L'allaitement maternel est une période cruciale pour le développement du nourrisson et le bien-être de la mère. Cependant, la prise de médicaments pendant l'allaitement suscite souvent des inquiétudes quant à leur passage dans le lait maternel et leurs effets potentiels sur le bébé. Cet article se penche sur la question de la compatibilité entre les antidépresseurs et l'allaitement, en tenant compte des recommandations médicales, des alternatives thérapeutiques et des facteurs individuels à considérer.

Médicaments et allaitement : une question délicate

Lorsque vous allaitez, les médicaments que vous consommez peuvent passer dans le lait. Ainsi, il est recommandé de ne pas en prendre si ceux-ci ne sont pas vraiment nécessaires. Toute prise de médicaments doit être discutée avec votre médecin. En effet, certains peuvent présenter des inconvénients ou même des dangers pour le bébé. Ils peuvent aussi influencer la lactation. Il est important de noter que les notices des médicaments sont parfois alarmistes, mais chaque situation doit être évaluée au cas par cas. Ne cessez pas brusquement d’allaiter sous prétexte que vous devez prendre des médicaments.

Antidépresseurs et allaitement : ce qu'il faut savoir

Certains antidépresseurs sont compatibles avec l’allaitement. Les deux classes les plus problématiques sont les traitements anticancéreux et les psychotropes, mais là encore, rien ne doit être écarté. Depuis des années, beaucoup trop de femmes se sont fait conseiller, à tort, de cesser d’allaiter. Si la mère doit prendre un médicament, par exemple, la décision de poursuivre l’allaitement se fonde sur bien d’autres facteurs que sur la présence éventuelle du médicament dans le lait maternel. Il faut aussi tenir compte des risques de ne pas allaiter pour le bébé, pour la mère, pour la famille ainsi que pour la société. Et le fait de ne pas allaiter présente tellement de risques que la question se résume ainsi : Est-ce que la faible quantité de médicament excrétée dans le lait rend vraiment l’allaitement plus dangereux que l’alimentation au lait artificiel? La réponse: presque jamais. La présence d’une faible dose de médicament dans le lait maternel est presque toujours sans danger. Il ne faut pas oublier que suspendre l’allaitement pendant une semaine peut causer un sevrage définitif car le bébé pourrait ne plus jamais vouloir prendre le sein. Il faut aussi se souvenir que certains bébés refusent totalement le biberon; une interruption de l’allaitement sera non seulement injustifiée, elle sera aussi difficile à mettre en pratique.

La plupart des médicaments se retrouvent dans le lait, mais en quantités minimes. Bien que quelques rares médicaments puissent, même en très petites doses, causer des problèmes chez le nourrisson, ce n’est pas le cas de la grande majorité d’entre eux. Les mères à qui l’on conseille de cesser d’allaiter pour prendre un médicament doivent demander à leur médecin de s’assurer que sa recommandation se fonde sur des sources fiables. Il est à noter que le CPS (au Canada) et le PDR (aux États-Unis) ne sont pas des ressources fiables en ce qui concerne les médicaments et l’allaitement. La mère peut aussi demander à son médecin de prescrire un autre médicament compatible avec l’allaitement. Actuellement, il est facile de trouver une alternative sécuritaire. Pourquoi la plupart des médicaments se retrouvent-ils dans le lait en si faibles quantités? Parce que l’excrétion dans le lait dépend de la concentration dans le sang de la mère et que cette concentration plasmatique se mesure souvent en microgrammes ou même en nanogrammes par millilitre (des millionièmes ou des milliardièmes de gramme), alors que la mère en ingère des milligrammes (millièmes de gramme) ou des grammes. De plus, ce n’est pas toute la concentration plasmatique qui est excrétée dans le lait, mais plutôt seulement celle qui n’est pas liée aux protéines du sang de la mère. Beaucoup de médicaments sont presque complètement liés aux protéines du sang de la mère. Par conséquent, l’enfant ne reçoit pas autant de médicament que la mère, mais presque toujours beaucoup moins, proportionnellement.

Antidépresseurs compatibles

Les antidépresseurs compatibles avec la grossesse sont les suivants :

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  • Pour les ISRS : Fluoxétine, Sertraline, Paroxétine, Citalopram, Escitalopram
  • Pour les IRSNa : Venlafaxine, Duloxétine
  • Pour les tricycliques : Clomipramine, Amitriptyline
  • Pour les autres antidépresseurs : Mirtazapine

Seules la Paroxétine et la Sertraline sont compatibles avec l'allaitement maternel.

Précautions à prendre

En cas de traitement instauré pendant la grossesse, l'équipe obstétricale doit en être informée. Il est recommandé d'utiliser la posologie minimale efficace, celle-ci sera parfois à majorer au cours de la grossesse du fait de modifications pharmacocinétiques.

Alternatives thérapeutiques à la médication

La Haute Autorité de Santé recommande en première intention la psychothérapie et un étayage humain et matériel pour la prise en charge thérapeutique de la dépression du post-partum, quel que soit son niveau de sévérité.

Psychothérapie et soutien

Le réseau de périnatalité Aurore, couvrant plusieurs départements de la région, dispose d'un annuaire regroupant les psychologues et psychothérapeutes adhérents du réseau. Leurs coordoonées sont disponibles ici. Par ailleurs, la prise en charge psychothérapeutique peut également se faire via des Centres Médico-Psychologiques, certains spécialisés dans la périnatalité.

Exercices de thérapie "self-help"

Quelques exercices de thérapie "self-help" ou de gestion du stress par soi-même, faciles à prendre en main, peuvent être proposés aux patientes afin de mieux appréhender l'anxiété :

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  • Respiration diaphragmatique (fiche explicative)
  • Cohérence cardiaque (fiche explicative)
  • Techniques d'ancrage (fiche explicative)

Les applications Respirelax + ou Petit Bambou peuvent aussi être une aide pour les patientes à la réalisation de ce type d'exercices.

Étayage humain et matériel

L'étayage humain et matériel a pour objectif de renforcer le lien mère-bébé en limitant l'épuisement parental de la maman et en jouant sur le renforcement de la confiance dans ses capacités maternelles. L'étayage peut reposer sur les proches, si disponibles à proximité et si la patiente se sent de leur en parler, ou sur une aide extérieure. La Protection Maternelle et Infantile peut alors être sollicitée, permettant d'assurer un suivi renforcé y compris à domicile afin de préserver les interractions mère-enfant. En cas de besoin, des Techniciens de l'Intervention Sociale et Familiale (TISF) peuvent être sollicités auprès de la Caisse d'Allocations Familiales afin de soulager et d'épauler la famille dans les tâches quotidiennes (la participation financière dépend du quotien familial, de 0,26€ à 11,88€ de l'heure).

Traitement médicamenteux

En cas de forme grave ou persistante, un traitement médicamenteux peut être ajouté. Dans ces formes de dépression du post-partum, un avis psychiatrique spécialisé en périnatalité est recommandé.

Situations particulières et considérations

  • Fluoxétine (Prozac) : Habituellement sans toxicité, la fluoxétine (Prozac) a une très longue demi-vie (elle reste très longtemps dans le corps). Un bébé né d’une mère traitée pendant sa grossesse aura accumulé dans son organisme une quantité importante de fluoxétine, à laquelle viendront s’ajouter les faibles quantités absorbées avec le lait maternel; l’accumulation pourrait être suffisante pour causer des effets secondaires. C’est rare, mais c’est arrivé. Dans ce cas, il est possible de :

    1. Cesser le traitement à la fluoxétine pendant les 4 à 8 dernières semaines de la grossesse. Cela permettra l’élimination de la fluoxétine du corps de la mère et de celui du bébé.
    2. S’il n’est pas possible d’arrêter le traitement à la fluoxétine pendant la grossesse, on peut en général prendre après l’accouchement un autre médicament dont le passage lacté est faible.
  • Anesthésie : Les produits employés pour les anesthésies locales ou régionales ne sont pas absorbés par l’estomac du bébé et sont sans danger. Quant aux anesthésiques généraux, seules d’infimes quantités (comme de tout médicament) passent dans le lait et sont très peu susceptibles d’avoir des effets sur le bébé. Leur demi-vie est d’ordinaire très courte et leur excrétion, extrêmement rapide.

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  • Vaccins : Les vaccins donnés à la mère ne nécessitent pas l’interruption de l’allaitement. Au contraire, s’il en passe dans le lait, ils aideront même l’enfant à développer sa propre immunité. En fait, la plupart du temps, ils ne passent pas dans le lait, sauf éventuellement certains vaccins à virus vivant comme celui de la rubéole.

  • Examens radiographiques : Les examens radiographiques habituels ne nécessitent pas d’interruption de l’allaitement, même si un opacifiant est utilisé (urographie intraveineuse, par exemple). L’opacifiant ne passe pas dans le lait, et même s’il le faisait, il ne serait pas absorbé par l’enfant. La situation est la même pour la tomographie et l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Pour la scintigraphie thyroïdienne, c’est différent. L’iode radioactif I-131 se concentre dans le lait, est ingéré par le bébé et s’accumule dans sa thyroïde où il reste longtemps. C’est certainement préoccupant. Au besoin, on peut faire une scintigraphie thyroïdienne avec de l’iode 123, qui nécessite l’interruption de l’allaitement pendant seulement 12 à 24 heures, dépendant de la dose administrée.

Importance du suivi médical et de l'information

Il est indispensable d’être suivi durant cette période d’une grande fragilité par un psychiatre (ou psychologue) expérimenté. Ce n’est pas un simple problème de médication. C’est important pour vous-même mais également pour votre bébé. Les femmes qui prennent des antidépresseurs ont des taux d’intention et d'initiation d'allaitement maternel plus faibles et sont plus susceptibles d’avoir une montée de lait plus tardive. Cette étude soutient donc l’intérêt d’un accompagnement supplémentaire en matière d'allaitement maternel, chez les mères à trouble dépressif durant la grossesse. Si la mère doit prendre un médicament, par exemple, la décision de poursuivre l’allaitement se fonde sur bien d’autres facteurs que sur la présence éventuelle du médicament dans le lait maternel. Il faut aussi tenir compte des risques de ne pas allaiter pour le bébé, pour la mère, pour la famille ainsi que pour la société.

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