La mise bas chez une chienne est un événement naturel mais délicat qui peut parfois être source de complications. La dystocie, ou mise bas difficile, est une complication grave qui peut mettre en danger la vie de la mère et de ses chiots. Il est donc essentiel de connaître les signes d'alerte et de savoir comment réagir. Cet article vise à vous informer sur les causes potentielles d'une dystocie après la première naissance, les signes à surveiller et les mesures à prendre pour assurer la santé de votre chienne et de sa portée. Que vous soyez un éleveur expérimenté ou un propriétaire novice, cette information vous aidera à aborder cet événement avec sérénité.
Préparation à la mise bas
La préparation à la mise bas est une étape cruciale pour assurer un déroulement optimal de l'événement. Voici quelques recommandations pour vous aider à préparer au mieux cet événement.
Suivi de la gestation
Un suivi rigoureux de la gestation est essentiel pour anticiper et gérer au mieux la mise bas. La durée de gestation chez la chienne est de 58 à 68 jours. Pour connaître une date de mise-bas la plus précise possible, il est impératif de réaliser un suivi de chaleurs. Si la date d’ovulation n’est pas connue, il sera possible d’estimer une date de mise-bas grâce aux mesures de fœtométrie. Celles-ci sont réalisables par échographie abdominale et seront d’autant plus précises qu’elles sont prises précocement et répétées au cours de la gestation pour affiner le calcul (au moins autour de 25 jours et 40 jours pour estimer le format des vésicules puis des diamètres bipariétaux). Les races géantes ont, de plus, tendance à présenter des durées de gestation plus longues.
Préparation du lieu de mise bas
Une semaine avant la date présumée de la mise-bas, il est important d'installer la chienne dans un endroit dédié, au calme et à distance du passage. La chienne doit pouvoir avoir accès à la zone de maternité une semaine avant la date prévue de mise-bas afin de pouvoir s’habituer au lieu. Pour les chiennes à poils longs il sera intéressant de couper les poils pouvant limiter l’accès aux mamelles si besoin est. La chienne pourra aussi être lavée avec es produits adaptés si cela semble nécessaire. Offrez-lui une caisse de mise-bas quelque temps avant la date de naissance (au moins deux semaines). Placez-la dans un endroit calme, chauffé et pas trop lumineux. La température optimale de la pièce doit être de 24 degrés environ. Nous vous recommandons également d’installer une source de chaleur supplémentaire : une lampe rouge à intensité variable, qui porte la température à 35 degrés, sous laquelle les chiots peuvent se reposer. Comme support, on peut utiliser de vieux draps, des serviettes, des couvertures lavables pour chiens ou, à la rigueur, du papier journal. Prenez garde à ce que le support reste propre et sec. Même pendant la naissance, remplacez si nécessaire (éventuellement après chaque bébé chiot) les draps et couvertures sales par des serviettes neuves et propres.
Signes annonciateurs de la mise bas
Généralement, on peut observer des signes annonciateurs de la mise-bas mais ils ne sont pas toujours présents. Seul le suivi vétérinaire appuyé sur des examens spécifiques comme l’échographie peut annoncer, de manière fiable, la proximité de l’événement. La fonte du bouchon muqueux est, généralement, constatée jusqu’à 72 heures avant. Elle se manifeste par l’écoulement de la glaire cervicale au niveau de la vulve. En dosant le taux de progestérone dans le sang, le vétérinaire peut aussi prévoir l’imminence de l’événement. Il constate, alors, une chute du taux dans les 24 à 36 heures avant la mise-bas.
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Dans les jours précédents la mise-bas, la chienne peut commencer à « préparer le nid » : elle rassemble ses jouets et prend possession d’une zone dédiée. Concernant la température rectale, une baisse de la température rectale est observée dans plus de 90 % des cas à condition de prendre la température de la chienne 4 à 5 fois par jour (nuit comprise). Cette baisse est d’environ 1°C par rapport à la moyenne des jours précédents dans les 8 à 24 (maxi 48h) heures avant le début du travail. Prendre la température rectale de la chienne toutes les 5 à 6h en démarrant 4 à 5 jours avant la date présumée de la mise-bas, cela permettra de connaître les variations de la chienne sur la journée. Lorsque la température chute de 1°C, surveiller la chienne en permanence.
Déroulement normal de la mise bas
Il est important de connaître le déroulement normal de la mise bas pour pouvoir identifier rapidement les anomalies et réagir en conséquence. La mise bas se déroule en trois phases distinctes :
Phase de préparation
D’une durée de 6 à 12 heures (jusqu’à 24 heures chez une chienne primipare), cette phase initiale se caractérise par des contractions utérines et un relâchement du col. C’est au cours de cette phase que les pertes vulvaires signalent la fonte du bouchon muqueux. Les contractions utérines ne sont pas visibles extérieurement. Cette phase dure en moyenne 6 à 12h (parfois jusqu’à 24h chez les chiennes primipares). La durée de cette étape va dépendre du nombre de chiots présents dans l’utérus.
Phase d'expulsion des chiots
Elle dure, généralement, 4 à 8 heures et jusqu’à 24 heures chez une chienne primipare. L’arrivée du premier-né est précédée de la perte de liquide visqueux de couleur verte (à base d’utéroverdine) quelques minutes à quelques heures avant. Cette perte indique que le placenta se décolle de l’utérus. Le premier chiot est alors expulsé, dans 60 % des cas tête la première, sous l’impulsion de puissantes contractions abdominales. Il est entouré de l’amnios, une membrane que la chienne déchire par un léchage soutenu du chiot, dans les 30 secondes à 2 minutes qui suivent. Ce comportement instinctuel de la mère va stimuler la respiration. Elle va également sectionner le cordon ombilical.
Phase d'expulsion des placentas ou délivrance
C’est la dernière phase de la mise-bas qui peut durer jusqu’à 15 minutes. Il arrive que les placentas soient expulsés en même temps que les chiots. Il existe, en effet, un placenta par chiot. Il est donc vital de les compter pour ne laisser aucun résidu qui pourrait s’infecter dans l’abdomen de la mère. Chez la chienne, cette phase est très souvent concomitante à la précédente. Les placentas sont expulsés entre chaque chiot ou dans les minutes qui suivent l’expulsion du dernier chiot.
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Dystocie : définition et causes
La dystocie est définie comme une mise bas difficile nécessitant une intervention. Elle peut être d'origine maternelle ou fœtale.
Causes maternelles
- Inertie utérine: L'inertie utérine est une cause fréquente de dystocie. Elle se manifeste par une absence ou une faiblesse des contractions utérines, empêchant la progression des chiots dans le canal pelvien. L’inertie utérine est souvent diagnostiquée lorsque les repères temporels définis plus haut ne sont pas respectés. Lorsqu’elle est suspectée, il est impératif de consulter votre vétérinaire traitant. Les races miniatures sont prédisposées aux dystocies. Chez les races géantes, le problème peut venir du surnombre de petits. L’utérus, s’il est trop distendu, peut être dans l’incapacité à se contracter, provoquant ainsi une inertie utérine primaire. Des inerties utérines secondaires sont également possible chez les chiennes à grandes portées liées à un épuisement. Souvent, cela se mettra en place après la sortie de plusieurs chiots.
- Anomalies anatomiques: Des anomalies anatomiques de la mère, telles qu'un bassin étroit, une torsion utérine, ou une masse vaginale, peuvent obstruer le passage des chiots.
- Éclampsie puerpérale: L’éclampsie puerpérale est une hypocalcémie (déficit en calcium) qui survient généralement dans les deux premières semaines après l’accouchement, mais peut survenir, rarement, en fin de gestation également.
- Métrite: La métrite ou endométrite est une infection de l’utérus par des bactéries suite à la mise-bas. L’état de la chienne peut se dégrader rapidement si un traitement n’est pas mis en place rapidement. Elle peut par ailleurs contaminer ses chiots par le lait ou arrêter la production de lait.
Causes fœtales
- Présentation anormale: Les défauts de présentation/position/posture du chiot sont aussi des causes importantes de dystocie.
- Taille excessive du fœtus: Un chiot trop gros, en particulier s'il est unique, peut avoir du mal à franchir le canal pelvien.
- Malformations: Des malformations fœtales peuvent également entraver la mise bas.
Signes d'alerte et quand consulter
Il est crucial de surveiller attentivement votre chienne pendant la mise bas et de consulter un vétérinaire en urgence si vous observez les signes suivants :
- Absence totale de signes de mise bas 24h après la chute de température.
- Plus de deux heures de contractions infructueuses après l’expulsion d’un chiot.
- Contractions faibles et peu productives, chatte épuisée.
- Contractions fortes et douloureuses, inefficaces chaton coincé dans le vagin plus d’une demi-heure sans expulsion totale.
- Pertes vulvaires anormales : sang en grande quantité, pus etc… etc…
- Délai de plus de deux heures entre deux chiots, particulièrement si la chienne persiste à avoir des contractions fortes, douloureuses et infructueuses.
- Écoulement de sang en quantité importante, de pertes nauséabondes ou de pus.
- Présence de pertes vertes sans expulsion de chiot.
- Signes de souffrance fœtale (à évaluer par échographie).
- Fièvre et/ou écoulements vulvaires nauséabonds après la mise bas.
- Si un chiot reste bloqué dans la filière pelvienne plus de 30 minutes. C’est le cas si on a des contractions abdominales violentes non productives et/ou si on a vu sortir l’utéroverdine mais que le chiot n’est pas expulsé dans le temps imparti.
Que faire en cas de dystocie ?
Si vous suspectez une dystocie, il est impératif de contacter immédiatement votre vétérinaire. En attendant son arrivée, vous pouvez :
- Laisser la chienne tranquille et éviter de la stresser, car le stress peut stopper le travail.
- Vérifier la position du chiot si vous en voyez un engagé dans le canal pelvien.
- Lubrifier la filière pelvienne avec un lubrifiant obstétrical.
- Si le chiot est visible, essayer de le dégager délicatement en tirant doucement lors d'une contraction, en veillant à ne pas exercer de traction excessive.
Interventions vétérinaires
Le vétérinaire peut effectuer différentes interventions pour aider la chienne à mettre bas :
- Examen clinique: Le vétérinaire va diagnostiquer une dystocie chez votre chienne grâce aux éléments que vous lui transmettez, à savoir un descriptif précis des signes observés (avant et pendant la mise-bas) mais aussi par l’examen clinique. Le dosage de la progestérone et le toucher vaginal permettent de constater objectivement l’avancée du travail.
- Examens complémentaires: Des examens complémentaires peuvent être réalisés : analyse de sang, échographie abdominale, etc.
- Injection d'ocytocine: Le vétérinaire peut décider de pratiquer une injection d’ocytocine pour favoriser la contraction de l’utérus si aucun risque d’obstruction n’est constaté.
- Césarienne: Si les interventions médicales ne suffisent pas, une césarienne peut être nécessaire pour extraire les chiots en toute sécurité.
Soins post-partum
Après la mise bas, il est important de surveiller attentivement la chienne et ses chiots. Assurez-vous que la chienne s'occupe bien de ses petits, qu'elle les allaite correctement et qu'elle ne présente aucun signe d'infection.
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Soins aux chiots
Il est impératif de leur permettre de respirer, ainsi, dégager les voies respiratoires est primordial et doit être immédiat. En les tenant tête vers le bas, veiller à nettoyer les mucosités et membranes qui pourraient obstruer les narines et la bouche. Il est temps de s’occuper de couper le cordon ombilical. Il doit être coupé à environ 1 cm / 1,5 cm de longueur en partant de l’abdomen du chiot. Un nœud avec un fil de couture peut faire l’affaire. Une fois leur respiration assurée, et le cordon ligaturé, les nouveaux-nés doivent être rapidement séchés, frictionnés. Petits et humides ils perdent rapidement leur chaleur, ce qui peur leur être fatal. Une fois secs, il faut les placer dans un endroit propre, à plus de 31-32°C, bien isolés du sol, un grand panier posé sur des couvertures avec des bouillottes fera très bien l’affaire ou au mieux un tapis chauffant, une lampe chauffante. Attention à ne pas bruler les petits! Le test : si vous pouvez laisser votre main longtemps au contact de la bouillotte en sentant la chaleur sans vous bruler alors c’est bon, sinon entourez les bouillottes de serviettes. Rassurez-vous, la mère sera en général capable de réaliser seule la plupart de ces étapes.L’environnement de la mère et des petits doit néanmoins être contrôlé, propre, sec et chaud, bien isolé du sol par lequel la chaleur se perd le plus.
Surveillance de la mère
Surveillez la chienne de très près pendant cette phase éprouvante. En cas de perte de poids, de baisse d’activité notable ou de pelage terne, consultez votre vétérinaire pour plus de sécurité. Le manque de production de lait, les carences de la chienne pendant la phase d’allaitement ou une inflammation des mamelles (mammite) sont les troubles les plus fréquents qui surviennent pendant la phase de tétée au cours des premières semaines. La fièvre, la réticence à allaiter, le refus de manger ou l’apathie en sont les premiers signes. Quoi qu’il en soit, dès que vous reconnaissez ces symptômes, que le poids des chiots stagne, voire diminue, ou que l’état général de la chienne se dégrade, vous devez consulter un vétérinaire.
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