Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est une affection endocrinienne complexe qui touche une part importante des femmes en âge de procréer. Il est souvent associé à l'aménorrhée, l'absence de règles, ce qui peut avoir des implications significatives sur la fertilité et la santé globale des femmes concernées. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble du SOPK et de son lien avec l'aménorrhée, en abordant les aspects diagnostiques, les causes potentielles, les complications à long terme et les options de prise en charge.
Aménorrhée : Définition et Types
L’aménorrhée est définie par l’absence de règles. Elle concerne 3 à 4 % des femmes en âge de procréer. On distingue deux types principaux d'aménorrhée :
- Aménorrhée primaire : Absence de règles chez une jeune fille. Chez l’adolescente, un bilan est nécessaire à partir de l’âge de 13 ans en l’absence de développement mammaire, ou après l’âge de 15 ans en cas de développement mammaire. En effet, le délai moyen entre l’augmentation de volume des seins et l’apparition des règles est le plus souvent inférieur à trois ans. L’interrogatoire recherche un autre cas de retard pubertaire, d’aménorrhée ou d’infertilité au sein de la famille.
- Aménorrhée secondaire : Absence de règles chez une femme qui a déjà eu des menstruations. Devant une aménorrhée secondaire, la grossesse est toujours à éliminer.
Après avoir caractérisé le type d’aménorrhée, une enquête étiologique est nécessaire à la recherche d’une origine hypothalamo-hypophysaire, ovarienne, surrénalienne ou utérine. Le traitement est instauré après ce bilan.
Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK) : Un Aperçu
Le SOPK est un trouble hormonal courant qui affecte environ une femme sur 10 en âge de procréer. Il est caractérisé par un ensemble de signes causés par un déséquilibre hormonal. Ce déséquilibre peut entraîner divers symptômes, notamment :
- Troubles de l'ovulation se traduisant par des cycles irréguliers ou une aménorrhée.
- Hyperandrogénie, c'est-à-dire une production excessive d'androgènes (hormones mâles), conduisant à de l'hirsutisme (pilosité excessive), de l'acné et une alopécie (chute de cheveux).
- Ovaires polykystiques, caractérisés par la présence de nombreux petits follicules.
Le SOPK est un ensemble de symptômes dont le principal (et le plus visible) est la présence de cycles irréguliers, notamment des cycles trop longs (>35 jours) ou des menstruations qui durent plus de 6 jours ce qui est le signe typique de cycles anovulatoires.
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Diagnostic du SOPK
Il n’existe pas de test unique permettant de diagnostiquer le SOPK. Aussi, le diagnostic du SOPK est basé sur les critères de Rotterdam. Pour être diagnostiquée, il vous faut cocher au moins 2 critères sur les 3 suivants :
- Trouble de l’ovulation manifesté par une rareté ou l’absence d’ovulation se traduisant par des cycles irréguliers et/ou longs (35 à 45 jours), ou une aménorrhée (absence de menstruations).
- Hyperandrogénie biochimique (visible via certains marqueurs) ou clinique (basée sur les symptômes).
- Ovaires polykystiques vu via une (ou plusieurs) échographie.
Un bilan biologique initial est également important. Il comporte les dosages de la gonadotropine chorionique humaine (hCG) plasmatique, de l’hormone de stimulation folliculaire (FSH), de l’hormone lutéinisante (LH), de l’estradiol, de la prolactine. La testostéronémie totale est associée s’il existe des signes cliniques d’hyperandrogénie, à type d’acné ou d’hirsutisme. Il est souhaitable de ne pas attendre plus de deux mois avant de réaliser le bilan hormonal devant une aménorrhée.
Causes Possibles de l'Aménorrhée dans le Contexte du SOPK
Les principales causes d’aménorrhée sont hypothalamo-hypophysaires, ovariennes ou utérines. Dans le contexte du SOPK, l'aménorrhée est souvent liée à des troubles de l'ovulation dus à un déséquilibre hormonal. L'excès d'androgènes, en particulier la testostérone, est un facteur clé. Les androgènes, en particulier la testostérone, sont produites en excès par les ovaires lié à un taux anormalement élevé de LH.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à ce déséquilibre :
- Insulino-résistance : L'insulino-résistance est fréquente chez les femmes atteintes de SOPK. L'hyperinsulinémie qui en résulte peut stimuler la production d'androgènes par les ovaires.
- Facteurs génétiques et épigénétiques : Des antécédents familiaux de SOPK augmentent le risque de développer la maladie.
- Facteurs environnementaux : L'obésité peut aggraver les symptômes du SOPK, car l'excès d'insuline favorise la production d'androgènes et la dysovulation. D'autres facteurs environnementaux tels que les perturbateurs endocriniens sont en outre soupçonnés de jouer un rôle dans l’apparition de la maladie, sans preuve établie à ce jour.
Examen Clinique et Bilan
L’examen clinique permet d’évaluer le développement mammaire (absent ou quasi « normal ») selon la classification de Tanner. En cas d’aménorrhée primaire, la notion d’anosmie ou d’hyposmie est à évaluer car elle est en faveur d’un hypogonadisme hypogonadotrope congénital. De plus, il est important de rechercher la présence de douleurs pelviennes ou d’une masse pelvienne, en faveur d’une anomalie utérine, appelée hématocolpos. Il est souhaitable de mesurer la taille, le poids, de calculer l’IMC et d’apprécier l’évolution du poids au cours des derniers mois. Les signes de carence nutritionnelle sont la cyanose des extrémités ou un lanugo. Les signes en faveur d’une hyperandrogénie sont l’acné et la pilosité au niveau du visage, du menton, de la ligne intermamelonnaire, des cuisses et des jambes.
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Complications Potentielles à Long Terme
Le SOPK peut entraîner des complications à long terme, notamment :
- Infertilité : Les troubles de l'ovulation peuvent rendre la conception difficile. Les causes d’aménorrhée sont, dans la majorité des cas, associées à une infertilité.
- Complications métaboliques : Les patientes présentent aussi une élévation du risque d’hypertension artérielle et de maladies cardiovasculaires.
- Risque accru de cancer de l'endomètre : La dysovulation chronique peut augmenter le risque de cancer de l'endomètre.
Prise en Charge et Traitement
Le traitement est instauré après ce bilan. Il n’est pas souhaitable de débuter un traitement estroprogestatif d’emblée en cas d’aménorrhée. En effet, un saignement de privation survient obligatoirement après la prise d’estroprogestatif, sauf en cas de grossesse, d’anomalie utérine ou d’absence totale d’utérus.
Le traitement du SOPK est uniquement symptomatique, et ceci jusqu’à la ménopause. Il repose sur une amélioration de l’hygiène de vie, un traitement médicamenteux en cas d’hirsutisme et/ou d’infertilité, ainsi qu’un accompagnement psychologique lorsqu’il est nécessaire.
- Modification du style de vie : En cas de surpoids, une perte d’environ 10 % du poids initial peut réduire l’hyperandrogénie, avec un effet bénéfique sur l’aménorrhée et sur la fertilité. À plus long terme, cette perte de poids aura un retentissement positif sur le risque de complications métaboliques associées au SOPK. En revanche, pour les femmes dont le poids est normal, maigrir n’apporte pas de bénéfice.
- Traitement médicamenteux : En cas d’hirsutisme, une pilule œstroprogestative est recommandée en première intention. Sa composante progestative inhibe la sécrétion de LH et réduit la production d’androgènes ovariens. La composante œstrogénique diminue le taux d’androgènes circulants.
- Prise en charge de l'infertilité : Lorsque le SOPK est le seul facteur responsable d’une infertilité, le traitement repose sur une stimulation de l’ovulation par citrate de clomifène, ou par gonadotrophines exogènes injectables en deuxième intention.
Importance du Suivi et de la Prévention
Compte tenu de la diminution ou de l’absence d’ovulation, des problèmes de fertilité apparaissent chez les femmes en âge de procréer. Avec l’âge, le SOPK peut aussi favoriser la prise de poids et augmenter ainsi le risque de syndrome métabolique (obésité, diabète…). Afin de limiter l’évolution du SOPK et de prévenir ses complications, il est indispensable de mettre en place un suivi pour le risque cardiovasculaire.
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