Introduction
Le diabète gestationnel (DG) est défini comme un trouble de la tolérance glucidique entraînant une hyperglycémie de sévérité variable, qui apparaît ou est diagnostiquée pour la première fois pendant la grossesse. Cette condition peut avoir des implications importantes pour la mère et l'enfant, soulignant l'importance du dépistage et d'une prise en charge adéquate.
Prévalence du Diabète Gestationnel
En France métropolitaine, le diabète gestationnel concernait une proportion notable des grossesses en 2012, avec une prévalence de 8,0% [7,0-9,0]. Cette prévalence varie en fonction de plusieurs facteurs de risque, notamment l'âge maternel, le poids avant la grossesse et les antécédents de DG.
Évolution de la prévalence
En 2004, le registre Audipog avait rapporté une prévalence du DG de 3,8%. En 2010, l’Enquête nationale périnatale (ENP) avait estimé la prévalence du DG à 7,2%. L’interprétation des évolutions de prévalence est limitée car celles-ci sont très sensibles aux pratiques de dépistage, aux différences méthodologiques entre les études et aux changements de recommandations. Ces résultats suggèrent néanmoins une possible tendance à l’augmentation, en accord avec la littérature qui pointe un phénomène mondial lié au développement, depuis plusieurs décennies, des habitudes de vie obésogènes. Ainsi, une étude menée sur 19 États américains suggère une augmentation relative du DG de 56% entre 2000 et 2010, la prévalence passant de 3,7% à 5,8%, avec de larges variations géographiques et ethniques.
Facteurs de Risque et Prévalence
La prévalence du DG est plus élevée chez certaines populations :
- Âge maternel avancé: Les femmes âgées de 35 ans et plus présentent une prévalence plus élevée (14,2%).
- Surpoids et obésité: Les femmes en surpoids (11,1%) ou obèses (19,1%) avant la grossesse ont un risque accru.
- Antécédents de DG: Les femmes ayant déjà eu un DG lors d'une grossesse précédente présentent un risque considérablement plus élevé (50,0%).
- Origine géographique: La prévalence est plus élevée chez les femmes nées en Afrique (Maghreb et Afrique subsaharienne réunis, 13,8%).
- Niveau d'études et profession: Les femmes ayant un niveau d'études inférieur au baccalauréat (9,4%), les ouvrières (11,3%) et les femmes sans profession (10,6%) sont également plus touchées.
Une analyse multivariée a confirmé que l'âge maternel avancé, le surpoids/obésité, les antécédents de DG, le fait d’être ouvrière et les femmes sans profession restaient associés au DG.
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Dépistage du Diabète Gestationnel
Le dépistage du DG est essentiel pour identifier les femmes atteintes et mettre en place une prise en charge appropriée. En 2012, le taux de dépistage en France était élevé, avec 76,1% des femmes enceintes déclarant avoir été dépistées. Le test d'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) est la méthode de dépistage la plus couramment utilisée.
Recommandations de dépistage
En 2010, la Société francophone du diabète (SFD) et le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) ont publié conjointement des recommandations préconisant l’utilisation des seuils glycémiques de l’IADPSG, mais dans le cadre d’un dépistage ciblé sur facteurs de risque.
- Au premier trimestre, en présence de facteur de risque, il est recommandé de réaliser une glycémie à jeun.
- Entre 24 et 28 semaines d’aménorrhée (SA), le test de l’hyperglycémie par voie orale avec 75 g de glucose et mesure des glycémies à 0,1 et 2 heures est recommandé pour le diagnostic du diabète gestationnel chez les femmes avec facteur de risque.
Lacunes dans le dépistage
Malgré un taux de dépistage globalement élevé, certaines femmes à risque ne sont pas dépistées. En effet, 18,3% des femmes âgées de 35 ans et plus, 15,3% des femmes en surpoids, 9,8% des femmes obèses et 2,8% des femmes ayant des antécédents de DG déclaraient ne pas avoir été dépistées.
Prise en Charge du Diabète Gestationnel
La prise en charge du DG vise à normaliser la glycémie et à prévenir les complications pour la mère et l'enfant. Elle repose sur plusieurs éléments :
- Suivi médical spécialisé: 86,5% des femmes atteintes de DG ont consulté un endocrinologue ou un(e) diététicien(ne).
- Recommandations d'activité physique: 48,8% des femmes ont reçu des recommandations d'activité physique.
- Autosurveillance glycémique: 81,8% des femmes ont utilisé un lecteur glycémique pour surveiller leur glycémie.
- Traitement par insuline: 26,9% des femmes ont nécessité un traitement par insuline pour contrôler leur glycémie.
Impact de la prise en charge sur le déroulement de la grossesse et de l'accouchement
Les femmes avec un diagnostic de DG bénéficient de davantage de consultations prénatales et sont plus fréquemment hospitalisées (27,1% vs. 14,0% pour les autres). L’accouchement était moins fréquemment spontané et plus souvent par césarienne chez les femmes avec DG que chez les autres. Chez la mère, le DG est associé pendant la grossesse à un risque accru d’hypertension artérielle gravidique et de pré-éclampsie. La principale complication pour l’enfant est la macrosomie (poids de naissance >4 kg), qui s’accompagne d’un risque accru de dystocie des épaules à la naissance.
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Étude Épifane
L’étude Épifane (Épidémiologie en France de l’alimentation et de l’état nutritionnel des enfants pendant leur première année de vie) a permis d'évaluer la prévalence, le dépistage et la prise en charge du DG en France. L'étude a porté sur 3 353 dyades mère-enfant issues d’un échantillon aléatoire d’enfants nés en 2012 dans 136 maternités tirées au sort en France métropolitaine.
Méthodologie
Les caractéristiques sociodémographiques, le diagnostic et le dépistage du DG, ainsi que le poids et la taille avant grossesse ont été renseignés par la mère. Les sages-femmes ont relevé dans le dossier médical les antécédents et les données médicales relatives à la grossesse, à l’accouchement et au nouveau-né.
Résultats
L'étude a révélé une prévalence du DG de 8,0% en 2012. Elle a également mis en évidence un taux de dépistage élevé (76,1%), mais avec des lacunes chez les femmes présentant des facteurs de risque. La prise en charge du DG comprenait un suivi médical spécialisé, des recommandations d'activité physique, une autosurveillance glycémique et, dans certains cas, un traitement par insuline.
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