L'araignée de mer, un crustacé décapode prisé pour sa chair, se distingue par sa carapace épineuse et sa présence dans les eaux de l'Atlantique Nord et de la Méditerranée. Cet article explore en profondeur la reproduction de l'araignée de mer, en abordant son cycle de vie complexe, les différentes espèces, leur habitat, leur comportement et les enjeux liés à leur conservation.
Identification et répartition des espèces
Le terme "araignée de mer" englobe les crabes de la famille des Majidés, notamment Maja squinado (Méditerranée) et Maja brachydactyla (Atlantique Nord-Est). Quatre espèces d'araignées de mer vivent le long des côtes européennes :
- Maja squinado : exclusivement en Méditerranée.
- Maja brachydactyla : eaux tempérées de l'est Atlantique (Manche, ouest de l'Irlande, côtes du Sahara occidental).
- Maja crispata : Méditerranée et Atlantique (de Brest au Sénégal).
- Maja goltziana : Atlantique oriental tropical et tempéré (du Portugal au Congo).
Ces espèces se distinguent par des caractéristiques morphologiques spécifiques, notamment la forme et l'ornementation de la carapace. Maja squinado se caractérise par une carapace triangulaire bombée et arrondie, tandis que Maja brachydactyla présente une carapace plus large et ovale, avec des tubercules plus petits sur le dos.
Habitat et comportement
L'araignée de mer est une espèce benthique littorale qui évolue dans les petits fonds (généralement de 0 à 30 m), et jusqu’à 100 m sur les côtes rocheuses ou sédimentaires couvertes d’algues. Les juvéniles de Maja brachydactyla, sur le point d'atteindre leur maturité, vivent dans des eaux peu profondes (de 10 à 15 m), sur des substrats rocheux et sablonneux, ainsi que sur des fonds sableux colonisés par les herbiers marins de type Zostera marina. En été, les adultes habitent les zones rocheuses près de la côte, tandis qu'en hiver, on les observe sur les fonds rocheux et les sédiments grossiers variés en eaux profondes.
Les araignées de mer se regroupent parfois en monceaux de plusieurs dizaines d’individus, principalement après la mue terminale, lorsque leur carapace est molle. Cet amoncellement pourrait constituer une stratégie de défense contre certains prédateurs, avec une situation dominante des mâles qui se positionnent au-dessus des tas. En septembre-octobre, les adultes migrent au-delà de 50 mètres de fond puis se dirigent vers le large pour hiverner. Certaines araignées de mer, comme Maja brachydactyla, effectuent une migration verticale selon les saisons, descendant au-delà de 50 m de fond à l'automne et regagnant les strates supérieures dès la fin de l'hiver.
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Anatomie et alimentation
L'araignée de mer possède un corps protégé par un céphalothorax, résultat de la fusion de la tête et du thorax. Elle se distingue par ses longues pattes fines, sa carapace arrondie et bombée, recouverte d'épines ou de tubercules. La couleur de sa carapace varie du brun-jaune au brun-rouge.
Le régime alimentaire de l'araignée de mer est omnivore. Elle consomme des algues et différents animaux tels que des oursins, des étoiles de mer, des ophiures, des crustacés, des annélides polychètes, des hydraires, des mollusques et des poissons morts.
Reproduction : le cycle de vie
La reproduction de l'araignée de mer est sexuée, avec des sexes séparés. Vers l’âge de 2 ans, l’araignée de mer atteint sa maturité sexuelle à l’issue d’une mue terminale. Dès lors, l'adulte arrête sa croissance, ne peut plus régénérer ses pattes perdues et sa longévité se raccourcit. La reproduction a lieu dès le printemps et pourra se poursuivre durant la belle saison.
Accouplement et ponte
La période de reproduction se situe principalement entre mars et juin, avec un possible second frai en été. Les femelles ovigères portent les œufs sous leurs pattes pendant au moins trois mois. La ponte, contenant entre 50 000 et 500 000 œufs selon la taille des génitrices, est portée par les femelles durant plusieurs mois (minimum 3 mois) jusqu'à l'éclosion. Les œufs rouges éclosent six à sept semaines après la ponte.
Les modalités d'accouplement restent encore à clarifier totalement. Une controverse existe sur l'accouplement. Selon les auteurs, l'accouplement pourrait se faire entre mâles et femelles durs (nombreuses observations), d'autres prétendant que la fécondation aurait lieu après la mue de la femelle, lorsque la carapace est encore souple. Une autre divergence d'appréciation réside dans la nécessité d'un accouplement immédiatement avant la deuxième ou la troisième ponte, malgré la présence d'une spermathèque chez la femelle. Certains auteurs supposent donc implicitement que les spermatozoïdes ne sont pas viables pendant suffisamment longtemps dans la spermathèque pour féconder plusieurs pontes. D'autres observations démontrent le contraire, des femelles ayant été observées pondant deux à trois fois sans accouplement.
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Lorsqu'on fait une préparation histologique de la spermathèque, on constate qu'il a pu y avoir eu jusqu'à une dizaine d'accouplements avec des mâles différents. La conséquence est que c'est le dernier mâle à s'être accouplé, donc pas nécessairement le plus beau et le plus fort, mais le plus patient, qui fécondera en premier la ponte qui suivra. Il semblerait que le sperme puisse être conservé très longtemps vivant dans les voies génitales de la femelle.
Développement larvaire
Les larves sont pélagiques (elles nagent) et conservent leur état larvaire durant environ quinze jours. L'araignée de mer en phase larvaire se nourrit de plancton.
Croissance et maturité
La croissance de l'araignée de mer se fait par mues successives. Durant la phase juvénile (appelée moussette) qui dure deux ans, sa taille augmente de 25 à 40% et son poids double (facteur 1,8 à 2,7). On a observé treize mues durant la première année, et seulement deux la seconde.
L'adulte peut mesurer entre 85 et 200 mm et peser de 250 g à 3000 g selon les individus. L'animal atteint sa taille adulte vers deux ans et la conservera durant cinq à six ans. La longévité exacte est incertaine chez l'araignée, mais se situerait entre sept et huit ans. Notez que contrairement aux autres crustacés, les araignées de mer ont une mue terminale. Ceci génère plusieurs conséquences :
- l'adulte ne mue plus et donc ne grandit plus,
- il ne peut plus régénérer les pattes perdues en cours de migration (d'où une forte sensibilité par rapport aux chaluts, contrairement au tourteau qui est lisse),
- la longévité est plus courte.
Prédateurs et camouflage
Parmi les prédateurs de l’araignée de mer figurent notamment le poulpe, le homard et les poissons carnassiers (bar, congre), qui s’en prennent plus particulièrement aux juvéniles.
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La couleur de cette araignée, variant du brun-rouge au brun-jaune, l'aide bien au camouflage, mais l'araignée le parfait en se recouvrant d'algues, d'éponges, d'hydraires, de petites anémones, de mollusques, de crustacés, d'ascidies, de bryozoaires parfois d'échinodermes, tout ce monde la rendant parfois difficile à voir. Ce camouflage ne concerne que les juvéniles et se fait par fixation active des organismes. L'araignée prend les organismes par la pince et les accroche à l'aide des soies qui parsèment la carapace et les pattes. La répartition des organismes sur le corps et les pattes est équilibrée entre la droite et la gauche. Ce comportement de camouflage (="autodécoration") s'observe plus fréquemment dans les endroits peu profonds. Les grands individus présentent peu d'activité de camouflage et si des organismes sont présents, il s'agit de fixation passive.
Pêche et conservation
Les araignées de mer sont abondamment pêchées pour être consommées. Leur prise est réglementée (en taille et quantité) pour les pêches professionnelles et de loisirs. Maja squinado bénéficie d'une protection par la Convention de Berne (relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe) et la Convention de Barcelone. Sa taille légale de pêche est de 120 mm. Pour les non professionnels, il existe des arrêtés selon les régions, sur le nombre et la taille de captures.
La diminution des stocks de grande araignée de Méditerranée a été observée dès les années 1980. Entre-temps, des mesures de protection ont été prises mais n’ont pas permis d’empêcher le déclin. Une pré-étude révèle que Maja squinado serait classée « vulnérable » en Méditerranée et même « en danger » en Corse.
Maîtrise de la reproduction : un espoir pour la conservation
Des chercheurs corses ont annoncé une « avancée scientifique et technique » : maîtriser la reproduction de la grande araignée de Méditerranée. Une méthode très naturelle, avec pour seul but de repeupler les fonds marins de cette espèce protégée de crabe. Les scientifiques de Stella Mare récupèrent des femelles adultes avec des œufs. La reproduction se réalise donc dans la nature. Lorsqu’elles pondent, on les relâche et on ne garde que les larves pour maximiser leur survie. Les scientifiques surveillent les larves comme de vrais parents crabes. Température, eau, hygiène… Tout est contrôlé et vérifié afin qu’elles atteignent le stade de juvénile sans encombre. L’objectif sous-jacent est de pouvoir relâcher ces petits dans la nature pour repeupler les fonds et compenser l’activité de pêche.
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