L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour toute femme enceinte qui ne souhaite pas poursuivre sa grossesse. Parmi les méthodes disponibles, l'avortement par aspiration, également appelé IVG chirurgicale ou instrumentale, est une option courante et efficace. Cet article vise à fournir une information complète et détaillée sur cette technique, son déroulement, les étapes à respecter, et les aspects importants à considérer.
Qu'est-ce que l'IVG chirurgicale par aspiration ?
L’IVG chirurgicale, aussi appelée IVG instrumentale, consiste en la dilatation du col de l’utérus et l’évacuation du contenu utérin par aspiration. Le terme curetage ne correspond plus aux pratiques actuelles. Cette méthode peut être pratiquée au début d’une grossesse et jusqu’à la fin de la 14 ème semaine de grossesse, soit 16 semaines après le début des dernières règles (Semaines Aménorrhées).
Où et par qui est réalisée l'IVG chirurgicale ?
L'IVG instrumentale (chirurgicale) est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). Sous certaines conditions, elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention avec un établissement de santé autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie. L'IVG chirurgicale est faite par un ou une médecin ou un· sage-femme, sous anesthésie locale ou sous anesthésie générale (seulement en centre hospitalier) et nécessite dans la plupart des cas une hospitalisation inférieure ou égale à 12 heures. Les médecins sont les seuls professionnels de santé à pouvoir pratiquer une IVG chirurgicale.
Les étapes préalables à l'IVG chirurgicale
Plusieurs étapes doivent être respectées avant et après l'intervention. Deux temps sont obligatoires avant la réalisation d'une IVG.
1er temps : la consultation d'information
Au cours de ce 1er temps :
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- Vous faites votre demande d'avortement.
- Vous recevez des informations orales et un guide sur l'IVG qui portent sur les différentes méthodes d’IVG, les lieux de réalisation et notamment le choix dont vous disposez mais aussi sur les effets indésirables possibles.
- Le médecin ou la sage-femme vous propose un entretien psycho-social (celui-ci est obligatoire si vous êtes mineure et doit être réalisé avant le recueil de votre consentement). Cet entretien a lieu dans un EVARS (espace vie affective, relationnelle et sexuelle), dans un centre de santé sexuelle ou dans un organisme agrée.
2nd temps : le recueil du consentement
Au cours de ce 2nd temps, vous remettez votre consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme.
Il n'existe plus de délai de réflexion imposé en matière d'avortement. Si vous êtes majeure et ne souhaitez pas réaliser d’entretien psycho-social, vous pouvez choisir de réaliser le temps d’information et le temps de recueil du consentement au cours d’une seule et même consultation. Si vous choisissez de réaliser un entretien psycho-sociale (obligatoire pour les mineures) , il n’y a pas de délai minimal obligatoire entre celui-ci et la réalisation de l’IVG que vous soyez majeure ou mineure.
Préparation à l'intervention
L’aspiration peut être précédée par une préparation cervicale qui consiste en la prise de prostaglandine ou de mifépristone la veille au soir ou le matin de l’aspiration. Elle est recommandée pour les nullipares (femmes n’ayant jamais eu d’enfant) et pour les aspirations à partir de 10 semaines d’aménorrhée. Il est important d’informer les femmes qu’elle peut donc occasionner des saignements et douleurs (voir IVG médicamenteuses) et qu’il est possible de demander des antalgiques. Exceptionnellement, une dilatation mécanique du col par laminaires (Dilapan) est utilisée.
Une infirmière vous donnera généralement d’abord deux comprimés de misoprostol afin d’assouplir le col de l’utérus. Ce médicament doit agir pendant au moins une heure ; il peut provoquer de légères contractions.
Le choix de l'anesthésie
Le choix de l’anesthésie locale ou générale pour une interruption de grossesse, en l’absence de contre-indications médicales, devrait être fait par la femme. Il est possible de réaliser une ivg chirurgicale sous anesthésie locale du col de l’utérus (injection de xylocaïne). Cette anesthésie peut alors être accompagnée du MEOPA, c’est-à-dire d’une inhalation de gaz qui produit une détente. Il sera parfois donné également un médicament à la patiente pour compléter la détente. Une consultation préalable est obligatoire pour une anesthésie générale. Pour rappel pour une anesthésie générale, il faut être totalement à jeun (nourriture solide et liquide) et ne pas avoir fumé.
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Si vous optez pour une sédation (profonde), dans la salle d’intervention, un somnifère à courte durée d’action vous sera administré par une perfusion posée sur votre bras. Vous vous endormirez en l’espace de 30 secondes et vous dormirez tout le temps de l’intervention. Ce somnifère n’est pas un anesthésique. À jeun : Pour une sédation profonde, votre estomac doit être complètement vide (vous devez être à jeun). C’est la raison pour laquelle vous ne devez rien manger pendant les 3 heures qui précèdent l’intervention. Vous pouvez boire de l’eau jusqu’au rendez-vous. Attention : durant les 24 heures qui suivent une sédation profonde, vous ne devez pas faire de vélo, ni conduire une voiture, un scooter ou un deux-roues motorisé. Ne prenez pas non plus de décisions importantes pendant ces 24 heures.
Si vous optez pour une anesthésie locale, le médecin la réalisera juste avant l’intervention. Il procédera par de petites injections dans le col de l’utérus. Ces injections ne sont en général pas douloureuses. Avec une anesthésie locale, l’utérus n’est pas complètement anesthésié ; c’est la raison pour laquelle vous pourrez malgré tout ressentir des contractions pendant l’intervention.
Déroulement de l'intervention
Pendant l’intervention, vous serez assise dans un fauteuil gynécologique. Un médecin orthogéniste (spécialiste en IVG) procédera à l’avortement, assisté d’au moins une une infirmière. À l’aide d’un spéculum (instrument en forme de bec de canard), le médecin va d’abord rendre visible le col de l’utérus. Le contenu de l’utérus sera ensuite retiré par aspiration au moyen d’une canule (petit tube). L'intervention dure une dizaine de minutes.
Après l'IVG
Après l’intervention, vous irez en salle de repos. Vous y resterez pendant une heure, sous surveillance. Nous vous donnerons des antibiotiques pour prévenir les infections. L’anesthésie, (injection d’analgésique), dure une vingtaine de minutes avec une surveillance de 1h à 2h après l’IVG en salle post interventionnelle (avec d’autres personnes opérées). Sauf exception, le temps d’hospitalisation est d’une demi-journée.
L’accompagnement à la sortie de l’établissement est demandé mais si vous souhaitez sortir seule vous pouvez signer une décharge.
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Après l’intervention, des maux de ventre et des saignements peuvent survenir. Ces désagréments peuvent persister quelques jours ou quelques semaines ; ils s’atténueront progressivement. Les symptômes de la grossesse vont aller en diminuant dès la fin de la semaine qui suit l’intervention.
Consultation de contrôle post-IVG
Une consultation de contrôle a lieu entre le 14ème et le 21ème jour après l’intervention d’interruption de grossesse. Elle permet de s’assurer qu’il n’existe pas de complication, d’informer et de prescrire une méthode de contraception et, si la personne le souhaite, d’avoir un entretien psycho-social post IVG.
Une visite de contrôle doit intervenir entre le 14e et le 21e jour après l'IVG instrumentale ou médicamenteuse. Elle permet de s'assurer qu'il n'existe pas de complication et que la grossesse a bien été interrompue. Lors de la consultation de contrôle, le médecin ou la sage-femme s'assure que vous disposez d'un moyen contraceptif adapté à votre situation si nécessaire.
Douleur et gestion de la douleur
L’IVG instrumentale est toujours réalisée sous anesthésie générale ou locale. Si vous choisissez une anesthésie générale, vous êtes endormie et ne ressentez aucune douleur. Si vous choisissez une anesthésie locale vous êtes consciente lors de l’intervention. Un spéculum est mis en place pour voir le col et l’utérus et un produit d’anesthésie est injecté au niveau du col de l’utérus et de la partie haute du vagin. L’intervention débute quand l’anesthésie fait effet. En complément de l’anesthésie locale, des médicamentes antidouleurs sont donnés avant l’intervention afin de diminuer les sensations douloureuses liées aux contractions utérines. Une sensation de gêne peut être ressentie plus qu’une douleur.
Les douleurs après une IVG instrumentale sont liées aux contractions utérines. Ces douleurs sont comparables à des douleurs de règles qui peuvent être plus intenses que d’habitude. Des médicaments antidouleurs vous seront prescrits afin d’éviter ou soulager ces douleurs. Si ces douleurs sont trop importantes et/ou persistantes (malgré la prise de médicaments antidouleurs), contactez la structure au sein de laquelle l’IVG instrumentale a été pratiquée.
Saignements post-IVG
Des saignements surviennent généralement à la suite de l’intervention. Ils peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines. Dans les jours suivants l’IVG instrumentale, des saignements peuvent apparaître. S’ils sont abondants et/ou persistants et/ou accompagnés de fièvre ou de vomissements, consultez un médecin sans tarder.
Complications possibles
Lorsque l’IVG est réalisée dans de bonnes conditions (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.), comme c’est le cas en France, les complications sont peu fréquentes. Dans de rares cas, il est possible que des lésions au niveau du col de l’utérus ou de la paroi utérine surviennent au cours de l’intervention. Comme pour toute intervention, des complications liées à l’anesthésie peuvent survenir (allergie aux produits d’anesthésie par exemple). Ces complications sont rares et la consultation d’anesthésie préopératoire permet de réduire considérablement ces risques.
Les complications suite à l’intervention sont les mêmes que pour l’IVG médicamenteuse : une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs. Il est possible dans de très rares cas que la grossesse ne soit pas totalement aspirée. Dans cette situation, une seconde intervention peut parfois être nécessaire.
Même si ces complications sont rares en pratique, vous en serez informée lors de la procédure d’IVG pour vous y préparer au mieux. Ainsi, dans les jours suivant l’IVG, si vous présentez l’un ou plusieurs des symptômes/signes suivants, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication:
- de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ;
- des pertes très abondantes de sang (si vous devez changer de serviette hygiénique toutes les 30 minutes (serviette taille maxi) pendant plus de deux heures de suite);
- un malaise ;
- de très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs.
Contre-indications
Il n’existe pas de contre-indication à l’IVG instrumentale en tant que telle, seule l’allergie aux produits d’anesthésie peut constituer une contre-indication.
Aspects financiers
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible. Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière et non admises à l'aide médicale de l'État (AME), il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).
Le coût d'une IVG instrumentale est remboursé par l'Assurance maladie à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire. Ce tarif est compris entre 579,06 € et 830,06 € en fonction :
- De l'établissement de santé (hôpital ou clinique)
- Du type d'anesthésie (locale ou générale)
- Et de la durée de l'hospitalisation.
Accompagnement psycho-social
Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l’IVG. Elle vous permet de parler de votre situation si vous en ressentez le besoin.
Au centre hospitalier des quatre villes, un accompagnement psycho-social peut être sollicité par la patiente (ou le couple) lorsque celle-ci hésite quant à son choix de recourir ou non à une IVG. Agapa propose des entretiens individuels ou des cafés-rencontres entre femmes ayant vécu une IVG.
Reprise de la fertilité
La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé si nécessaire d'utiliser une contraception. Vous pouvez en discuter au cours de la procédure avec votre médecin ou sage-femme pour choisir celle qui vous conviendra le mieux.
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