Souvent méconnu, particulièrement chez la femme, le syndrome d’apnées du sommeil (SAS) pendant la grossesse représente un défi de santé majeur, mais gérable avec une approche proactive et coordonnée. Ce trouble respiratoire, caractérisé par des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil, peut avoir des conséquences significatives sur la santé de la mère et du bébé. Cet article vise à explorer les risques associés à l'apnée du sommeil pendant la grossesse et les stratégies de prise en charge disponibles, en mettant l'accent sur la nécessité d'un diagnostic précoce et d'une intervention adaptée.

Prévalence et Facteurs de Risque

Le syndrome d’apnées du sommeil (SAS) est moins fréquent chez la femme que chez l’homme dans la population générale. Cependant, la prévalence du SAS augmente au cours de la grossesse, passant de 3% en début de grossesse à 7% en fin de grossesse. Les somnologues estiment une prévalence de 10% au premier trimestre, qui passe à 28% au dernier trimestre. Ces chiffres sont probablement sous-estimés car la polysomnographie ne tient pas compte de l'effort respiratoire.

Plusieurs facteurs contribuent à cette augmentation :

  • Modifications hormonales: L’augmentation des œstrogènes provoque un œdème au niveau des voies aériennes supérieures (VAS), facilitant leur fermeture. La déstabilisation des centres respiratoires, liée à l’imprégnation progestéronique, favorise également ce phénomène.
  • Changements anatomiques et mécaniques: L’augmentation du volume utérin et la réduction des volumes pulmonaires, sous l’effet du refoulement du diaphragme, modifient la mécanique respiratoire, surtout au cours des derniers mois de la grossesse.
  • Prise de poids gestationnelle: Une prise de poids excessive pendant la grossesse peut favoriser la survenue du SAHOS.
  • Autres facteurs de risque: L’âge, l’IMC (de début ou de fin de grossesse), la présence d’une HTA préalable, la congestion nasale liée aux hormones et les antécédents d’apnée du sommeil ou d’obésité sont également des facteurs de risque importants.

Symptomatologie et Diagnostic

La symptomatologie clinique chez la femme est souvent moins typique que chez l’homme. Les signes d’appel sont plutôt généraux, à type de fatigue, de manque d’allant, de tendance dépressive ou d’insomnie et de cauchemars. Bien que les plaintes d’hypersomnie ou de ronflements soient moins fréquentes, il est crucial de penser au diagnostic de SAS, d’autant plus s’il existe un poids excessif, un syndrome métabolique, ou une simple HTA.

D’autres signes d’alerte incluent :

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  • Ronflement, surtout s'il est récent
  • Somnolence irrépressible dans la journée
  • Céphalées matinales
  • Plainte d’un sommeil non-récupérateur

Au moindre doute, le médecin traitant ou l’obstétricien orienteront, si nécessaire, vers un spécialiste du sommeil pour programmer une exploration polysomnographique et confirmer le diagnostic. Les questionnaires comme le STOP-Bang (ronflement, fatigue, tension, âge, IMC) peuvent orienter vers un dépistage plus poussé. Le diagnostic repose sur des examens adaptés :

  • Oxymétrie nocturne (mesure du taux d’oxygène pendant la nuit).
  • Polysomnographie (PSG), test complet réalisé en centre du sommeil.

Complications et Risques Associés

Les conséquences d’un SAHOS gestationnel sont multiples et peuvent affecter à la fois la mère et l’enfant.

Risques pour la mère

  • Complications cardiovasculaires: Les complications cardio-vasculaires sont fréquentes avec des risques accrus d’HTA, d’AVC, d’infarctus. Les femmes à « haut risque cardiovasculaire » présentent 4 fois plus souvent un SAS modéré à sévère que les autres.
  • Hypertension gravidique et prééclampsie: Les troubles respiratoires du sommeil augmentent considérablement le risque d’éclampsie et de diabète gestationnel. Le SAHOS est responsable d’une augmentation du risque de pré-éclampsie, avec un risque doublé, même après ajustement sur l’IMC, l’âge, les antécédents d’hypertension artérielle (HTA) ou la prise de poids pendant grossesse. Le risque d’HTA gravidique est également augmenté.
  • Diabète gestationnel: Le risque de diabète gestationnel est augmenté en cas de SAHOS.
  • Césarienne: Il existe un risque plus élevé de césarienne chez les femmes enceintes souffrant de SAHOS.
  • Fatigue et dépression post-partum: Les nouvelles mères peuvent continuer à souffrir de fatigue et de dépression post-partum exacerbée par un sommeil de mauvaise qualité.

Risques pour le bébé

  • Prématurité: Une méta-analyse a confirmé un surrisque lié au SAS, avec également une augmentation du risque de prématurité.
  • Faible poids de naissance: Le SAHOS est associé à un risque accru de faible poids de naissance.
  • Retard de croissance intra-utérine: L’hypoxie intermittente (épisodes répétés de baisse de la concentration d’oxygène dans le sang), causée par des apnées répétées, peut entraîner des retards de croissance intra-utérine.
  • Risque cardio-vasculaire à court et moyen terme: Les enfants de mères ayant présenté ces anomalies pendant la grossesse ont également un risque cardio-vasculaire franchement augmenté à court et moyen terme.
  • Apnées du sommeil chez l'enfant: Si l’enfant est né prématuré, il a de grandes chances de souffrir lui aussi d’apnées du sommeil.

Enfin, il existe des données qui pourraient incriminer le SAHOS dans le caractère transmissible de l’obésité, par épigénétique. On retrouve en effet chez les femmes enceintes présentant un SAS, un placenta plus volumineux et plus riche en leptine, et chez le bébé une masse grasse plus importante à la naissance, malgré des poids de naissance plus faible.

Traitement et Prise en Charge

Traiter le syndrome d’apnées du sommeil est donc indispensable compte tenu de sa morbi-mortalité notamment cardio-vasculaire et de la détérioration de la qualité de vie. Il repose à la fois sur des règles hygiéno-diététiques comprenant une perte de poids et une bonne hygiène du sommeil et sur le traitement plus spécifique des troubles respiratoires soit par Pression positive continue par voie nasale (PPC), soit par adaptation d’un orthèse d’avancée mandibulaire (OAM). Le choix de ces traitements étant guidé par à la fois la sévérité du SAS (niveau de l’index d’apnée-hypopnée) et la configuration anatomique des voies aériennes supérieures.

Mesures hygiéno-diététiques

  • Perte de poids: Bien que la perte de poids puisse être difficile pendant la grossesse, il est important de surveiller la prise de poids et d'adopter une alimentation équilibrée.
  • Hygiène du sommeil: Adopter une bonne hygiène du sommeil est essentiel. Cela inclut :
    • Se coucher quand on a sommeil, mais pas avant.
    • Éviter les écrans avant de se coucher.
    • Créer un environnement propice au sommeil (obscurité, calme, température fraîche).
  • Position de sommeil: Dormir sur le côté gauche est la position la plus conseillée : elle favorise la circulation vers le placenta et réduit la compression veineuse. Il est préférable d’éviter le décubitus dorsal prolongé (sur le dos), surtout au 3ᵉ trimestre. Pour maintenir une position latérale stable, un oreiller ergonomique peut être utile.

Traitement par PPC (Pression Positive Continue)

Lorsque le SAHOS est avéré, la PPC est la solution la plus adaptée. La PPC est un traitement sûr et non médicamenteux, compatible avec la grossesse, et bénéfique pour l’oxygénation maternelle et fœtale.

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  • Objectifs du traitement: Le traitement par PPC (autopilotée) a pour objectif premier de soulager les symptômes.
  • Observance: L’observance du traitement est plutôt très bonne chez les femmes enceintes.
  • Ajustements: Des ajustements de pression sont parfois nécessaires selon les trimestres et la tolérance nasale. Un oreiller bien adapté réduit la pression du masque et aide à conserver la position latérale.

Rôle du PSAD (Prestataire de Santé à Domicile)

Le PSAD joue un rôle essentiel dans l’accompagnement des femmes enceintes diagnostiquées avec un syndrome d’apnées du sommeil (SAS), en complément du suivi médical obstétrical.

  • Mise en place et suivi du traitement:
    • Installe le matériel à domicile en tenant compte des spécificités de la grossesse.
    • Adapte les interfaces pour garantir confort et tolérance.
    • Assure un suivi régulier de l’observance et du confort nocturne.
  • Accompagnement et pédagogie:
    • Accompagne la future maman pour comprendre les enjeux du traitement pour sa santé et celle du bébé.
    • Apprend à utiliser correctement la PPC.
    • Gère les inconforts liés aux changements corporels (position, congestion nasale, reflux).
  • Coordination avec l’équipe médicale:
    • En lien avec le pneumologue, le gynécologue-obstétricien ou la sage-femme.
    • Transmet les données de traitement.
    • Signale toute difficulté ou aggravation des symptômes.
    • Contribue à une prise en charge sécurisée et personnalisée tout au long de la grossesse.

Autres traitements

Dans certains cas, une orthèse d’avancée mandibulaire (OAM) peut être envisagée, mais son utilisation pendant la grossesse doit être discutée avec un spécialiste.

Importance de la Sensibilisation et du Dépistage

Il est crucial d’accroître la sensibilisation aux apnées du sommeil chez les femmes enceintes. Un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée peuvent faire une énorme différence dans la santé maternelle et néonatale. Les professionnels de santé doivent être vigilants et inclure le dépistage des apnées du sommeil dans les suivis prénatals standards. Cette démarche proactive permettrait d’identifier rapidement les femmes à risque et de mettre en place les interventions nécessaires pour prévenir les complications potentiellement graves.

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