Introduction
Les besoins nutritionnels des enfants sont essentiels pour assurer leur croissance, leur développement psychomoteur et intellectuel, ainsi que leur activité physique. Comprendre les apports nutritionnels conseillés (ANC) en macronutriments (protéines, lipides, glucides) et en micronutriments (vitamines, minéraux) est crucial pour garantir une alimentation équilibrée et prévenir les carences ou les excès. Cet article vise à fournir un guide complet sur les apports caloriques et nutritionnels recommandés en pédiatrie, en tenant compte des spécificités de chaque étape de l'enfance.
Besoins en eau
L'eau est un élément essentiel de la constitution corporelle, représentant 75 % du poids du corps les premières semaines de vie et 60 % à l'âge d'un an. Les besoins en eau du nouveau-né et du nourrisson sont élevés en raison de cette forte proportion d'eau et de l'immaturité des fonctions de concentration-dilution des urines.
Apports hydriques
Les apports en eau doivent répondre aux besoins de maintenance (liés aux pertes cutanées, respiratoires, urinaires et fécales) et aux besoins liés à la croissance. Chez le nourrisson de moins de 1 an, les besoins en eau sont assurés par l'alimentation lactée. L'apport en lait est à inclure dans la quantité d'eau totale.
Qualité de l'eau
Le plus souvent, les eaux minérales sont conseillées pour la reconstitution des biberons des enfants, mais il est important de se renseigner sur la qualité de l'eau dans la ville de résidence. L'eau du robinet est souvent tout à fait adaptée pour les enfants, et ce dès le plus jeune âge.
Besoins énergétiques
Les besoins énergétiques, exprimés en kilocalories (kcal), sont d'autant plus élevés que l'enfant est en phase de croissance rapide, principalement lors des deux premières années de vie et au moment de la puberté.
Lire aussi: L'importance d'une bonne alimentation enceinte
Dépense énergétique totale (DET)
Les besoins énergétiques doivent couvrir la dépense énergétique totale (DET) et les besoins liés à la croissance. La DET comprend la dépense énergétique de repos (DER), la dépense énergétique liée à l'activité physique et la dépense énergétique de thermorégulation.
Besoins énergétiques liés à la croissance
Les besoins énergétiques liés à la croissance sont estimés à 5 kcal/g de tissu formé. Au cours de la première année de vie, la rapidité de la croissance entraîne un coût énergétique important. Ainsi, un nourrisson ayant une prise pondérale de 30 g/j utilise, pour sa croissance, 150 kcal/j, ce qui correspond à 20-30 % de sa DET. Après l'âge de 6 mois, la vitesse de croissance diminue, et son coût énergétique devient négligeable vers 3 ans.
Besoins en macronutriments
Les macronutriments (glucides, lipides et protéines) ont un rôle essentiel dans l'apport énergétique et la construction des tissus.
Glucides
Les glucides ont essentiellement un rôle d'apport calorique, fournissant 4 kcal par gramme. Leur source principale pendant les premiers mois d'alimentation lactée exclusive est le lactose (glucose + galactose). Après 1 an, les glucides doivent représenter 50 à 55 % de l'apport énergétique total. Il est recommandé d'augmenter la consommation de pain complet, de céréales complètes et de féculents aux dépens des produits sucrés.
Lipides
Les lipides ont un rôle énergétique important, fournissant 9 kcal par gramme. Ils doivent également assurer les besoins en vitamines liposolubles (A, D, E et K) et en acides gras essentiels (AGE). Les lipides doivent contribuer à 50 % des apports énergétiques totaux de 0 à 6 mois, pour diminuer progressivement ensuite mais rester notables. Après l'âge de 3 ans, les apports conseillés en lipides sont limités à un tiers des calories quotidiennes, essentiellement sous forme de graisses insaturées.
Lire aussi: Hydratation pédiatrique : le guide
Acides gras essentiels (AGE)
Les AGE sont l'acide linoléique (oméga 6) et l'acide α-linolénique (oméga 3). Leur carence se manifeste principalement par des anomalies du développement psychomoteur. À partir des AGE se produisent une série d'élongations et de désaturations aboutissant à des acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI-LC), principalement l'acide arachidonique (ARA, oméga 6) et l'acide docosahexaénoïque (DHA, oméga 3). Ces AGPI-LC (présents dans le lait maternel) jouent un rôle très important dans le développement du système nerveux central et de la rétine, ainsi que dans l'immunité et le contrôle de l'inflammation. Toutes les préparations infantiles sont enrichies en DHA et la grande majorité en ARA. Les besoins en AGE sont assurés par la consommation d'huiles végétales, notamment d'huile de colza, bien équilibrée en oméga 6 et oméga 3.
Protéines
Les protéines ont un rôle enzymatique, hormonal et de transport. Les besoins en protéines tiennent compte des besoins de maintenance et des besoins pour la croissance. Les ANC en protéines sont de l'ordre de 10 g par jour jusqu'à l'âge de 2 ans, puis d'environ 1 g/kg par jour. Idéalement, 50 % des protéines apportées sont d'origine animale et 50 % d'origine végétale.
Besoins en micronutriments
Les micronutriments (vitamines et minéraux) sont essentiels pour le bon fonctionnement de l'organisme et la prévention des carences.
Fer
Les besoins en fer sont importants à couvrir chez le nourrisson, en raison du rôle essentiel du fer dans la synthèse de l'hémoglobine et dans le développement du système nerveux central. Quel que soit l'âge, l'absorption intestinale du fer est basse, ce qui explique que les ANC atteignent 6 à 10 mg par jour jusqu'à 10 ans puis 13 à 16 mg par jour au-delà pour couvrir des besoins de 1-2 mg par jour de fer absorbé. La carence en fer est la plus fréquente des maladies nutritionnelles de la planète.
Sources de fer
Le fer héminique (viande, poisson, abats) est mieux absorbé que le fer non héminique (lait, végétaux, œuf) : 20-30 % versus 2-5 %. La teneur en fer du lait de vache est très faible, ce qui le rend inadapté à l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant. Dans les laits infantiles (1er âge, 2e âge et lait de croissance), la présence de sels ferreux et de vitamine C améliore l'absorption du fer qui atteint 10-20 %. Les besoins en fer sont assurés chez le nourrisson et le jeune enfant par les laits infantiles (1er âge, 2e âge, lait de croissance) et, chez l'enfant et l'adolescent, par la consommation de deux produits carnés par jour. Les végétaux, même les plus riches en fer (légumes secs, épinards), ne contribuent que très peu à assurer ces besoins car le fer qu'ils contiennent est très mal absorbé.
Lire aussi: Alimentation et troisième trimestre
Calcium
Les apports en calcium sont indispensables à l'âge pédiatrique pour une minéralisation optimale du squelette. Les besoins sont estimés à 280 à 450 mg/j avant 3 ans, à 800 mg/j entre 3 et 10 ans, puis à 1 150 mg/j de 11 à 17 ans. Les apports sont principalement assurés par le lait et les produits laitiers, mais aussi par les eaux minérales riches en calcium. Pour assurer les besoins en calcium, il est recommandé de consommer trois ou quatre produits laitiers par jour.
Vitamine D
La vitamine D joue un rôle essentiel dans la minéralisation osseuse et l'absorption intestinale du calcium. Une supplémentation en vitamine D, idéalement quotidienne, est nécessaire chez tous les enfants de 0 à 18 ans. Les experts estiment qu'une dose minimale de 400 UI/j permet d'éviter la survenue d'un rachitisme carentiel.
Vitamine K
La vitamine K joue un rôle essentiel dans la synthèse des facteurs de coagulation, en particulier en période néonatale. Afin de prévenir la maladie hémorragique du nouveau-né, il est recommandé de donner 2 mg de vitamine K per os à la naissance et entre le 4e et le 7e jour de vie. Pour tenir compte de la faible teneur en vitamine K du lait maternel, une supplémentation de 2 mg per os est indiquée à 1 mois de vie en cas d'allaitement exclusif chez le nouveau-né à terme.
Alimentation du nourrisson
L'alimentation du nourrisson évolue en trois phases principales : l'alimentation lactée exclusive, la diversification alimentaire et l'alimentation diversifiée.
Alimentation lactée exclusive (0-4/6 mois)
L'alimentation lactée exclusive est recommandée de la naissance à 4-6 mois. Le lait maternel est le modèle nutritionnel pour l'alimentation du nourrisson et constitue la référence retenue pour le calcul des besoins et donc des ANC dans cette tranche d'âge. Lorsque la mère ne peut ou ne veut pas allaiter, une préparation pour nourrisson doit être proposée.
Diversification alimentaire (4/6-12 mois)
La diversification alimentaire doit être débutée entre 4 et 6 mois, notamment pour prévenir l'apparition de manifestations allergiques ultérieures. Cela concerne aussi les aliments à fort potentiel allergisant (œuf, arachide [sous forme de beurre de cacahuète] et fruits à coque) dont l'introduction précoce est recommandée, que l'enfant soit atopique ou non. Jusqu'à l'âge de 1 an, la presque totalité des besoins micronutritionnels est assurée par les préparations infantiles, notamment ceux en fer et en AGE. L'ingestion de 700 ml par jour de préparation de suite permet d'assurer la totalité des besoins en fer et en AGE.
Alimentation diversifiée (après 1 an)
Après l'âge de 1 an, l'alimentation est totalement diversifiée, comme celle de l'adulte. Il est recommandé de consommer trois à quatre portions de produits laitiers par jour pour couvrir les besoins en calcium.
Recommandations spécifiques
Allaitement maternel
L'OMS recommande un allaitement (maternel) pendant 6 mois pour, notamment, prévenir les risques infectieux dans les pays en développement. Cependant, dans les pays développés, la diversification doit être débutée, comme chez les nourrissons en alimentation lactée, entre 4 et 6 mois. Le nombre de tétées dépend des souhaits de l'enfant.
Préparations infantiles
En l'absence d'allaitement ou en complément de celui-ci, il est important de connaître les préparations lactées adaptées au nourrisson. Le lait de vache est totalement inadapté à cet âge. La prescription doit préciser le type de lait, le volume quotidien et le nombre de biberons, ainsi que les modalités habituelles de reconstitution : 1 cuillère-mesure pour 30 ml d'eau faiblement minéralisée (l'eau du robinet peut également être utilisée).
Diversification alimentaire menée par l'enfant (DME)
La diversification menée par l'enfant (DME) consiste à proposer des aliments en morceaux aux nourrissons dès qu'ils peuvent tenir assis (vers l'âge de 6 mois) et de les laisser se nourrir seuls avec leurs doigts, tout en poursuivant parallèlement l'allaitement ou les biberons de lait infantile. Par rapport à la diversification traditionnelle à la cuillère, les enfants ont moins de troubles de l'oralité, mais les risques de fausses routes et de carences en lipides et en fer sont accrus.
Besoins spécifiques des sportifs de haut niveau
Pour les petits sportifs de haut niveau qui pratiquent un sport en compétition ou en championnat (plus de 4 heures par semaine), il est recommandé de consulter un diététicien pour déterminer les besoins nutritionnels spécifiques de l'enfant.
tags: #apport #kcal #pediatrie
