Introduction

L'accès à l'avortement est un sujet sensible et complexe, marqué par des enjeux éthiques, médicaux et sociaux. En France et au Maroc, la question de l'utilisation détournée de médicaments comme l'Artotec et le Cytotec pour l'interruption volontaire de grossesse (IVG) met en lumière les difficultés et les dangers liés à la criminalisation de l'avortement. Cet article explore les implications de ces pratiques, les risques pour la santé des femmes, et les combats pour la dépénalisation de l'avortement.

Artotec et Cytotec : Un Retrait du Marché Motivé par des Usages Détournés

La décision de l'ANSM et de Pfizer

En France, l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a demandé au laboratoire Pfizer de cesser la commercialisation des spécialités Artotec® (diclofénac et misoprostol) en octobre 2018. Cette décision fait suite à l'arrêt de la commercialisation du Cytotec® (misoprostol) en mars 2018. Ces médicaments, initialement destinés au traitement des affections rhumatismales et à la protection gastrique, étaient majoritairement utilisés hors autorisation de mise sur le marché (AMM) dans des indications gynécologiques et obstétricales.

Risques liés à l'utilisation hors AMM

La présence de misoprostol dans l'Artotec® entraînait un risque d'usage détourné pour l'avortement, d'autant plus que le Cytotec® avait été retiré du marché. L'association avec le diclofénac, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), pouvait avoir des conséquences graves, notamment un risque hémorragique chez les patientes.

Risques et Contre-indications de l'Artotec

L'Artotec est contre-indiqué dans plusieurs situations, notamment :

  • Grossesse et femmes en âge de procréer sans contraception efficace : L'Artotec est formellement contre-indiqué pendant la grossesse en raison des risques de fausse couche, de naissance prématurée ou de malformations congénitales.
  • Antécédents d'allergie aux AINS : Les patients ayant des antécédents d'asthme, de rhinite chronique, de sinusite chronique ou de polypes dans le nez doivent éviter ce médicament.
  • Troubles de la coagulation et prise d'anticoagulants : L'Artotec peut augmenter le risque hémorragique chez ces patients.

De plus, l'Artotec peut augmenter le risque de crise cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral, en particulier chez les sujets âgés. Il peut également provoquer une élévation des enzymes du foie et altérer la fertilité des femmes.

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L'Avortement Clandestin au Maroc : Un Enjeu de Santé Publique et de Droits Humains

Interdiction et conséquences

Au Maroc, l'avortement est interdit, même en cas de viol, sauf en cas de danger pour la santé de la mère. Cette interdiction conduit des centaines de femmes à avorter clandestinement chaque jour, au risque de la prison et de leur vie. L'Association marocaine pour le planning familial (AMPF) estime que 700 à 1000 femmes avortent chaque jour au Maroc, dont 72% dans des conditions à risque.

Méthodes Dangereuses et Coûteuses

Face à l'interdiction, les femmes recourent à des méthodes dangereuses, telles que :

  • Tisanes dangereuses : L'ingestion de plantes à boire ou de mélanges préparés par des herboristes, souvent sans connaissance de leur composition ni de leurs effets.
  • Pilules abortives interdites : L'utilisation de médicaments comme l'Artotec et le Cytotec, obtenus illégalement sur le marché noir, sans emballage, étiquette, instruction ni date de péremption.
  • Méthodes artisanales : Des pratiques invasives et dangereuses, telles que l'insertion d'objets dans le vagin, pouvant entraîner des blessures graves et des complications.

Ces méthodes clandestines sont non seulement dangereuses mais aussi coûteuses, exploitant la vulnérabilité des femmes.

Témoignages poignants

Le rapport d'Amnesty International, « Ma vie est brisée », recueille des témoignages poignants de femmes ayant subi les conséquences de la criminalisation de l'avortement au Maroc. Farah, violée par un collègue, a tenté d'avorter en utilisant diverses plantes et méthodes dangereuses, subissant des douleurs insupportables et des blessures graves. Ouiam, veuve et mère d'un enfant, a été emprisonnée pour avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage et a également tenté d'avorter par ses propres moyens.

Complications et Mortalité Maternelle

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que 22 millions d'avortements non sécurisés sont pratiqués chaque année, constituant la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde. Les avortements clandestins peuvent entraîner de graves complications, telles que des hémorragies, des infections, des perforations utérines et, dans les cas les plus graves, la mort.

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Les Obstacles Légaux et Sociaux à l'Avortement au Maroc

Législation restrictive

La législation marocaine punit les personnes qui avortent ou tentent d'avorter d'une peine d'emprisonnement allant de six mois à deux ans et d'amendes. Les personnes qui aident à pratiquer un avortement encourent des peines plus lourdes, pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement, voire le double en cas de décès de la patiente.

Criminalisation des relations sexuelles hors mariage

Le Code pénal marocain punit également les relations sexuelles entre personnes non mariées d'un mois à un an d'emprisonnement, et l'adultère d'un à deux ans de prison. Cette criminalisation contribue à la stigmatisation et à l'exclusion sociale des femmes enceintes hors mariage, les poussant à recourir à des avortements clandestins.

Entraves à l'accès à l'information

Certaines lois interdisent la diffusion d'informations sur l'avortement, restreignant l'accès à des ressources essentielles de santé et privant les femmes de la possibilité de prendre des décisions éclairées quant à leur grossesse.

Le rôle des professionnels de santé

Les professionnels de santé qui procurent ou tentent de procurer un avortement en dehors du cadre légal risquent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement, une peine qui peut être doublée si la personne pratiquant l'avortement le fait « habituellement ». A cela s'ajoute une amende de 200 à 500 dirhams ainsi que l'interdiction d'exercer. S'ils sont convoqués par un tribunal, ils ont l'obligation de témoigner et de révéler des informations sur les avortements dont ils ont connaissance, ce qui est contraire au secret médical.

Les Efforts pour la Dépénalisation de l'Avortement au Maroc

Mobilisation des organisations de défense des droits des femmes

De nombreuses organisations de défense des droits des femmes se mobilisent pour la dépénalisation de l'avortement au Maroc. Amnesty International a appelé à dépénaliser l'avortement, estimant que « l'Etat marocain manqu[ait] à ses obligations ». L'ONG souligne qu'« aucun Etat ne doit dicter les décisions en matière de grossesse et priver les femmes des services de santé sexuelle et reproductive essentiels, auxquels elles ont le droit au titre du droit international ».

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Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI)

Le MALI procure des pilules abortives gratuitement, obtenues à l'étranger, et offre un soutien aux femmes qui souhaitent avorter. Sa coordinatrice, Ibtissame Betty Lachgar, explique la posologie et reste disponible après la prise. Elle estime avoir aidé entre 1 500 et 2 000 femmes depuis 2012 et reçoit des demandes quotidiennement.

Blocage politique et conservatisme social

En 2016, un projet de loi visant à ouvrir l'accès à l'avortement aux cas de viols ou d'inceste avait été bloqué face à une polémique. Le président de l'Amlac, le gynécologue Chafik Chraïbi, note que « la société reste conservatrice, il y a un retour de la religion et un manque de volonté politique ».

Les Recommandations pour Protéger les Droits des Femmes

Dépénalisation de l'avortement

Les autorités marocaines doivent dépénaliser l'avortement afin de garantir aux femmes un accès à des soins de santé sûrs et légaux.

Adoption de lois protégeant les droits reproductifs et l'autonomie

Il est essentiel d'adopter des lois qui protègent les droits reproductifs des femmes et leur autonomie en matière de santé sexuelle et reproductive.

Garantie d'un accès égal à des soins de santé complets

Toutes les femmes et les filles doivent avoir un accès égal à des soins de santé complets, y compris à un avortement sécurisé, indépendamment de leur situation socio-économique ou de leur lieu de résidence.

Lutte contre la stigmatisation et la discrimination

Il est crucial de lutter contre la stigmatisation et la discrimination à l'égard des femmes qui avortent ou qui sont enceintes hors mariage, afin de leur permettre de prendre des décisions éclairées et de vivre dans la dignité.

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