Françoise Combes est une figure emblématique de l'astrophysique française. Professeure au Collège de France, titulaire de la chaire Galaxies et cosmologie, et présidente de l’Académie des sciences pour 2025-2026, elle a marqué son domaine par ses contributions significatives à la compréhension de la formation et de l'évolution des galaxies. Mais son influence ne s'arrête pas là : elle s'engage également pour une meilleure représentation des femmes dans les sciences.
Une Carrière Scientifique Exceptionnelle
Parcours et Débuts
Françoise Combes, âgée de 68 ans, a suivi un parcours académique brillant. Après l'École normale supérieure (ENS), rue d’Ulm, et une agrégation de physique, elle a débuté sa carrière par un DEA de physique quantique. Elle se souvient avec bonheur de ses années à l'ENS, où elle a eu la chance d'assister aux cours de professeurs prestigieux tels que Jean Brossel et Claude Cohen-Tannoudji, qui ont su la rendre claire et inspirante sur des sujets complexes.
Sa première expérience de recherche fut sa thèse de 3e cycle, où elle a étudié, avec Roland Omnès et Evry Schatzman, un modèle d’Univers symétrique matière-antimatière. Bien que ce modèle se soit avéré incompatible avec les observations, cette expérience a été passionnante et formatrice. Elle a ensuite eu l'opportunité d'effectuer des observations sur le plus grand télescope millimétrique de l'époque, situé en Arizona.
Découvertes Majeures
C'est en Arizona que Françoise Combes a réalisé l'une de ses premières découvertes majeures : la détection des premières molécules dans la galaxie voisine d’Andromède. « J’y ai découvert les premières molécules dans la galaxie voisine d’Andromède, là où nos collègues américains n’avaient rien trouvé ! Ce fut le point de départ d’une longue série de découvertes. » Cette découverte a marqué le début d'une longue série de travaux sur les nuages moléculaires, lieux de naissance des étoiles, dans des galaxies primordiales, à moins de 10% de l'âge de l'Univers.
Elle multiplie dès lors les campagnes d’observation, notamment avec l’antenne de 15 mètres du SEST (Swedish-ESO Submillimetre Telescope), au Chili, et la grande antenne de 30 mètres de l’Institut de radioastronomie millimétrique, près de Grenade, en Espagne. « Je partais sur le terrain plusieurs semaines par an avec le soutien de mon mari qui gardait nos trois enfants. » Dans ses « filets » en forme d’antennes radio, elle attrape de nombreuses autres molécules, traque entre autres la glycine, l’oxygène et l’eau, tapies dans des galaxies très lointaines.
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Françoise Combes est également reconnue pour ses travaux sur les galaxies en interaction. « Nous avions remarqué, surtout grâce au satellite Iras, dès 1985, que l’hydrogène moléculaire est particulièrement abondant dans les galaxies en interaction. » Elle a mis en évidence que ces galaxies, en dansant l’une avec l’autre, forment des queues dites « de marée » et sont de véritables pouponnières, enfantant 1 000 nouvelles étoiles par an, contrairement à une galaxie isolée comme la Voie lactée, qui n’en forme qu’une à deux.
Contributions Théoriques
Dans les années 1970-80, alors que les premières simulations numériques sont réalisées en deux dimensions, elle a l’idée de les faire, plus réalistes, en trois dimensions. Une astuce qui offre un nouveau point de vue. Elle résout ainsi un mystère jusqu’alors inexpliqué : la formation d’un bulbe (sorte de renflement) dans les galaxies spirales. La clé de l’énigme est la barre centrale, sorte de forme allongée centrale où toutes les étoiles se rassemblent. « Cette barre soulève les étoiles dans la direction perpendiculaire au plan, explique-t-elle.
Elle a notamment expliqué pour la première fois en 1991 pourquoi les centres des galaxies sont en forme de cacahuète. "Parce qu'il y a une résonance entre les étoiles. C'est comme marcher au pas sur un pont. Si tout le monde marche au même rythme il y a une résonance tellement forte que le pont risque de s'effondrer. Là, la barre au centre de la Galaxie et les étoiles oscillent de haut en bas, et ça donne une forme de cacahuète."
L'Expertise de la Matière Noire
Françoise Combes est également l’une des grandes expertes françaises ès matière noire. Car le destin des galaxies est intimement lié à celui de cette matière invisible qui constitue plus de 80 % de toute la matière contenue dans l’Univers et dont on n’a toujours pas découvert la nature. « La matière noire est absolument nécessaire pour que se soient formées les galaxies telles qu’on les observe aujourd’hui, explique-t-elle. Au tout début de l’Univers en effet, la matière ne peut pas se regrouper car elle est gênée par les photons. Mais la matière noire elle, qui n’interagit pas avec la lumière, peut sans peine s’effondrer par gravité.
Elle ausculte les galaxies en se penchant sur les différents modèles de matière noire, mais aussi sur des scénarios alternatifs. Car pour elle, pas de doute : la quête des wimps, ou neutralinos, ces particules théorisées dès 1985, va prendre un nouveau tournant. « Cela fait trente-cinq ans qu’on cherche ces wimps avec d’immenses détecteurs, toujours plus puissants. Il est temps de suivre d’autres pistes. » Des pistes qu’elle s’efforce de défricher en même temps qu’elle tente de découvrir ce qui se cache derrière la matière normale invisible.
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Reconnaissance et Distinctions
Ses travaux ont été salués par de nombreuses distinctions, dont la médaille d’or du CNRS en 2020. « Une immense joie, le bonheur et l’honneur d’une récompense aussi grande. Une chance aussi, car cette médaille n’est pas souvent attribuée à l’astronomie. Le dernier astronome à la recevoir était Evry Schatzman, en 1983. » Elle a également été nommée Présidente de l’Académie des sciences pour 2025-2026, une reconnaissance de son rôle majeur dans la communauté scientifique.
Engagement pour l'Égalité des Genres dans les Sciences
Outre ses contributions scientifiques, Françoise Combes est une figure engagée dans la promotion des femmes dans les sciences. Elle a dirigé la publication de l’ouvrage Genre et sciences, qui questionne la place des femmes dans le champ scientifique et avance des pistes pour remédier aux inégalités liées au genre.
Constat des Inégalités
Françoise Combes souligne l’ampleur des inégalités de genre dans le monde des sciences. « En mathématiques, physique, chimie, sciences de l’Univers, la part des femmes plafonne autour d’un tiers des postes. » Elle explique qu'il est très difficile de répondre simplement à cette question, car il y a de multiples causes, et non pas une seule. La principale est peut-être à chercher dans notre culture et nos stéréotypes. Ce sont des idées préconçues qui nous sont inculquées dès notre plus jeune âge.
Elle rappelle que, selon l'Unesco, les femmes ne représentent que 30% des scientifiques dans le monde, et seulement 4% parmi les prix Nobel. En Europe, elles ne sont que 14% à exercer de hautes responsabilités académiques.
Causes et Solutions
Françoise Combes identifie plusieurs causes à cette sous-représentation. Elle souligne l'importance des stéréotypes de genre, qui influencent les choix d'orientation dès l'école. « C’est un problème culturel qu’il faudrait prendre à la base, dès l’école. Il existe des stéréotypes, que perpétue notre société, qui voudraient que les carrières littéraires soient plus adaptées aux femmes et les carrières scientifiques aux hommes. »
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Elle insiste sur la nécessité de lutter contre ces préjugés et d'encourager les jeunes filles à s'orienter vers les sciences. « Les filles sont conditionnées à croire que les sciences exactes ne sont pas pour elles, qu'il faut qu'elles aillent vers la littérature ou mieux la biologie, le soin à la personne. Mais en fait, les femmes sont très douées pour l'abstrait. La preuve, elles obtiennent depuis peu des médailles Fields en mathématiques. Il faut lutter contre ces préjugés qui nous concernent tous et toutes. »
Françoise Combes souligne également l'importance des modèles féminins dans les sciences. « Il est prouvé que les vocations féminines sont encouragées par l’exemple. La médaille que je viens de recevoir me donne la responsabilité de jouer un de ces « role model » dont vous parlez, et qui sont nécessaires. Il est certain qu’il faudrait plus d’exemples de carrières et de réussites féminines, pour encourager les jeunes femmes à s’engager dans la recherche et persévérer. »
Elle note cependant que les mentalités évoluent lentement. « Oui, au fur et à mesure des années, la communauté y est devenue nettement plus sensible. Que ce soit dans les concours, dans les comités, dans les réunions et colloques en France ou à l’étranger, il devient nécessaire pour tous de prendre en compte l’équilibre entre hommes et femmes. Par exemple, les choses avancent à l’Académie des sciences, où le nombre de femmes n’a jamais été aussi grand, ou de même au Collège de France. Même au niveau de la médaille d’or du CNRS, il y a du progrès ; en 60 ans, depuis 1954, il n’y avait eu que 2 femmes. »
Elle se dit préoccupée par le recrutement et le statut actuel des chercheurs, qui pénalisent plus encore les femmes. « Au début de ma carrière, il y avait en astrophysique 30% de femmes en poste permanent. Aujourd’hui ce pourcentage diminue, car après le doctorat, il faut attendre en moyenne 6 à 8 ans de post-docs avant de décrocher un statut stable. »
Optimisme et Persévérance
Malgré les défis, Françoise Combes reste optimiste et encourage les jeunes femmes à persévérer dans les sciences. « Si l’on est passionné pas sa recherche, que l’on y trouve beaucoup de satisfactions, il faut persévérer. Ne jamais se décourager. Notre métier est fait de recherches, mais aussi d’enseignement et de diffusion de la recherche. » Elle rappelle qu'elle a elle-même mis quatorze ans avant d'obtenir un poste permanent, ce qui témoigne de sa détermination et de sa passion pour la recherche.
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