L'anorexie, qu'elle soit infantile ou mentale, est un sujet de préoccupation majeur pour les parents. Il est essentiel de comprendre les nuances entre les différents types d'anorexie, les signes d'alerte et les démarches à suivre pour une prise en charge précoce et efficace. Cet article vise à éclairer les parents et les professionnels de santé sur l'anorexie chez l'enfant, en mettant l'accent sur le rôle du pédiatre et les aspects à considérer pour une intervention adaptée.

Comprendre l'Anorexie : Définitions et Différences

Le terme "anorexie" provient du grec "orexia" (appétit) et du suffixe privatif "an-", signifiant littéralement "manque d'appétit". En médecine, l'anorexie est définie comme une perte d'appétit, un symptôme généralement transitoire. Cependant, il est crucial de distinguer l'anorexie infantile de l'anorexie mentale, deux troubles distincts nécessitant des approches spécifiques.

Anorexie Infantile : Un Trouble du Comportement Alimentaire Précoce

L'anorexie infantile est un trouble du comportement alimentaire qui apparaît généralement entre 6 mois et 6 ans. Elle se manifeste par un refus persistant de s'alimenter ou une restriction alimentaire marquée, sans cause organique évidente initialement. Contrairement à l'anorexie mentale, l'enfant ne présente pas de préoccupation concernant son poids ou son corps. Le trouble est davantage centré sur le rapport à la nourriture, au moment du repas, et sur les interactions avec l'adulte nourricier. Chez le nourrisson, on parle parfois d'anorexie du bébé, notamment lorsque les troubles alimentaires apparaissent lors de la diversification ou après un épisode médical (reflux, allergie, hospitalisation).

Il est fondamental de distinguer l'anorexie infantile d'un refus alimentaire transitoire. De nombreux enfants traversent des phases normales de sélectivité alimentaire, notamment entre 2 et 5 ans. Ces phases sont généralement fluctuantes, sans impact majeur sur la croissance staturo-pondérale. L'anorexie infantile se différencie par :

  • La durée du refus alimentaire.
  • La pauvreté progressive du régime alimentaire.
  • Le retentissement sur la courbe de poids et de taille.
  • La tension importante autour des repas.

Anorexie Mentale : Une Préoccupation Excessive du Poids

Quand l’anorexie devient volontaire, engendrée par une peur pathologique de prendre du poids, on l’appelle anorexie mentale. L’anorexie mentale est une maladie psychiatrique avec des intrications somatiques importantes décrite par Ernest-Charles Lasègue en France et William W. Gull en Angleterre à la fin du xixe siècle. La maladie débute généralement entre l’âge de 12 et 25 ans. L’évolution vers la guérison en 2 à 3 années est habituelle bien qu’un passage à la chronicité est possible. Ce trouble se manifeste principalement au moment de la puberté chez les jeunes filles. La personne atteinte d’anorexie mentale a alors une perception perturbée de son corps, se percevant généralement plus grosse qu’elle ne l’ait réellement. L’anorexie mentale (ou anorexia nervosa). A. C. Altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps, influence excessive du poids ou de la forme corporelle sur l’estime de soi, ou manque persistant de reconnaitre la gravité relative à la maigreur actuelle. Les conséquences psychologiques de l’anorexie mentale peuvent aller jusqu’à la dépression et les idées suicidaires.

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Les Causes Possibles de l'Anorexie Infantile

Les causes de l'anorexie infantile sont multifactorielles et complexes, impliquant des aspects psychologiques, familiaux et médicaux.

Facteurs Psychologiques

Les facteurs psychologiques jouent un rôle important. L'anorexie infantile peut s'inscrire dans un contexte :

  • D'anxiété de séparation.
  • De difficultés d'autonomie.
  • De régulation émotionnelle.

Le repas devient alors un espace d'expression du mal-être de l'enfant. Certains enfants utilisent le refus alimentaire comme un moyen de contrôle, notamment lorsqu'ils éprouvent des difficultés à verbaliser leurs émotions. Ce mécanisme est inconscient et ne relève pas d'une opposition volontaire.

Facteurs Familiaux et Environnementaux

La dynamique familiale est déterminante. Certains facteurs peuvent renforcer le trouble :

  • Des tensions répétées autour des repas.
  • Une inquiétude parentale excessive.
  • Des injonctions à manger ou des rapports de force.

Les changements de routine (entrée en crèche, déménagement, naissance d'un autre enfant) sont également des facteurs déclenchants fréquents. Dans certains cas, l'alimentation devient un enjeu relationnel majeur, au détriment du plaisir de manger.

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Causes Médicales à Éliminer en Priorité

Avant de poser un diagnostic d'anorexie infantile, il est impératif d'éliminer une cause médicale. Le reflux gastro-œsophagien, les troubles digestifs chroniques ou une allergie aux protéines du lait de vache (APLV) peuvent provoquer une douleur associée à l'alimentation, entraînant un refus secondaire de manger. Ces causes doivent être systématiquement recherchées par un professionnel de santé.

Signes d'Alerte : Quand S'Inquiéter ?

Il est crucial de reconnaître les signes d'alerte qui peuvent indiquer un problème d'anorexie chez l'enfant. Ces signes peuvent être de nature alimentaire, physique ou comportementale.

Signes Alimentaires

  • Refus répété de manger.
  • Sélectivité extrême ou quantités très faibles.
  • Rejet de certaines textures ou aliments essentiels, notamment les protéines ou les produits laitiers.

Signes Physiques

  • Stagnation ou perte de poids.
  • Ralentissement de la prise de poids, voire un décrochage sur la courbe de croissance.
  • Fatigue inhabituelle.
  • Pâleur.
  • Diminution du niveau d'activité.

Signes Comportementaux

  • Repas devenant sources de conflits.
  • Irritabilité, anxiété ou opposition au moment de manger.
  • Anticipation du repas avec angoisse.

À partir du moment où un parent a le sentiment, au quotidien, que manger n’est plus naturel, que le repas est source de conflits et de tensions, qu’il doit retirer son enfant de la cantine, alors, oui, il faut demander un avis, parce que quelque chose est probablement en route. Le principal risque est de laisser les troubles alimentaires s’installer. Les troubles alimentaires, qui peuvent être transitoires, peuvent aussi révéler une souffrance psychique de l’enfant ou de l’adolescent. Les laisser évoluer, c’est prendre le risque de passer à côté de la cause sous-jacente et de la souffrance de l’enfant ou de l’adolescent.

Quand Consulter et Vers Qui Se Tourner ?

La précocité de la prise en charge est essentielle pour limiter les conséquences somatiques et psychologiques de l'anorexie infantile. Il est donc important de savoir quand consulter et vers quels professionnels se tourner.

Premier Avis Médical : Le Rôle du Médecin Traitant ou du Pédiatre

Le premier interlocuteur est le médecin traitant ou le pédiatre. Il est possible de consulter un pédiatre en ligne, notamment pour :

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  • Une première évaluation.
  • L'analyse de la croissance.
  • L'élimination d'une cause organique.

La téléconsultation permet également de rassurer les parents et d'orienter rapidement vers une prise en charge adaptée. En tant que pédiatre référent, je m’engage à accompagner de manière globale l’adolescent et sa famille. Je propose d’assurer le suivi corporel, nutritionnel et de surveiller l’enjeu primordial de la croissance. Parfois, l’évolution pondérale mettant la patiente en danger, une hospitalisation peut s’avérer nécessaire. Ce terme stipule que le médecin passe un « contrat » avec son patient. Il s’agit d’un échange de consentement et d’engagement dans les soins qui lui sont proposés.

Spécialistes Impliqués : Une Approche Pluridisciplinaire

Selon la situation, plusieurs professionnels peuvent être impliqués :

  • Pédopsychiatre.
  • Psychologue.
  • Nutritionniste.

L’approche est pluridisciplinaire, centrée sur l’enfant mais aussi sur la relation parents-enfant. Il est indispensable de différencier l’anorexie infantile de l’anorexie mentale, dont les mécanismes et la prise en charge sont différents, ainsi que des autres troubles du comportement alimentaire. Selon les recommandations HAS de 2010, la prise en charge doit être pluridisciplinaire et la plus précoce possible. Ainsi, la thérapie associe généralement un suivi par le médecin traitant, un(e) médecin spécialisé (pédiatre ou endocrinologue), un(e) médecin psychiatre, un(e) psychologue, un(e) médecin nutritionniste ou diététicien(ne). Son objectif est de limiter les conséquences somatiques et les complications à court, moyen et long terme, et de comprendre les mécanismes psychologiques pour guérir et enrayer une évolution vers la chronicité.

Prise en Charge et Accompagnement

La prise en charge de l'anorexie infantile repose sur plusieurs axes : médical, nutritionnel et psychologique. L’objectif n’est pas de forcer l’enfant à manger, mais de restaurer une relation sereine à l’alimentation, sans pression ni conflit. Le suivi de la croissance est primordial. Une surveillance régulière du poids et de la taille permet d’évaluer l’efficacité de la prise en charge et d’adapter les interventions. La prise en charge repose sur des objectifs de soin clairs, souvent décidés et contractualisés avec le patient.

L'Importance d'une Approche Globale et Individualisée

Les soins proposés à l’enfant ou à l’adolescent doivent être individualisés. Il s’agit de prendre en charge la personne dans sa globalité, de l’évaluer dans son milieu familial, mais aussi social et culturel, où on sait qu’il peut y avoir des impacts particuliers sur le rapport à l’alimentation. La prise en charge passe également par le questionnement : quel enfant était-il ? comment a-t-il grandi émotionnellement et physiquement sur la question alimentaire ? L’approche doit être intégrative et globale, centrée sur la personne, mais également sur son entourage. On peut parler d’une prise en charge « transdisciplinaire » parce que c’est la rencontre des différentes disciplines qui va permettre d’accompagner et de mieux comprendre un enfant ou un adolescent.

Le Rôle Essentiel des Parents

Dans notre pratique, nous rappelons toujours aux parents que l’enfant ne « choisit » pas de ne pas manger. Son refus alimentaire est l’expression d’un malaise, parfois discret, parfois profond, qu’il ne peut pas verbaliser autrement. La pression exercée autour des repas est souvent contre-productive. Forcer un enfant à manger renforce l’angoisse, rigidifie le trouble et aggrave le conflit familial. L’objectif thérapeutique est de restaurer un climat sécurisant, de redonner à l’enfant le contrôle de ses sensations alimentaires, tout en garantissant un apport nutritionnel suffisant pour la croissance.

Troubles Alimentaires Périatrique et Prépubères

Les troubles alimentaires pédiatriques peuvent débuter quasiment dès la naissance. Les troubles alimentaires qui touchent les jeunes enfants sont nommés « pédiatriques ». Ce sont des troubles qui peuvent survenir dès la naissance, notamment chez des enfants qui refusent le sein ou le biberon, qui refusent la diversification alimentaire vers 5 ou 6 mois. Souvent, lorsque manger devient un problème, toute la famille en est impactée.

De 6 à 12 ans, les troubles des conduites alimentaires sont nommés « prépubères ». Ils touchent beaucoup de garçons et prennent la forme de conduites restrictives, sélectives, chez des enfants présentant un « répertoire alimentaire » très limité où prédominent les pâtes et pommes de terre, sans légumes ni fruits. Cette sélectivité alimentaire, auxquels les parents se plient parce qu’ils essaient de nourrir leur enfant, peut s’étendre jusqu’à devenir un véritable handicap au risque de bloquer la croissance et, au moment de la puberté, le développement pubertaire.

Troubles Alimentaires chez les Adultes et les Personnes Agées

Les troubles alimentaires, c’est de la naissance à la fin de vie. Des seniors, après 80 ans, peuvent développer des troubles des conduites alimentaires. On a longtemps dit : « Une personne âgée qui ne mange pas, c’est un “syndrome de glissement». » La déprime ou l’anxiété est, en effet, possible, mais un TCA aussi. Un TCA connu dans l’enfance ou l’adolescence peut ressurgir à l’âge adulte, par exemple.

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