La greffe d'embryon, un domaine de recherche en pleine expansion, suscite autant d'espoir que de questionnements éthiques. Cet article vise à explorer les aspects positifs de cette approche, en mettant en lumière les avancées scientifiques, les applications thérapeutiques potentielles et les enjeux éthiques qui l'entourent. Il est important de noter que la recherche sur l'embryon est encadrée par des réglementations strictes et que le clonage reproductif humain est condamné.
Transplantation de Cellules Neuronales : Un Espoir pour les Maladies Neurodégénératives
La transplantation de cellules neuronales, inaugurée en Suède à partir de 1989, s'est développée ensuite aux Etats-Unis, en France et en Belgique. La première implantation de neurones fœtaux sur une patiente atteinte de la maladie de Parkinson a été effectuée en juin 1991 à Henri-Mondor par l’équipe du professeur CESARO.
Amélioration Clinique Constatée
Après une greffe bilatérale, une amélioration de 30 à 40 % de l’état antérieur a été notée dans la majorité des cas, se traduisant par une réduction des périodes de blocage, une amélioration des capacités motrices et une modification des dyskinésies, le tout sans effets secondaires majeurs. Les critiques initiales fondées sur l’effet placebo ont été abandonnées face à l’homogénéité des résultats cliniques.
Étude Américaine Randomisée
La plus récente étude clinique américaine « randomisée » avec groupe contrôle réalisée sur des fonds fédéraux par les équipes de Curt FREED et Stanley FAHN a été communiquée en avril 1999. Elle a été effectuée en double aveugle avec un groupe placebo sur un échantillon de 40 individus. Un an après, plus de la moitié des transplantés présentent une augmentation significative de la production de dopamine mais la durée et la persistance de cet effet restent à préciser. D’autre part, seules les personnes traitées de moins de 60 ans, soit 9 patients, ont connu une amélioration significative de leur état.
Protocole d'Évaluation Standardisée
Un programme coordonné par le professeur DEFER et le docteur LEVIVIER (hôpital Erasmus, Bruxelles) vise à mettre au point un protocole d’évaluation standardisée, destiné à tous les types de chirurgie du Parkinson (greffe neuronale, stimulation électrique intracérébrale et pallidectomie).
Lire aussi: Enjeux pédagogiques de l'aspect cardinal
Défis et Perspectives
Se pose par ailleurs la question de l’obtention en quantité suffisante des cellules neurales, sachant que plusieurs fœtus sont nécessaires pour traiter un seul patient. Les cellules souches pluripotentes ouvrent à cet égard des possibilités très intéressantes. Duplicables indéfiniment, elles permettraient la création de banques de tissus et le développement de traitements à l’échelle industrielle. Cette perspective pourrait devenir réalité d’ici dix ans si aucune barrière biologique ne s’oppose à la maîtrise du processus de différenciation contrôlée.
Le docteur PESCHANSKI souligne en conclusion que les applications thérapeutiques des cellules embryonnaires sont encore lointaines et qu’aucune confusion ne doit être entretenue avec les prélèvements fœtaux que lui-même et son équipe utilisent pour les transplantations neuronales.
Thérapie Cellulaire et Thérapie Génique : Une Convergence Prometteuse
Le docteur PESCHANSKI met d’autre part en évidence le caractère artificiel, au regard de sa pratique scientifique, de la distinction entre thérapie cellulaire et thérapie génique. Un vaste domaine existe, en effet, dans lequel les deux approches se recouvrent. Une forme de thérapie génique très répandue utilise, pour délivrer une substance potentiellement thérapeutique (par exemple « neuroprotectrice »), des cellules d’origines et de phénotypes divers, modifiées génétiquement ex vivo puis implantées. Dans le cas des maladies neurodégénératives, l’implantation intracérébrale de ces cellules rejoint ainsi totalement la problématique de la thérapie cellulaire. On peut imaginer -et il s’agit d’une voie de recherche existante- de modifier des neurones fœtaux pour les implanter chez des patients chez lesquels ils joueraient, ainsi, en même temps, un rôle de substitution et un rôle neuroprotecteur.
Recherche sur les Hépatocytes : Vers un Foie Bioartificiel et la Correction des Déficits Enzymatiques
Les hépatocytes sont des cellules du parenchyme hépatique à fonctions multiples (par exemple : transformations, synthèses, détoxication, production de bile…). La recherche sur ces cellules hépatiques a pris un tournant décisif lorsqu’ont été mises au point des méthodes d’isolement et de purification par digestion enzymatique de l’organe entier par la collagénase.
Foie Bioartificiel
Le premier concerne la mise au point d’un foie bioartificiel qui pourrait être fonctionnel et disponible à tout moment pour faire face, en urgence, à la menace vitale des insuffisances hépatiques aiguës, telle l’hépatite fulminante. L’organe artificiel constitue une suppléance hépatique transitoire, extra-corporelle. Le maintien en survie du patient (correction par détoxication des désordres cérébraux responsables du décès) laisse au foie natif le délai nécessaire pour une régénération spontanée.
Lire aussi: Tout savoir sur le bouchon muqueux
Transplantation d'Hépatocytes
L’autre est relatif à la transplantation d’hépatocytes pour le traitement des déficits enzymatiques congénitaux d’origine hépatocytaire (exemple : hémophilie). Une recherche pré-clinique est en cours sur l’animal mais aucun programme n’a encore été entamé chez l’homme.
Défis et Perspectives
Le professeur CAMPION rappelle que la présence de cellules souches dans le foie reste encore très hypothétique. Leur isolement et leur usage thérapeutique le sont encore plus. A l’heure actuelle, les hépatocytes sont essentiellement obtenus par le biais des déchets opératoires, à l’occasion d’interventions chirurgicales pratiquées pour le traitement de pathologies tumorales. Dans cette hypothèse, l’ablation pratiquée est assez large pour permettre de récupérer une partie du parenchyme non affecté par la tumeur et d’en extraire les cellules hépatiques. Toutefois, la proximité de ces cellules avec une tumeur les rend impropres à un usage clinique. Pour la recherche fondamentale, elles sont imparfaites puisque ces patients ont souvent reçu de nombreux médicaments qui modifient l’expression des gènes régulant les fonctions hépatocytaires.
Utilisation des Cellules Souches Hématopoïétiques Fœtales : Une Alternative à la Greffe de Moelle Osseuse
Depuis un certain nombre d’années se pratique le prélèvement de cellules souches hématopoïétiques sur des fœtus et embryons dont le décès peut résulter de causes multiples (grossesse extra-utérine, interruption thérapeutique ou volontaire de grossesse). Ces cellules peuvent permettre à des malades, après greffe, dans des conditions appropriées, de reconstituer leur système hématologique ou immunitaire. Les indications sont voisines de celles de la greffe de moelle osseuse mais l’avantage de cette technique est de s’affranchir des exigences de compatibilité.
Applications Thérapeutiques
Ce type de traitement s’applique à des nouveau-nés mais aussi à des enfants plus âgés. Ces cellules sont très indifférenciées et ont une capacité quasi infinie de multiplication. Grâce à leur immaturité, ces cellules peuvent transgresser les barrières d’incompatibilité, y compris d’une espèce à une autre.
Traitement Prénatal
A partir de 1988, on a donc décidé, après expérimentation animale, d’appliquer le traitement dès le stade fœtal, immédiatement après le diagnostic prénatal, pour parer à des réactions de rejet.
Lire aussi: Bébé et Trisomie
Perspectives d'Avenir : Le Clonage Thérapeutique
S’agissant de l’avenir, le clonage ouvre des perspectives très intéressantes. La technique du transfert de noyau de cellule somatique dans un ovocyte énucléé conduit à la création d’un blastocyste dont il sera possible d’extraire les cellules pluripotentes semblables en tous points à celles de l’adulte qui les aura engendrées. Ainsi pourra-t-on traiter, sans risque de rejet, de multiples affections en exploitant, grâce à des facteurs appropriés, l’extraordinaire capacité de différenciation de ces cellules pluripotentes.
L’avantage du clonage sur le plan de l’efficacité thérapeutique sera de mettre à disposition des cellules « personnalisées » excluant tout problème d’immunocompatibilité.
Recherche sur l'Embryon et les Cellules Souches : Progrès et Enjeux
La recherche sur les cellules souches humaines, entamée depuis plusieurs décennies, a réellement progressé en 1998, grâce aux travaux de Thomson JA et coll.
Applications Potentielles de la Thérapie Cellulaire
- remplacement de cellules mortes ou ne fonctionnant pas correctement (thérapie cellulaire). Des chercheurs essaient par exemple aujourd'hui de remplacer les cellules cardiaques nécrosées (infarctus) par des cellules "neuves", issues de CSE (exemple : Cochrane 2012).
Alternatives et Controverses
Pour les opposants à la recherche française sur les CSE, il suffirait de travailler sur les cellules iPS, sur les cellules souches adultes (moelle osseuse, système nerveux, pulpe dentaire…) et périnatales (cellules du sang du cordon). Pour les partisans de la recherche sur les CSE, ces alternatives ne suffisent pas, notamment car nous ne connaissons pas le devenir au long cours des cellules iPS (risque de multiplication anarchique ? De régression à l'état antérieur ?
Cadre Législatif et Éthique
Depuis la dépénalisation de l'avortement en France, l'embryon est sujet à polémiques : faut-il le considérer comme un humain déjà accompli, auquel cas avortement, procréation médicale assistée, conseil génétique ou recherche sur l'embryon sont impossibles ? Les débats autour de l'article proposé par les radicaux de gauche ont fait ressortir ces oppositions et polémiques, mais au final, il a été voté par une large majorité le 16 juillet.
La poursuite de la nécessité d'une autorisation pour pouvoir débuter un protocole de recherche sur l'embryon. C'est l'Agence de la biomédecine qui autorisera les recherches et effectuera les contrôles (vérification des conditions énumérées ci-dessus notamment).
Témoignage d'un Chercheur : Le Professeur Philippe Menasché
A l’occasion d’une interview sur RTL ce mercredi 2 octobre, le professeur Philippe Menasché, chirurgien cardiaque à l’hôpital Georges Pompidou, était interrogé sur la recherche sur l’embryon.
Dès le départ, le pr Philippe Menasché rappelle le lien entre la PMA et la recherche sur l’embryon. Le professeur distingue la recherche sur les cellules souches embryonnaires (CSEh), de la recherche sur l’embryon lui-même qui, dit-il, permet de rechercher « les mécanismes du développement embryonnaire et donc les causes d’échecs des FIV ».
A la question, « quelles sont les pathologies qui sont déjà soignées avec ces pratiques ? », le professeur répond « il y en a beaucoup », « le diabète », « la maladie de Parkinson ». Pourtant à ce jour, aucune thérapie cellulaire à base de CSEh n’a été validée par les autorités compétentes. Le professeur précise d’ailleurs au journaliste, « qu’il faut être honnête vis-à-vis de vos auditeurs », « ce n’est pas une révolution thérapeutique », « nous n’allons pas faire des miracles ». « Tous ce que je vous ai dit correspond à des essais en cours. » « Il faut quand même attendre des résultats et les valider. »
Le Rôle du Médecin Face à la Loi : Une Évolution Constante
Les médecins et les biologistes doivent respecter la loi, mais l'histoire nous apprend que le médecin convaincu de l'utilité d'un traitement interdit passe souvent outre les règles et les lois.
L'Évolution de la Définition de la Mort
En 1963, Guy Alexandre, en Belgique, puis en 1964 Jean Hamburger et bien d'autres ensuite, ont prélevé les reins de personnes dont le cœur battait encore, mais dont le cerveau était irrémédiablement endommagé. Ils avaient considéré que la mort était la mort cérébrale et non la mort cardiaque. Or, seule la mort cardiaque était reconnue par la loi, et il fallut attendre le 24 avril 1968 pour qu'une circulaire ministérielle parle de mort cérébrale. Le médecin ne se considère pas coupable face à la loi s'il apporte un bénéfice à autrui. Il a fait évoluer un concept essentiel, celui de la mort de l'homme. En effet, sans ce changement de définition de la mort, on n'aurait pu effectuer de greffe de cœur ou de foie, car après l'arrêt de la circulation, l'organe meurt.
Le Clonage : Entre Espoir et Craintes
Le clonage reproductif humain est aujourd'hui condamné. En revanche, si les cellules de ce même embryon, formé à partir du noyau donneur, étaient cultivées in vitro, elles auraient la capacité de donner différents types de tissus (muscles, nerfs, peau, en fait, n'importe quel tissu). On produirait un embryon, mais il ne serait pas implanté chez une femme et ne donnerait que des cellules, identiques à celles du donneur de noyau. Ces cellules seraient strictement identiques, mais elles seraient «neuves» et pourraient remplacer les cellules vieillissantes et dégénérées d'un organisme sans risque de rejet, car elles auraient le même patrimoine génétique que le donneur du noyau.
tags: #aspects #positifs #greffe #embryon
