Introduction

L'ancienne maternité de Melun, un lieu chargé d'histoire, témoigne des évolutions de la prise en charge de la maternité et de l'enfance à travers les siècles. De ses origines en tant que couvent des Récollets à sa transformation en hôpital puis en maternité, ce site a connu de nombreuses vies, reflétant les préoccupations sociales et sanitaires de chaque époque. Cet article se propose de retracer l'histoire de ce lieu emblématique, en s'appuyant sur des sources historiques et des témoignages.

Les Origines : Le Couvent des Récollets

L'histoire du site de l'ancienne maternité de Melun remonte au début du XVIIe siècle, avec l'installation des Récollets. En 1606, Charles de Rostaing fit appel aux Récollets à Melun. La première pierre de leur église fut posée en 1616. Les Récollets, ordre religieux, s'installent à Melun en 1606. La construction de l'église du couvent débute en 1616.

À partir des années 1680, d'importants travaux sont entrepris dans le couvent, sous la direction du frère convers et architecte Anselme Bardon : construction d'un aqueduc amenant l'eau de la fontaine Saint-Liesne (1681), agrandissement du dortoir (1682), pose de la première pierre du nouveau cloître (1701), nouvelles fenêtres à l'église (1702).

En 1760, le couvent est incendié par la foudre et pillé. L'église est reconstruite de 1761 à 1763.

La Transformation en Hôpital

La Révolution Française marque un tournant dans l'histoire du site. En 1793, l'ancien couvent des Récollets devient l'hôpital de Melun, en remplacement des hôtels-Dieu Saint-Jacques et Saint-Nicolas. Les bâtiments conventuels sont affectés aux femmes et au personnel de l'hôpital. L'église, coupée dans sa hauteur par un plancher, est transformée en salles pour soigner les hommes. Les Filles de la Charité s'y installent en 1798.

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Au XIXe siècle, l'hôpital connaît plusieurs phases d'agrandissement. En 1829, une deuxième cour est ajoutée au sud. En 1854, l'architecte E. Gilson propose l'agrandissement de l'hôpital au nord, dans le prolongement des bâtiments existants. Les travaux commencent en 1855, mais il faut le legs de Louis Armagis (1857) pour permettre de mener à bien la construction complète de ce quartier des hommes, réalisé en 1862. La chapelle peut ainsi être rendue au culte : son mobilier et sa décoration intérieure sont réaménagés par l'abbé Jules Dégout.

La Construction de la Maternité

À la fin du XIXe siècle, la nécessité d'améliorer les conditions d'accouchement et de prise en charge des mères et des enfants se fait de plus en plus sentir. De 1893 à 1897, une maternité est construite sur l'emprise des jardins de l'hôpital, sur les plans des architectes Bulot et Bernad-Renaut.

Cette construction témoigne d'une prise de conscience croissante de l'importance de la santé maternelle et infantile. A partir de la fin du XIXe siècle, l’opinion publique se préoccupe de plus en plus du sort des enfants et, dès 1874, le législateur prend en charge la question de la protection infantile en publiant le 23 décembre la loi Roussel sur la protection du premier âge qui s’applique aux enfants de moins de deux ans placés en nourrice. Ceux-ci font désormais l’objet d’une surveillance par l’autorité publique « afin de protéger leur vie et leur santé ». C’est également à ce moment que des asiles pour femmes enceintes apparaissent. Le but poursuivi n’est plus moral mais bien démographique.

La maternité ne saurait être un lieu de charité, comme elle l’était au XIXe siècle, en même temps qu’un mouroir sans pitié. Elle ne saurait être non plus une simple maison d’accouchement.

En 1932, un sanatorium est élevé à l'est de l'ancien couvent, sur les plans de l'architecte Richardot.

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La Maternité au XXe Siècle : Évolutions et Défis

Au XXe siècle, la maternité de Melun continue d'évoluer pour répondre aux besoins de la population. La création de la Maison Maternelle de Crégy-lès-Meaux n’est pas un hasard. Elle est, à la fois, le résultat d’une convergence de plusieurs courants de pensée dont certains existent depuis des siècles (ex. les mouvements catholiques), et d’autres qui émergent à partir de la fin XIXe (ex. La morale (sexuelle et familiale) est surveillée depuis longtemps par l’église et des organisations qui en sont proches (mouvements familiaux). S’y ajoutent des ligues moralisatrices, nées sous l’ère victorienne, qui sont encore très présentes au début du XXe Siècle. « L’eugénisme social » consiste « à rechercher des connaissances relatives à la reproduction, à la conservation et à l’amélioration de l’espèce humaine ». Il est basé sur la valeur biologique, sociale et intellectuelle de l’être humain. Le précurseur de cette pensée est Adolphe Pinard qui est chargé, en 1886, de la clinique d’accouchement de la faculté de médecine de Paris. Il institue les consultations prénatales et préconise la création de maisons d’accueil pour femmes enceintes nécessiteuses, développant ainsi la puériculture sociale. En 1904, les eugénistes créent l’Alliance d’Hygiène Sociale qui se donne pour mission de « provoquer, d’encourager et de soutenir toutes les initiatives particulières qui peuvent s’employer à rendre le corps social plus sain et plus vigoureux. L’une des principales figures de ce mouvement est Jacques Bertillon. Médecin de formation, il devient chef de service de la statistique municipale de la Ville de Paris. Le courant nataliste s’appuie sur des données comptables et logiques basées sur des statistiques. Face à la chute de la natalité et à l’hécatombe de la première guerre mondiale, les politiques s’emparent de la question des naissances.

En 1924, à la suite de l’étude menée par le directeur de l’Assistance de l’Hygiène Publique, le coût total est estimé à 630 000 frs pour la transformation de la maison existante, la construction des bâtiments neufs et l’aménagement intérieur, auquel il faut ajouter 150 000 frs de dépenses de fonctionnement annuel. Les fonds d’un projet d’asile : En effet, les fonds utilisés pour la création de la maison maternelle viennent, en partie, de l’abandon d’un projet d’avant 1914 pour la construction d’un asile départemental d’aliénés en Seine-et-Marne. En effet, au départ, l’administration précise que la Maison Maternelle ne sera pas une maison d’accouchement mais qu’elle sera destinée aux femmes privées de ressources, allaitant leur enfant et qui après l’accouchement ont besoin de repos et soins spéciaux. « Seront admis en dépôt les enfants de 1 jour à 2 ans dont les mères sont momentanément sans ressources et privées d’aide et de protection et dont la volonté est de ne pas recourir à l’abandon. Les mères devront résider en Seine-et-Marne et les enfants être nés dans le département. Pour comprendre cette initiative, il faut rappeler l’état sanitaire de l’époque et ses répercussions sur la vie des tout-petits. En 1925, le taux de mortalité en Seine-et-Marne des enfants de moins d’un an atteint 109 décès pour 1 000 naissances. Il est supérieur à la moyenne nationale qui se situe autour de 80 décès pour 1 000 naissances (à titre de comparaison, le chiffre était de 3.9 décès pour 1 000 naissances en 2022). Les politiques prennent en compte le problème et réagissent.

Avec l’assistance aux femmes en couches accordé aussi largement que possible, les primes d’allaitement maternel et l’assistance aux familles nombreuses, le conseil général a pu montrer tout l’intérêt qu’il porte à une question qui préoccupe à très juste titre les pouvoirs publics. Mais s’il est nécessaire d’encourager la natalité, il est urgent d’essayer de diminuer la mortalité infantile. Il arrive fréquemment que des mères, dont la santé est affaiblie pour diverses raisons, ne peuvent donner à leur enfant nouveau-né tous les soins nécessaires. Elles ont elles-mêmes besoin de soins. Et le nouveau-né, se trouvant dans les conditions les plus défavorables, est naturellement exposé aux affections qui déciment les jeunes enfants. Aussi, l’idée de créer des maisons maternelles pour le repos des femmes s’impose-t-elle à ceux qui ont le souci de préserver les tout petits du danger constant qui les menace.

Le 20 février 1926, les travaux débutent. De chaque côté de l’ancienne bâtisse bourgeoise, déjà existante sur les lieux, deux ailes sont ajoutées pour former un atrium. Avec cette extension, le bâtiment atteint une superficie de 990 m2. Pour compléter cet ensemble, on construit également, en bordure de la route départementale, un pavillon d’accueil pour le.la gardien(ne) et le jardinier. L’aménagement intérieur du bâtiment est inspiré de la Maison Maternelle de Saint Maurice dans le Val-de-Marne. Dans les ailes nouvellement construites, se trouvent deux dortoirs, l’un de 12 lits et 12 berceaux, l’autre de 8 lits et 8 berceaux et entre ces derniers, une salle de change avec des petites baignoires. A côté, il y a les W.C. et les lavabos. Il existe aussi une chambre d’isolement pour les malades potentiellement contagieuses. Autour de l’atrium, une galerie vitrée permet de circuler entre les divers services sans passer à l’intérieur des chambres. La maison comporte également le réfectoire des pensionnaires non alitées et une salle où les mères, pendant que les enfants dorment, travaillent à l’entretien des vêtements et à la confection de layette. Suivent la biberonnerie, la cuisine, l’office et le réfectoire du personnel.

En 1927 : Le personnel de l’établissement est réduit au strict minimum. Il comprend une directrice, Mlle Garçonnet qui remplit également les fonctions d’économe. Âgée de 30 ans, elle arrive le 1er octobre 1927. Elle est assistée dans sa mission par deux infirmières, une cuisinière ainsi qu’un gardien/jardinier. En 1928 : Après le décès prématuré de Mlle Garçonnet survenu le 12 avril, une nouvelle directrice est engagée. Mlle Merlin âgée de 50 ans restera en poste jusqu’en 1940. En 1931 : L’équipe est légèrement modifiée. On retrouve une directrice, une infirmière, Mme Speulé âgée de 22 ans, un jardinier-concierge, M. En 1939 : On crée un poste d’infirmière visiteuse, adjointe à la directrice qui a pour but de s’occuper des enfants de l’assistance publique qui arrivent à la Maison Maternelle. C’est Mme Bernard qui l’occupera jusqu’en 1940, date à laquelle elle prend les fonctions de directrice, régisseuse et comptable, qu’elle va occuper jusqu’en 1945. Le poste d’infirmière visiteuse est repris par Mme Clerc jusqu’en 1943. A partir de 1945 : Mme Fontaine est nommée directrice. En 1948 : La famille Pouzols arrive dans l’établissement et restera jusqu’en 1968. Mme Pouzols s’occupe de la loge en tant que gardienne. Homme à tout faire, M. En 1952 : Mme Belin est engagée comme sage-femme en chef jusqu’en juin 1958.

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La maison maternelle n’a pas vocation, au départ, à devenir une maison d’accouchement. Elle est destinée, au contraire, à des femmes privées de ressources, allaitant leur enfant, et qui après leur accouchement, ont besoin de repos et/ou de soins spéciaux. Le séjour dans l’établissement est normalement de deux à trois mois, mais peut être prolongé sur avis médical de deux périodes d’un mois. La demande d’admission doit être faite à la mairie du domicile, puis validée par le préfet de Seine-et-Marne M. En effet, très rapidement se pose la question d’étendre le dispositif pour une aide prénatale afin d’accueillir des femmes enceintes dont la situation l’exige. Pour les femmes qui viennent se reposer et qui en ont les moyens, la journée est tarifée de 14 à 15 Frs, soit le salaire moyen d’un manœuvre en 1920.

En 1940, 81 orphelins y sont transférés pour être placés chez des nourrices. Malheureusement, 18 d’entre eux décèdent dans l’année à la suite d’une épidémie d’entérite cholériforme due aux mauvaises conditions de vie des enfants (manque de lait, de denrées de premières nécessités et exode des nourrices). Dans le village, un certain nombre de femmes vont devenir nourrices et vont s’occuper des enfants qu’ils soient nés d’une fille-mère ou qu’ils viennent de l’assistance publique.

Dans la seconde moitié du 20e siècle, le centre hospitalier se modernise, avec notamment la création du centre psychiatrique en 1967, et l'inauguration du nouvel hôpital par Simone Weil, ministre de la Santé, en 1975.

La Désaffectation et la Reconversion

À partir des années 1950, les admissions sont en baisse. En 1961, la maison maternelle ne compte plus que 15 pensionnaires. La prise en charge des jeunes femmes et des enfants change de forme. La maison maternelle n’a plus sa place dans les nouveaux dispositifs. Le 1er septembre 1965, le département de Seine-et-Marne cède la propriété à la ville de Meaux pour 100 000 frs, afin de créer un centre aéré pour les enfants de Meaux. En 1976, au vu de leur état, les anciens bâtiments sont entièrement détruits et remplacés par des préfabriqués. Aujourd’hui encore, le centre de loisirs Louis Pergaud accueille les enfants les mercredis et pendant les vacances scolaires. Ces derniers profitent ainsi de ce cadre exceptionnel.

Les parties héritées du couvent des Récollets n'ont plus, à l'heure actuelle, de fonction hospitalière : les anciens bâtiments conventuels, autour du cloître (qui a perdu une partie de ses arcades en 1958), sont désaffectés. La chapelle du 18e siècle, réaménagée au 19e siècle, est toujours dévolue au culte.

En 1994, l'ensemble est inscrit au titre des monuments historiques.

Récemment, le site de l’ancien hôpital seine-et-marnais, en majeure partie vidé depuis l’ouverture du nouveau centre hospitalier, accueillait une soirée spéciale zombies. Les bâtiments désaffectés attendent une reconversion par des promoteurs immobiliers. Seule la partie comportant l'ancien couvent des Récollets a été vendue par le Groupe hospitalier sud Ile-de-France. Le reste à vendre fait l'objet de discussions.

Le Clos Bontemps

Voici un peu d'histoire très locale. J'ai repris l'habitude qu'avait mon père de préciser dans son adresse la mention du lieu-dit « Le Clos Bontemps », un peu dans l'espoir de faciliter le travail des facteurs, mais aussi pour l'inscription dans l'histoire que cela suppose. Quelques recherches rapides sur Internet permettent de constater une certaine ancienneté à son appellation. Le patronyme Bontemps n'était pas rare à Melun, où il subsiste encore. Il a été donné à une rue toute proche, sur laquelle je vais revenir et que Jacqueline et Henri Clayette ont évoquée dans leur petit fascicule Melun En flânant dans les rues. N°12 Entre la rue Saint-Liesne et la Seine (1984). Ils ont trouvé des traces de cette toponymie dès 1628. Il doit donc provenir de celui d'un ancien propriétaire - peut-être d'un Claude Bontemps, ce qui peut éventuellement nous laisser croire à une dérive aboutissant à Clos Bontemps… Un clos est, au sens général, un lieu fermé par des murs ou des haies; au sens particulier, renfermant des vignes. On sait qu'elles abondaient dans les environs de Melun, et une donation de Charles de Rostaing aux Récollets en mentionnent parmi les terres qu'il leur avait concédés (Arch. Melun, GG23). le cadastre napoléonien (Arch. Dep. 77, 4P37/686), qui en donne l'emprise. Il est bordé à l'Est par la route de Vaux, menant au château, au Sud, par le parc de celui-ci, à l'Ouest, par la rue de l'Hôpital (autrefois des Récollets ou Bontemps, selon les fréquentes interversions du XIXè siècle, aujourd'hui Capitaine Bastien), et au Nord, par les maisons bordant la rue Saint-Liesne jusqu'à la place du même nom, à laquelle elle aboutissait. On accédait donc au Clos Bontemps par le chemin des Récollets.

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