L'extension de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) suscite un débat passionné, bien que moins polarisé que celui du Mariage Pour Tous. Malgré un apaisement relatif grâce à la familiarisation du public avec les questions de filiation soulevées par la révision de la loi bioéthique et les sondages favorables à l'élargissement de la PMA, des préoccupations substantielles persistent. Cet article explore les arguments contre la PMA, en tenant compte des aspects éthiques, sociologiques et juridiques.
Les Questions Fondamentales Soulevées par la PMA
Au-delà des considérations homophobes, l'opposition à la PMA soulève des questions fondamentales qui méritent un examen attentif. Ces questions interrogent les fondements de la famille, les besoins de l'enfant et les limites de l'intervention médicale dans la procréation.
- Le rôle du père et de la mère dans le développement de l'enfant : Faut-il forcément, pour le bon développement de l’enfant, un papa et une maman ? Peut-il n’y avoir qu’un parent ?
- L'anonymat des donneurs : Quid de l’anonymat des donneurs ?
- L'égalité et ses limites : Pourquoi un droit octroyé à un couple de femmes n'engendrerait-il pas, par une volonté d’égalité, le même droit octroyé à un couple d’hommes ?
La Pente Glissante Vers la GPA
L'une des préoccupations majeures des opposants à la PMA est qu'elle constitue un premier pas vers la Gestation Pour Autrui (GPA). Ils craignent que l'autorisation de la PMA pour les couples de femmes n'ouvre la voie à une demande similaire pour les couples d'hommes, ce qui impliquerait le recours à la GPA. La GPA, à son tour, soulève des questions éthiques complexes concernant la marchandisation des corps et l'exploitation des femmes.
- Le consensus contre la GPA : Sur ce point, un quasi consensus politique existe contre la GPA.
- L'absence de base juridique solide : Contrairement à ce qu’affirment certains anti-PMA, il n’y a pas de base juridique solide pour que l’Etat soit sommé par la justice d’instaurer la GPA pour permettre une égalité de traitement entre couples de femmes et couples d’hommes.
- La pente vers la GPA : Mais la pente vers la GPA ne peut pas ne pas être envisagée dans ce débat.
Le Droit à l'Enfant vs. le Droit de l'Enfant
Un argument central des opposants à la PMA est la distinction entre le "droit à l'enfant" et le "droit de l'enfant". Ils affirment que l'extension de la PMA serait motivée par un désir égoïste d'avoir un enfant, au mépris du bien-être de l'enfant lui-même.
- La dénonciation du "droit à l'enfant" : Dénonciation d'un "droit à l'enfant", refus d'une médecine qui s'adapterait à des "demandes sociétales" et non plus pathologiques, défense du cadre familial hétérosexuel.
- L'absence de "droit à l'enfant" : Si ce droit existait, pour une adoption ou dans un centre de PMA, vous iriez devant les tribunaux en cas de refus.
- Le "droit de l'enfant" comme priorité : Selon les soutiens de la Manif pour tous, ce "droit à l'enfant" entrerait alors en contradiction avec le "droit de l'enfant", à savoir l'intérêt de la progéniture avant tout.
La PMA : Une Réponse à une Pathologie ou une Demande Sociétale ?
Un autre argument avancé est que la PMA, initialement conçue pour traiter l'infertilité médicalement diagnostiquée, serait détournée de sa finalité si elle était étendue aux couples de femmes et aux femmes seules.
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- La PMA comme réponse à une pathologie : Si la PMA est aujourd'hui autorisée pour les couples infertiles ou pour éviter la transmission d'une maladie grave, son extension aux couples de femmes et aux femmes seules serait une évolution vers les "demandes sociétales" et non plus une réponse à une pathologie.
- La médecine et les demandes de la société : "Une réflexion fondamentale sur la médecine (et son budget) mériterait d’être engagée avant que celle-ci ne soit insidieusement portée à s’exercer vers des demandes exponentielles de la société, sans qu’aucun critère soit élaboré pour discerner son juste exercice, autre que celui de la discrimination".
Les Risques et les Inégalités Potentielles
L'extension de la PMA soulève également des préoccupations concernant les risques sanitaires et les inégalités potentielles.
- Les risques sanitaires : Certaines femmes ont dès lors recours à des inséminations artificielles artisanales qui ne sont pas sans risques. Réalisées sans aucun contrôle médical et sans possibilité de vérifier l'origine du sperme lorsqu’il est acheté via internet, elles s’exposent à des risques sanitaires, d’infections sexuellement transmissibles notamment, mais aussi juridiques.
- Les inégalités d'accès : Celles qui font le choix d’une PMA légale à l’étranger n’en sont pas moins soumises à de nombreuses difficultés, physiques et morales. Les multiples allers-retours, la pression sociale, au travail notamment, et la peur de l’échec sont autant de facteurs à risque. Sans compter le coût exorbitant de ces démarches, qui privent nombre de Françaises de la possibilité de fonder une famille.
- L'inégalité entre couples : La PMA sans père créerait également une inégalité entre les couples homme-femme et les couples de femmes : en effet, si les premiers recourent à la PMA, c’est parce qu’ils souffrent d’une pathologie de la fertilité. Ils suivent un parcours éprouvant et long. Or il est évident que si l’on étend la PMA, les délais d’attente s’allongeront, et en matière de fécondité, plus on avance en âge, plus les chances de succès faiblissent.
L'Importance de la Sécurité Juridique et Sanitaire
Un argument avancé en faveur de la PMA pour toutes est qu'elle permettrait d'assurer la sécurité juridique et sanitaire des enfants et des mères.
- La sécurité sanitaire : La PMA pour toutes est nécessaire pour permettre aux femmes de construire un projet familial en toute sécurité, en limitant les risques pour elles et l’enfant.
- La sécurité juridique : La PMA pour toutes doit être assortie d’un dispositif identique à celui des couples hétérosexuels ou d’une déclaration commune anticipée de filiation.
- L'encadrement de la PMA : La seule façon d’avoir une PMA éthique en France est de l’autoriser pour toutes les femmes en l’encadrant par les mêmes règles que pour les couples hétérosexuels faisant appel à un donneur tiers.
La Diversité des Modèles Familiaux
Les opposants à la PMA mettent en avant le modèle familial traditionnel comme la norme idéale. Cependant, les partisans de la PMA soulignent la diversité des modèles familiaux existants et l'absence de consensus scientifique sur l'impact de l'absence d'un père biologique sur le développement de l'enfant.
- La remise en question du modèle familial traditionnel : "La famille traditionnelle (un père, une mère et leurs enfants biologiques, vivant en paix dans le même foyer), ça ne représente pas du tout la totalité des scénarios familiaux".
- L'absence de consensus scientifique : L'absence d'un père biologique est-elle préjudiciable pour un enfant ? Il n'y a pas de consensus scientifique sur cette question.
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