Il est naturel d’appréhender l’accouchement, mais pour certaines femmes, cette peur se transforme en une phobie invalidante, connue sous le nom de tokophobie. Cet article explore en profondeur les causes de cette angoisse, ses manifestations, et les solutions disponibles pour aider les femmes à vivre une grossesse et un accouchement plus sereins.
Qu'est-ce que la Tokophobie ?
La tokophobie, étymologiquement issue du grec « tokos » (accouchement) et « phobos » (peur), désigne une peur intense et irrationnelle de l'accouchement. Cette phobie peut être si forte qu'elle conduit à l'évitement de la grossesse. Reconnue par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 1997 dans la Classification internationale des maladies, la tokophobie toucherait près de 14% des femmes.
Nathalie Lancelin-Huin, psychologue spécialisée en périnatalité, souligne que la tokophobie peut être consciente ou inconsciente, se manifestant à des degrés divers. Dans la peur consciente, la femme ne se sent pas prête à accoucher. Dans la peur inconsciente, la phobie peut émerger dès le début de la grossesse ou à l'approche de l'accouchement, réveillant des souvenirs douloureux.
Les Différentes Formes de Tokophobie
On distingue principalement deux types de tokophobie :
- Tokophobie primaire : Elle concerne les femmes enceintes pour la première fois. Cette peur peut remonter à l’adolescence, incitant les femmes concernées à utiliser diverses méthodes contraceptives, parfois simultanément, pour éviter une grossesse.
- Tokophobie secondaire : Elle survient après une première expérience d’accouchement traumatisante, qu’elle soit liée à des complications médicales (extraction instrumentale, problèmes pour le bébé ou la mère, fausse couche) ou à des facteurs psychologiques.
Causes et Facteurs Déclencheurs
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la tokophobie :
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- L'image de la douleur : La perception de l'accouchement comme un événement douloureux est profondément ancrée dans la société. Les taux de mortalité élevés liés à l'accouchement dans le passé, relayés par les films et la littérature, contribuent à cette angoisse.
- Les peurs transgénérationnelles : Des expériences traumatisantes vécues par des ancêtres peuvent influencer les peurs actuelles. Il n’est pas rare d’avoir eu des arrière-grands-mères décédées en couches.
- Les témoignages négatifs : Les récits de souffrance partagés par des proches ou sur les réseaux sociaux, ainsi que les images véhiculées par les médias, peuvent renforcer l'anxiété.
- Le stress prénatal : Les changements physiologiques, psychiques, émotionnels, familiaux, sociaux et matériels liés à la grossesse peuvent provoquer un syndrome dépressif prénatal. Un stress trop brutal ou un taux de stress très élevé (choc traumatique, licenciement, deuil, conflit familial, etc.) peuvent être responsables d’accouchements prématurés ou au contraire retarder l’accouchement, voire le bloquer. Si la maman est nourrie par un stress récurrent, le développement psychique et physique du bébé pourrait être perturbé : troubles de l’alimentation, du sommeil ou de l’attention, hyperactivité, anxiété…
- Manque d’information : Le manque d’information sur le processus de l’accouchement peut engendrer des angoisses, car l’inconnu génère de multiples peurs.
- Antécédents personnels : Des antécédents d’anxiété, de dépression, de troubles de l’humeur, d’expériences médicales traumatiques ou d’agressions sexuelles peuvent également contribuer à la tokophobie.
Symptômes de la Tokophobie
Les symptômes de la tokophobie sont similaires à ceux des autres phobies et peuvent inclure :
- Une anxiété excessive et une peur intense à l'idée d'accoucher.
- Des crises de panique caractérisées par des essoufflements, la bouche sèche, des tremblements, des nausées, des engourdissements, des sensations de vertige, des évanouissements ou des douleurs thoraciques.
- Des flashbacks d'expériences traumatiques lors d'un précédent accouchement (dans le cas de la tokophobie secondaire).
- Des symptômes physiques tels que le plexus solaire et la gorge serrés, des maux de ventre, des palpitations, des sueurs froides, un sommeil perturbé, des pensées obsessionnelles, et une difficulté à parler de l'accouchement.
- Un syndrome dépressif prénatal.
Solutions et Prise en Charge
Il est essentiel de ne pas rester seule face à la tokophobie. Voici plusieurs pistes pour apprivoiser et surmonter cette peur :
- Exprimer ses peurs : Ne pas les taire est crucial. Laissez-les s’exprimer et analysez-les pour comprendre leur origine et ce qui vous fait peur précisément. Partager votre peur avec votre partenaire est déjà un soulagement.
- Parler avec des professionnels de santé : Un premier pas consiste à en parler à votre médecin, sage-femme ou gynécologue. La tokophobie étant reconnue comme une véritable pathologie, les professionnels de santé en lien avec la maternité y sont sensibilisés et peuvent être une oreille attentive et bienveillante. Ils pourront vous apporter toutes les informations et le soutien nécessaire pour vous préparer davantage à l’accouchement. N’hésitez pas à poser des questions sur des sujets qui vous inquiètent comme “que se passera-t-il si le travail démarre trop tôt ? Que se passera-t-il en cas de complications ? Quelles sont les alternatives disponibles si j’ai peur des aiguilles ? Quelles sont les possibilités d’avoir recours à une césarienne ?”
- Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : Cette thérapie aide à identifier et à modifier les schémas de pensée qui alimentent les angoisses. Elle inclut des techniques de relaxation, de respiration et de visualisation. « On apprend, par exemple, à visualiser une grotte dans laquelle on est à l’abri, en sécurité, ou un accouchement qui va bien se passer. Le moment venu, la femme va pouvoir appliquer cette technique qu’elle aura alors intégrée », explique la psychologue Nathalie Lancelin-Huin.
- EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) : Cette technique peut être utilisée pour traiter les traumatismes liés à des expériences passées. Elle permet de reprogrammer le souvenir « à chaud », dans un présent émotionnel. « La patiente raconte ce qu’elle a vécu, ou se remet intérieurement dans la situation. Avec le souvenir, les émotions lui reviennent de façon quasi-identique. Le thérapeute l’accompagnant durant ce temps, lui demande ce qu’elle pourrait dire ou faire dans l’instant, ce qui lui ferait du bien », explique Nathalie Lancelin-Huin.
- Préparation à l'accouchement : Les cours de préparation à l’accouchement sont une vraie aide pour les femmes souffrant de tokophobie. Elles peuvent poser toutes leurs questions sans crainte et sans jugement.
- Méthodes naturelles de relaxation : Recourir à des méthodes naturelles, afin de relaxer votre corps et votre esprit. Méditation ou la relaxation aident à gérer le stress.
- Créer un environnement de soutien : Partager cette peur avec son partenaire, et être accompagnée d’un professionnel de santé, voire d’un psychologue, constituent une grande chance de guérison. Votre partenaire peut lui aussi se sentir anxieux et appréhender la naissance. Il est tout aussi important que le partenaire apprenne à gérer sa peur, car si le partenaire est effrayé ou manque de confiance en lui, il ne pourra pas être d’un grand soutien pendant l’accouchement.
- Se protéger des expériences douloureuses : Se protéger des expériences douloureuses de grossesse et d’accouchement est également primordial pour ne pas susciter plus d’angoisses.
- Visiter la maternité : Si vous avez besoin de vous projeter concrètement, vous devriez pouvoir visiter la maternité et rencontrer une partie de l’équipe médicale.
- Hypnose, sophrologie et yoga prénatal : Ces pratiques aident à gérer le stress et à se connecter à son corps.
- Accompagnement par une doula : Les doulas offrent un espace d’écoute et de soutien émotionnel, aidant les femmes à préparer leurs projets de naissance et à faire des choix éclairés.
L'Importance de l'Information
S’il est important de s’informer sur la grossesse et l’accouchement, mieux vaut que cela reste mesuré. « Trop en savoir peut engendrer des grossesses vécues dans l’anxiété, qui ne favorisent pas ensuite le lien mère-enfant. On retient qu’il est normal d’avoir peur devant cette expérience sollicitante. » L’experte conseille ensuite de connaître son rapport à la douleur, si l’on est endurante ou pas.
Les Conséquences de la Peur sur l'Accouchement
La peur ou l’anxiété n’est pas bonne pour la femme enceinte car elle augmente le ressenti de la douleur, allonge la durée du travail lors de l’accouchement en abaissant les niveaux d’ocytocine. Ce cycle peur-tension-douleur rend l’accouchement plus difficile.
De récentes études suggèrent que l’anxiété liée à la grossesse et à la peur de l’accouchement augmentent les risques de complications pendant la grossesse (hypertension artérielle, retard de croissance intra-utérin, etc.), au moment de l’accouchement (césarienne en urgence) et après l’accouchement (dépression du post partum).
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