La maternité, bien que souvent idéalisée comme une période de joie immense, peut également être une source de stress et d'anxiété pour de nombreuses femmes. Si la dépression post-partum est un sujet de plus en plus abordé, l'anxiété post-natale reste souvent méconnue et sous-diagnostiquée. Cet article explore les symptômes, les causes et les traitements de l'anxiété généralisée post-partum, offrant des informations essentielles pour les nouvelles mamans et leurs proches.

Introduction à l'Anxiété Post-Partum

Pendant longtemps, la grossesse et l’arrivée d’un enfant ont été dépeintes uniquement comme des moments de joie, au point de faire douter et s’inquiéter les futures ou jeunes mamans qui ne les vivaient pas comme telles. Heureusement, la parole s’est libérée ces dernières années et on évoque désormais beaucoup plus facilement la dépression post-partum, un phénomène qui toucherait entre 15 et 30 % des mères. Mais qu'en est-il des autres troubles pouvant apparaître à cette période, notamment l’anxiété post-natale ?

L’anxiété post-natale se définit par « la peur qu’il arrive quelque chose de grave à soi ou à son bébé ». Elle peut apparaître dès la grossesse (dans ce cas, le terme exact est anxiété prénatale) ou bien se manifester uniquement après la naissance. Selon une étude publiée en 2016 par l’université de la Colombie-Britannique, ce trouble concerne 17 % des femmes qui viennent d’accoucher.

Différents Troubles Psychiques Post-Partum

Parfois des épisodes douloureux peuvent survenir pendant la grossesse ou à la suite d'un accouchement, ils se déclenchent, surtout en post-partum, c’est à dire après l’accouchement, sous différentes formes :

  • Baby blues: Bénin et fréquent, il est un syndrome psychique et hormonal, qui est caractérisé par des crises de larmes immotivées et des inquiétudes diffuses quant à la maternité.

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  • La dépression du post-partum: La mère s’effondre sur un mode dépressif, avec une humeur triste, des angoisses majeures, une culpabilité massive vis-à-vis du bébé, une peur débordante de ne pas être à la hauteur et de ne pas savoir s’occuper de l’enfant.

  • La psychose puerpérale: La mère peut déclencher des éléments psychotiques, c’est-à-dire des délires centrés autour du bébé (bébé en danger, suspicion de bébé échangé, bébé-alien dangereux…). Evidemment ce trouble est extrêmement grave, et présente une dangerosité majeure pour le bébé et la mère, justifiant une hospitalisation en urgence.

  • Troubles anxieux: Angoisses diffuses, ruminations, ou crises d’angoisses, sont assez fréquentes en post-partum. Si elles ne diminuent pas progressivement, c’est qu’il existe un trouble de l’adaptation, et qu’il est nécessaire de débuter une psychothérapie.

Qu'est-ce que l'Anxiété Généralisée Post-Partum ?

Moins connue que la dépression du post-partum et plus complexe à diagnostiquer, le trouble anxieux du post-partum peut s’avérer particulièrement invalidant. Ressentir de l’anxiété quand on devient mère, c’est normal. Le post-partum cumule les facteurs de stress : il y a le bébé fragile dont il faut assurer la survie, avec toute la fatigue et l’inquiétude que cela entraîne, l’ajustement identitaire, et la société, qui exige des femmes qu’elles fassent des enfants pour les inonder ensuite d’injonctions contradictoires et de standards irréalistes. Un contexte pareil n’encourage pas la sérénité.

Le Trouble Anxieux Généralisé du Post-partum (ou Post Natal General Anxiety Disorder) correspond à un ensemble de symptômes précis, et est une des deux maladies les plus répandues dans le post-partum, avec la Dépression post-partum. Ce trouble anxieux va générer des ruminations anxieuses, de grandes inquiétudes difficiles à apaiser et parfois des troubles paniques. Il génère aussi des TOC et des phobies. De manière générale, l’inquiétude et l’anticipation de problèmes, rationnels ou non, sont les signes les plus prononcés.

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Bien que le trouble anxieux généralisé du post-partum soit une réalité de la période postnatale, il n’existe pas encore d’outil de dépistage ou de diagnostic spécifiques. On va plutôt parler de « continuum de l’anxiété », c’est-à-dire qu’on va évaluer le trouble en fonction de l’évolution des symptômes, de leur intensité et de leur fréquence.

Hypervigilance Maternelle

Outre le baby blues ou la dépression post-partum, la nouvelle maman peut également souffrir d’hypervigilance maternelle. Si l’on pensait que la grossesse et l’accouchement étaient les caps les plus difficiles à passer aux prémisses de la maternité, les semaines qui suivent la naissance du bébé sont tout aussi compliquées à gérer pour la maman du nouveau-né. Les nombreux bouleversements auxquels elle est confrontée peuvent déclencher des troubles qui impactent sa santé mentale. Certains la définissent comme un trouble du sommeil, quand d’autres avancent que c’est une condition médicale plus complexe qu’elle n'en a l’air.

L’hypervigilance maternelle se caractérise par une hyperactivité interne et externe chez la mère ; une sorte d’état d’alerte permanent visant à garantir la bonne santé et la sécurité de son enfant. Cette vigilance accrue, due à la peur intense qu'il arrive quelque chose à la progéniture, n’est évidemment pas sans conséquences pour elle : déséquilibrée voire obsessionnelle, elle se mue en véritable angoisse et/ou anxiété généralisée qui la ronge, l'empêche de dormir et la garde éveillée, même quand elle est épuisée. La maman touchée n’arrive pas à éteindre, à déconnecter, à “couper” de son bébé ; elle subit sa maternité plus qu’elle ne la vit.

Symptômes de l'Anxiété Post-Partum

Les symptômes de l'anxiété post-partum peuvent varier d'une femme à l'autre, mais certains signes sont communs. Il est important de noter que ressentir de l'anxiété de temps en temps après la naissance d'un bébé est нормальный. Cependant, si l'anxiété devient excessive, persistante et interfère avec la vie quotidienne, il est essentiel de rechercher de l'aide.

  • Anxiété excessive et incontrôlable : Une inquiétude constante et disproportionnée concernant la santé, la sécurité ou le bien-être du bébé ou de soi-même.
  • Pensées intrusives : Des pensées répétitives, indésirables et souvent effrayantes qui surgissent de manière inattendue. Des méta-analyses montrent que 32 à 46 % des jeunes mamans éprouvent de telles pensées parasites. Ces chiffres montent jusqu’à 70 % dans certaines études.
  • Phobies d'impulsion : Des pensées intrusives où vous faites du mal à votre enfant. Aussi troublantes soient-elles, ces pensées ne reflètent en rien un sombre désir inconscient de faire du mal à notre progéniture.
  • Crises de panique : Des épisodes soudains de peur intense accompagnés de symptômes physiques tels que des palpitations, une transpiration excessive, des tremblements, un essoufflement et des étourdissements. Au cours d’une crise de panique, elle peut ressentir un essoufflement, des douleurs thoraciques, de la claustrophobie, des étourdissements, des palpitations cardiaques, ainsi qu’un engourdissement et des picotements dans les extrémités. Les crises de panique semblent se produire par vagues, mais il est important de savoir qu’elles passeront et ne vous feront pas de mal.
  • Troubles du sommeil : Difficulté à s'endormir ou à rester endormie, souvent due à des pensées anxieuses. Des difficultés à s’endormir et/ou des insomnies fréquentes, dues à l’impossibilité de mettre en pause les pensées intrusives concernant le bébé.
  • Irritabilité : Une humeur irritable et une sensibilité accrue.
  • Tension musculaire : Des douleurs et des tensions musculaires, en particulier dans le cou, les épaules et le dos.
  • Difficulté à se concentrer : Des problèmes de concentration et de mémoire.

Manifestations Émotionnelles et Physiques de l'Hypervigilance Maternelle

  • Une peur intense qu’il arrive quelque chose de grave au bébé : les mamans atteintes de ce “trouble” angoissent à l’excès et à leurs yeux, tout devient une menace pour ce dernier.
  • Une hypersensibilité des sens (hyperesthésie), liée aux bouleversements cérébraux et hormonaux qui ont lieu juste après l’accouchement. En effet, les experts médicaux du blog de l’application May expliquent que “le cerveau devient hypersensible après l’accouchement, sa structure même change. Chaque stimulus s’amplifie : la lumière, le son, les odeurs… et le risque, c’est de tomber dans un état de panique ou d’hypervigilance obsessionnel”, puisque tous nos sens sont toujours en alerte. Dans le souci de garantir la sécurité de leur tout-petit, les mères hypervigilantes sont attentives au moindre bruit, au moindre changement physique.

Causes et Facteurs de Risque

Les causes de l'anxiété post-partum sont multifactorielles et peuvent inclure :

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  • Changements hormonaux : Les fluctuations hormonales importantes après l'accouchement peuvent affecter l'humeur et l'anxiété.
  • Fatigue : Le manque de sommeil et l'épuisement physique peuvent exacerber l'anxiété. De facto, le post-partum cumule les facteurs de stress : il y a le bébé fragile dont il faut assurer la survie, avec toute la fatigue et l’inquiétude que cela entraîne.
  • Stress : L'adaptation à la vie avec un nouveau-né, les responsabilités accrues et les changements dans la routine quotidienne peuvent être stressants.
  • Antécédents d'anxiété ou de dépression : Les femmes ayant des antécédents de troubles anxieux ou de dépression sont plus susceptibles de développer une anxiété post-partum.
  • Grossesse ou accouchement difficiles : Une grossesse ou un accouchement traumatisants peuvent augmenter le risque d'anxiété post-partum. À l’instar de la dépression, des traumatismes passés, des pathologies psychologiques préexistantes, une grossesse et un accouchement difficiles peuvent favoriser l’émergence d’une anxiété post-partum invalidante.
  • Manque de soutien social : Un manque de soutien de la part du partenaire, de la famille ou des amis peut contribuer à l'anxiété. Prendre en charge correctement ces troubles, passe par la mise en place de différentes ressources. L’entourage doit bénéficier d’explications sur les troubles de la maman, afin de la soutenir efficacement et d’organiser une aide concrète quotidienne au début.
  • « l’histoire et le contexte de la grossesse (grossesses longtemps espérées ou faisant suite à une fausse couche par exemple, ndlr) ainsi que la prédisposition familiale, par exemple si vous avez grandi dans une famille anxieuse ou si vous avez vous-même rencontré plus jeune des épisodes d’anxiété ».

Diagnostic Différentiel : Anxiété Post-Partum vs Dépression Post-Partum

Il est crucial de distinguer l'anxiété post-partum de la dépression post-partum, bien que les deux puissent coexister. « Les symptômes sont différents », précise Laurie Eghissian. Alors que la dépression post-partum se caractérise principalement par de la tristesse, une fatigue intense et une perte d'intérêt, l'anxiété post-partum se manifeste par une inquiétude excessive, des pensées intrusives et des crises de panique.

Traitement de l'Anxiété Post-Partum

Prendre en charge correctement ces troubles, passe par la mise en place de différentes ressources. Voici les principales approches thérapeutiques :

  1. Psychothérapie : La psychothérapie est fondamentale car elle permet à la mère de comprendre ce qui la bouleverse autant et donc de commencer à s’apaiser. Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont particulièrement efficaces pour traiter l'anxiété. Elles aident les femmes à identifier et à modifier les pensées et les comportements qui contribuent à leur anxiété. Les types de thérapies fondées sur des données probantes peuvent inclure la TCC (thérapie cognitivo-comportementale) et l'IPT (psychothérapie interpersonnelle). La psychothérapie, les thérapies cognitivo-comportementales, les thérapies de soutien ou encore les groupes d’entraide sont possibles, et même largement recommandées pour traiter la dépression post-partum. Elles sont utilisées seules ou en complément des traitements médicamenteux.
  2. Médicaments : Les médicaments peuvent être prescrits dans certains cas. Ils sont évidemment absolument indispensables dans les psychoses du post-partum et les dépressions. L’allaitement est en général suspendu ou au moins encadré en cas de médication. Les antidépresseurs, et éventuellement les anxiolytiques, sont les plus couramment utilisés pour traiter l'anxiété. Vous devriez consulter votre médecin ou votre thérapeute pour trouver le plan qui vous convient.
  3. Groupes de soutien : Partager ses expériences avec d'autres mères qui traversent des difficultés similaires peut être très bénéfique. PSI organise des groupes de soutien entre pairs pour les survivants de psychoses périnatales et les personnes touchées.
  4. Techniques de relaxation : La pratique régulière de techniques de relaxation telles que la respiration profonde, la méditation et le yoga peut aider à réduire l'anxiété.
  5. Soutien de l'entourage : L'entourage doit bénéficier d'explications sur les troubles de la maman, afin de la soutenir efficacement et d'organiser une aide concrète quotidienne au début.

Conseils pour Gérer l'Anxiété au Quotidien

  • Prioriser le repos : Se reposer dès que possible, même après la naissance, lorsque votre bébé dort, par exemple.
  • Adopter une alimentation saine : Une alimentation équilibrée peut aider à stabiliser l'humeur.
  • Faire de l'exercice : L'activité physique régulière peut réduire le stress et l'anxiété.
  • Éviter la caféine et l'alcool : Ces substances peuvent exacerber l'anxiété.
  • Prendre du temps pour soi : Demander de l’aide aux membres de votre famille et à votre entourage pour prendre du temps pour vous et votre couple. Sortez, aérez-vous, faites des balades courtes, avec ou sans bébé.
  • Parler de ses sentiments : Osez parler de ce qui se passe dans votre tête, n’ayez pas honte et ne vous contentez pas de survivre sous prétexte que c’est « normal » d’être stressée.

Quand Consulter un Professionnel ?

Il est important de consulter un professionnel de la santé si :

  • L'anxiété interfère avec la capacité à prendre soin de soi ou de son bébé.
  • Les symptômes durent plus de deux semaines.
  • Il y a des pensées suicidaires ou des pensées de faire du mal à soi-même ou à son bébé.
  • L'anxiété est accompagnée de symptômes de dépression.

Vous pouvez tout d’abord en parler à votre médecin traitant, si vous vous sentez suffisamment en confiance, à votre sage-femme ou votre gynécologue, ou bien directement aller consulter un psychiatre ou un psychologue spécialisé en périnatalité. Souvenez-vous que l’arrivée d’un enfant est une période stressante et qu’il est normal d’être plus anxieuse que d’habitude, mais n’hésitez pas à consulter dès lors que les symptômes commencent à prendre trop de place dans votre vie et vous empêchent de réaliser des tâches simples. « Mieux vaut consulter pour des petits symptômes que d'attendre que l'anxiété se soit généralisée à tous les domaines de notre vie », rappelle la psychologue.

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