les tuer est un grand péché. » « Ce verset signifie que vous ne pouvez pas vous faire avorter parce que vous craignez de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de vos enfants ou de leur donner une vie décente », déclare El Mushtawi.
Les interprétations de ce verset et d'autres textes religieux ont conduit à des opinions divergentes sur la question de l'avortement. En général, les différents courants de l’islam n’ont pas tous le même point de vue sur la question.
Les Quatre Écoles de Jurisprudence Sunnite : Les quatre principales écoles de jurisprudence sunnite (hanafite, malikite, shafi'ite et hanbalite) ont des opinions nuancées sur l'avortement, en particulier avant l'insufflation de l'âme dans le fœtus.
- Dans le dogme hanafite, majoritaire au Moyen-Orient, en Turquie et en Asie centrale, et qui faisait loi sous l’Empire ottoman, l’avortement est évoqué sous les termes ıskât-ı cenîn, qui peuvent se traduire par « expulsion du fœtus ». Plus précisément, le hanafisme considère ıskât-ı cenîn comme mekrouh (indésirable, non souhaitable) plutôt que haram (interdit) à moins de 120 jours de grossesse, étant donné que jusqu’alors le fœtus n’a pas d’âme. Pourtant, même considérée comme mekrouh, la décision de mettre un terme à la grossesse est laissée à la discrétion du mari et ne constitue pas un droit ni un choix pour la femme.
- Le chafiisme, qui domine en Asie du Sud-est et dans certaines régions d’Afrique, autorise les IVG jusqu’à 40 jours de grossesse et les avis divergent au sein même de ce mouvement quant au stade de développement du fœtus. Certains imams chafiistes tolèrent l’avortement jusqu’au 120e jour.
- Bien que le courant hanbaliste, majoritaire en Arabie saoudite et aux Émirats Arabes Unis, n’ait pas n’opinion tranchée sur la question, certains chefs religieux autorisent également l’avortement jusqu’au quatrième mois.
- Enfin, le malikisme, qui prédomine en Afrique du Nord, considère le fœtus comme un être vivant en devenir et interdit totalement l’avortement.
Le Concept de l'Insufflation de l'Âme : Un point central du débat est le moment où l'âme est insufflée dans le fœtus. En fait, tous les dogmes islamiques estiment qu’à compter de 120 jours après sa conception, le fœtus a une âme, et aucun n’autorise l’avortement après cette date. Avant ce moment, certaines écoles de pensée sont plus permissives, considérant l'avortement comme makruh (déconseillé) plutôt que haram (interdit), tandis que d'autres l'interdisent totalement.
Les Exceptions : Toutes les facultés de droit musulmanes acceptent que l’avortement soit pratiqué si la poursuite de la grossesse met en danger la vie de la mère. Dans de nombreux pays à majorité musulmane, il n’est souvent autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger, quand le fœtus est malformé ou quand la grossesse résulte d’un acte criminel, comme un viol.
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En résumé, l’islam ne valorise pas l’avortement et le considère comme une atteinte à la volonté d’Allah, qui seul détient le droit de vie et de mort.
L'Avortement Avant le Mariage : Une Question Sensible
La question de l'avortement avant le mariage est particulièrement sensible dans les sociétés musulmanes conservatrices, où les relations sexuelles hors mariage sont généralement considérées comme haram (interdites) et peuvent être sévèrement stigmatisées. Dans ce contexte, une grossesse non désirée peut entraîner des conséquences sociales graves pour la femme et sa famille, allant de l'ostracisme à la violence, voire au crime d'honneur.
Certaines personnes peuvent considérer l'avortement comme une solution à cette situation difficile, tandis que d'autres peuvent le rejeter en raison de leurs convictions religieuses ou morales. Il est important de noter que même dans les pays où l'avortement est légal, les femmes peuvent faire face à des pressions sociales et religieuses pour ne pas y recourir.
Évolution des Lois et des Pratiques
Dans nombre de pays à majorité musulmane, la jurisprudence islamique a influencé la législation relative à l’avortement. Toutefois, au fil du temps, de nouvelles préoccupations sociopolitiques ont émergé, et cette législation a été remaniée. Dans le cas de l’Empire ottoman, la relative « liberté de choix » offerte par le hanafisme a été contrecarrée par une nouvelle politique nataliste et moderniste à la fin du XVIIIe siècle.
En 1858, le Code pénal de l’Empire ottoman - rédigé d’après le code pénal français de 1810 - est adopté. Il interdit et criminalise l’avortement, harmonisant la législation française et le dogme islamique. A partir de cette date, l’avortement est légalement déclaré haram dans tous les territoires sous domination ottomane.
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Suite à cette réforme, beaucoup d’ex-membres de l’Empire mettent en place des lois restrictives sur l’avortement. Cependant, lorsque l’on observe les pays à majorité musulmane, on constate que ces lois sont assez diverses, dans le sens où elles autorisent et interdisent l’avortement pour différentes raisons.
Aujourd’hui, dans beaucoup de ces pays, il n’est souvent autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger, quand le fœtus est malformé ou quand la grossesse résulte d’un acte criminel, comme un viol. Mais, même si ces principes permettent à quelques femmes d’y avoir recours, ils renforcent la supervision médicale et les procédures légales, et ne laissent aucune place aux avortements volontaires.
Les Conséquences de la Restriction de l'Avortement
Il est scientifiquement prouvé que restreindre l’accès à l’avortement ne fait pas disparaître cette pratique. Au contraire, elle devient clandestine et dangereuse. En utilisant des méthodes peu sûres pour mettre un terme à leur grossesse non désirée, les femmes risquent leur santé, leur fertilité et même leur vie. Chaque année, 47,000 femmes meurent de complications liées à un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions. Après l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont la région du monde où le taux de mortalité maternelle est le plus élevé.
De plus, les restrictions du droit d’accès à l’avortement affectent davantage les femmes les plus pauvres. Souvent, celles qui en ont les moyens se rendent à l’étranger pour avorter en toute sécurité. Certaines parviennent à négocier avec des professionnels de santé dans leur propre pays pour obtenir ce service. Pour les autres, le marché noir est la seule option. Beaucoup sont victimes de charlatans qui leur vendent de fausses pilules abortives à des prix très élevés. Même lorsqu’elles ont accès à une structure médicale ou des pilules fiables, elles restent mal informées et mal suivies. Cela accentue leur sentiment d’isolement et aggrave leur souffrance
Les Nouvelles Technologies et l'Accès à l'Avortement
Malgré tout, grâce à l’avortement médicamenteux et à la télémédecine, des alternatives sûres se multiplient hors du cadre légal. Un grand nombre de femmes vivant dans des pays à majorité musulmane, ou dans d’autres pays qui limitent l’accès à l’avortement, consultent des services de médecine en ligne pour demander de l’aide et recevoir des informations sur la façon de s’auto-administrer les pilules abortives obtenues par ce biais.
Des études prouvent que l’avortement télémédicalisé est sûr et efficace en début de grossesse. Women on Web (WoW), l’un de ces services en ligne, aide environ 60 000 femmes chaque année. Le contenu du site est traduit en 16 langues, dont l’arabe, le farsi et le turc.
Néanmoins, dans certains pays comme l’Arabie saoudite et la Turquie, l’accès au site est prohibé. Pour contourner la censure, les femmes utilisent une application sur leur smartphone.
Le Militantisme Féminin et la Défense du Droit à l'Avortement
Aujourd’hui, il semble que l’IVG soit haram, illégale et clandestine dans la majeure partie du monde musulman. En dépit de cela, les femmes continuent à défier le statu quo et les lois archaïques par leurs pratiques quotidiennes et leur militantisme.
En 2012, en réaction à un projet de loi visant à restreindre l’accès à l’avortement en Turquie, des centaines de femmes ont manifesté à Istanbul pour défendre la liberté de choix. Elles sont descendues dans les rues pour clamer leur droit d’avorter en toute sécurité et de disposer librement de leur corps : « L’avortement est un droit. La décision d’avorter appartient aux femmes »(Kürtaj haktır, karar kadınların.
Les femmes musulmanes se réapproprient l’espace public, mais aussi leur propre corps.
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