L'Assemblée Nationale a organisé une audition de responsables religieux, dont Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, concernant les questions de bioéthique. Cette démarche s'inscrit dans une tradition de consultation des cultes sur des projets de loi à portée sociétale, et a pour but d'enrichir la réflexion des législateurs en intégrant des perspectives diverses, notamment religieuses, sur des sujets sensibles.
Un climat serein et respectueux
Contrairement à l'ambiance tendue qui avait marqué les auditions lors des débats sur le « mariage pour tous », cette rencontre s'est déroulée dans un climat serein et respectueux. Les remerciements ont afflué pour les trois religieux présents : Haïm Korsia, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, et le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, pour leur présence, leur volonté d’« apaisement », la « richesse de leurs interventions » et la « puissance de leurs réflexions ».
L'atmosphère était détendue, au grand plaisir des élus de la majorité qui ont fait de « l’apaisement » le maître mot de ces débats de bioéthique. Haïm Korsia a même fait rire à plusieurs reprises l'assistance, composée d'une trentaine de députés sur les 72 que compte la commission.
La légitimité des cultes à s'exprimer
La légitimité des représentants des cultes à s’exprimer devant la représentation nationale n'a été contestée par personne, à l'exception des députés de la France insoumise, qui ont boycotté la séance au nom de leur conception de la laïcité. En réponse à ces derniers, François Clavairoly a souligné que le protestantisme jouait pleinement « son rôle de vigie de la République ».
L'historien et sociologue Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité, rappelle que les cultes font partie intégrante des débats sur la bioéthique depuis les années 1980. Il estime que consulter les religions n'est pas une atteinte à la laïcité, à condition que la position d'une religion ne soit pas normative.
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Les inquiétudes et réticences exprimées
Malgré cette ambiance sereine, les trois invités ont exprimé leurs inquiétudes et leurs réticences sur le fond des questions de bioéthique. Si Mgr d’Ornellas a abordé d'autres sujets, la question de la PMA a occupé l’essentiel des débats.
François Clavairoly a notamment interrogé : « Faut-il encourager la fabrication d’enfants à la demande ? ». Haïm Korsia a regretté que « nous vivons dans la société du désir », qualifiant cette société d’« adolescente : on veut tout, et tout immédiatement ». Il a rappelé que « l’humanité s’est construite sur l’altérité entre le père et la mère ».
L’importance de cette altérité sexuelle, comme la question du désir d’enfant et de sa régulation, a été au cœur des réflexions des trois hommes. Mgr d’Ornellas a souligné que « lorsqu’il y a un dilemme entre le désir d’enfant d’une femme et la dignité de l’enfant, et son droit d’avoir un père et une mère, il faut aller de façon primordiale vers la protection du plus faible. C’est comme cela qu’on construit une société juste et fraternelle. » Il a également demandé le rétablissement du délai de réflexion obligatoire avant un avortement, supprimé en 2016.
Points de convergence et divergences
Mgr d’Ornellas a trouvé un point d’accord avec Jean-Louis Touraine, sur la nécessité de sensibiliser davantage le public aux questions de fertilité. Aurore Bergé a assuré aux représentants religieux que leurs questions étaient fondamentales et traversaient également les législateurs.
Haïm Korsia a répondu à un député qui lui demandait si l’ouverture de la PMA allait créer une fracture dans la société française : « C’est entre vos mains ».
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La diversité des opinions au sein des cultes
Il est important de noter que les représentants des cultes ne représentent pas nécessairement l'ensemble des fidèles. Marianne Berthet-Goichot, membre d'une association LGBT chrétienne, souligne que les chrétiens sont divisés sur les sujets de bioéthique et qu'il ne faut pas croire qu'il n'y a qu'une seule parole dans l'Eglise.
François Clavairoly a également souligné qu'il devait représenter la diversité des courants du protestantisme, dont les positions en matière de bioéthique varient.
Le rôle des religions dans les débats de société
François Clavairoly estime que si les religions sont entendues sur ces sujets, c'est qu'elles « apportent une expertise dans l'humain ». Il souligne que les religions sont en contact quotidien avec la vie des gens et qu'elles sont des ressources spirituelles et intellectuelles. Il ajoute qu'elles transmettent une forme d'intemporalité des désirs, des rêves et des souffrances humaines.
Francis Chouat estime que les questions de bioéthique touchent à la dignité humaine, aux droits des enfants et au sens des formes nouvelles de vie en société, justifiant ainsi l'éclairage important d'opinions telles que celles des cultes.
Un débat apaisé, mais des questions fondamentales en suspens
L'audition des responsables religieux s'inscrit dans une volonté d'apaisement des débats sur la bioéthique, après les vives tensions autour du mariage pour tous. Cependant, elle soulève des questions fondamentales sur la place des religions dans la société, la légitimité de leur parole et la prise en compte de la diversité des opinions au sein des cultes.
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François Clavairoly regrette que l’audition ne concerne que les représentants religieux et ne soit pas élargie à l’ensemble des courants philosophiques. Il regrette « une compartimentation : d’un côté les religieux, de l’autre les laïcs philosophes, chacun est assigné à résidence et le débat entre nous ne peut pas avoir lieu ».
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