La pré-éclampsie est une complication de grossesse qui peut avoir des conséquences graves pour la mère et l'enfant si elle n'est pas traitée. Cette pathologie, considérée comme fréquente, touche environ 2 % des grossesses. Si elle n'est pas suivie, la pré-éclampsie peut évoluer vers une éclampsie, caractérisée par des crises convulsives en fin de grossesse ou en post-partum.
Qu'est-ce que la pré-éclampsie ?
La pré-éclampsie est un syndrome spécifique de la grossesse associant une hypertension artérielle et la présence de protéines dans les urines. Selon une définition plus récente, elle peut également se manifester par une dysfonction d'un organe maternel (foie, rein…) ou un œdème pulmonaire. Elle se déclare généralement après la 20e semaine d'aménorrhée, mais peut parfois survenir plus tardivement, avant l'accouchement ou même après, en post-partum.
Causes et facteurs de risque
La pré-éclampsie est due à un dysfonctionnement du placenta. Chez les femmes qui développent une pré-éclampsie, le placenta paraît se former et fonctionner normalement pendant le premier trimestre de grossesse. Mais après la 20e semaine, des défauts apparaissent dans le gigantesque réseau vasculaire formé entre le placenta et la paroi de l’utérus, en particulier en relation avec l’invasion des artères spiralées utérines maternelles par des cellules d’origine placentaire (trophoblastes). Le placenta « imparfait » libère alors de nombreuses substances dans le sang maternel, notamment des protéines aux propriétés inflammatoires, anti-angiogéniques et vasoconstrictrices. Ces composés agressent les vaisseaux sanguins et altèrent la fonction rénale maternelle, déclenchant ainsi les principaux symptômes de la pré-éclampsie : l’hypertension artérielle et la protéinurie.
Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés :
- Antécédents de pré-éclampsie (multiplie le risque par 7)
- Hypertension chronique, pathologie rénale ou diabète
- Antécédents familiaux de pré-éclampsie
- Obésité (IMC supérieure à 30)
- Grossesse multiple
- Changement de partenaire sexuel ou insuffisance à l’exposition du sperme de son partenaire
- Première grossesse (nulliparité)
- Âge de plus de 40 ans ou de moins de 18 ans
- Syndrome des ovaires polykystiques
- Maladie auto-immune
Entre 70 et 75 % des pré-éclampsies surviennent lors de la première grossesse d’une femme. Néanmoins, il n’est pas exclu de présenter ce syndrome au cours d’une grossesse ultérieure, notamment en cas de changement de partenaire. La réduction du risque de pré-éclampsie lors d’une deuxième grossesse et des grossesses suivantes, lorsqu’elles impliquent le même partenaire, serait liée à une adaptation du système immunitaire de la mère aux antigènes du père.
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Symptômes et diagnostic
Les principaux signes d'alerte de la pré-éclampsie sont :
- Une tension artérielle systolique supérieure à 140 mmHg
- Une tension artérielle diastolique supérieure à 90 mmHg
- Une concentration de protéines dans les urines supérieure à 300 mg/24h
Ces manifestations peuvent s’accompagner de divers symptômes comme des céphalées violentes, des troubles visuels (hypersensibilité à la lumière, « mouches », taches ou brillances devant les yeux), des acouphènes, des douleurs abdominales, des vomissements ou encore la diminution ou l’arrêt des urines. Des œdèmes massifs peuvent apparaître et s’accompagner d’une prise de poids brutale (plusieurs kilos en quelques jours).
La pression artérielle et le taux de protéines dans les urines sont testés à chaque rendez-vous de suivi habituel de grossesse. Chez les femmes considérées comme à risque, un examen biologique peut être réalisé à partir de la 20e semaine de grossesse. Il s’agit du dosage de deux biomarqueurs : SFLT1, un récepteur soluble du facteur de croissance vasculaire VEGF, et PGF (Placenta Growth Factor), un facteur de croissance placentaire.
Complications potentielles
Si elle n'est pas traitée, la pré-éclampsie peut entraîner de graves complications, tant pour la mère que pour l'enfant. Parmi les complications maternelles, on peut citer :
- L'éclampsie : crises convulsives potentiellement fatales
- Le syndrome HELLP : caractérisé par une augmentation de la destruction des globules rouges dans le foie (hémolyse), une élévation des enzymes hépatiques liée à une inflammation du foie, ainsi qu’une diminution du nombre des plaquettes sanguines qui entraîne un risque accru d’hémorragie
- L'hémorragie cérébrale : cause principale de décès maternels
- L'insuffisance rénale
- Le décollement placentaire : provoque une hémorragie intra-utérine (hématome rétroplacentaire)
Pour l'enfant, la pré-éclampsie peut entraîner :
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- Un retard de croissance intra-utérin
- Une prématurité (la pré-éclampsie est responsable d’un grand prématuré sur 4)
- Des complications liées à la prématurité
La pré-éclampsie peut en outre avoir des conséquences à plus long terme sur la santé cardiovasculaire et rénale de la mère, et probablement celle de l’enfant. Sept ans après une grossesse compliquée par une pré-éclampsie, 20 % des femmes présentent une hypertension artérielle et une altération de la fonction rénale, soit 10 fois plus que dans la population générale. Leur risque de développer une pathologie cardiovasculaire chronique est également majoré.
Prise en charge et traitement
La pré-éclampsie nécessite une prise en charge en urgence par un médecin gynécologue-obstétricien. La future maman est toujours hospitalisée afin de permettre une surveillance stricte de la part de l’équipe médicale. Ce suivi inclut l’évaluation de la gravité de la pré-éclampsie pour la mère et le retentissement de la maladie sur le fœtus.
Le seul traitement curatif de la pré-éclampsie est l'accouchement, quelquefois pour sauver la maman, même si le terme du bébé n’est pas assez avancé. L’enjeu de la prise en charge consiste donc à prolonger la grossesse le plus longtemps possible, afin de libérer l’enfant à une période acceptable de son développement. Des corticoïdes sont administrés au fœtus pour accélérer la maturation pulmonaire.
Un traitement préventif avec de l'aspirine à faible dose peut être prescrit aux femmes enceintes ayant déjà connu une pré-éclampsie lors d'une précédente grossesse.
Prévention
Chez les patientes qui ont un antécédent de pré-éclampsie, un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit. Il doit être commencé avant la 16e semaine d’aménorrhée.
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Pour les cas de pré-éclampsie sans symptôme sévère, la femme enceinte peut rester à domicile en évitant le travail, le stress et en privilégiant la position assise. Un arrêt de travail est proposé.
Soutien et information
En février 2019, l’association Grossesse Santé contre la pré-éclampsie a été créée pour faire parler de ce sujet de santé publique trop méconnu. L'association est aussi une association d’écoute et d’entraide pour les mamans touchées par la pré-éclampsie.
Après une pré-éclampsie, les femmes ne sont pas assez bien suivies ni assez bien informées sur les risques pour leur santé et les moyens de les limiter.
Recherche
Les recherches en cours devraient permettre de mieux comprendre comment et pourquoi survient cette maladie, de manière à la détecter et à la traiter le plus précocement possible. Des modèles précliniques, comme les souris transgéniques qui surexpriment le gène STOX1 dans leur placenta, ont permis de progresser dans la connaissance de la maladie et de tester des voies thérapeutiques.
La découverte de marqueurs précoces est un enjeu fondamental pour pouvoir utiliser un traitement préventif par l’aspirine. Une piste intéressante se dessine néanmoins avec les cellules immunitaires « T régulatrices ». Ces cellules sont en effet présentes en plus faible quantité dans le sang maternel en cas de pré-éclampsie : leur taux pourrait éventuellement servir d’indicateur de risque.
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