L'aménorrhée, définie comme l'absence de règles chez la femme en âge d'être réglée, n'est pas systématiquement grave, mais elle doit susciter une attention particulière si elle persiste pendant plusieurs mois ou années. Cet article explore les causes potentielles de l'aménorrhée et les éléments essentiels de sa prise en charge, en mettant en lumière les conséquences à long terme de cette condition.

Comprendre l'Aménorrhée

L'aménorrhée se manifeste sous deux formes principales :

  • Aménorrhée primaire : Absence de règles chez une jeune fille de 16 ans ou plus. Chez les adolescentes, les menstruations peuvent mettre du temps à arriver.
  • Aménorrhée secondaire : Interruption totale des règles pendant plus de trois mois chez une femme qui était auparavant bien réglée et qui n'est pas ménopausée. L'aménorrhée secondaire correspond à l'absence de règles pendant plus de 3 mois chez une femme antérieurement bien réglée. L'aménorrhée secondaire désigne l'absence de règles pendant plus de 3 mois chez une femme en âge d'être réglée.

Il est crucial de distinguer ces deux formes, car leurs causes et leurs approches de diagnostic peuvent différer.

Causes de l'Aménorrhée

Les causes de l'aménorrhée sont variées et peuvent être liées à des facteurs physiologiques, hormonaux, génétiques, ou encore à des habitudes de vie.

Causes Physiologiques

  • Grossesse : La première cause d'aménorrhée secondaire est la grossesse.
  • Allaitement : Les suites d’un accouchement et d’un allaitement prolongé. Les règles réapparaissent normalement quatre à huit semaines après l’accouchement ou la fin de l’allaitement, mais un état de fatigue ou de dépression peut les retarder.
  • Ménopause : Arrêt naturel des menstruations lié à l'âge.

Causes Hormonales

Le cycle menstruel est un processus complexe régulé par un équilibre hormonal délicat. Tout dysfonctionnement de cet équilibre peut entraîner une aménorrhée.

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  • Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : Le SOPK est la cause la plus fréquente d’anovulation d’origine périphérique et touche 5 à 20% de la population féminine. Un syndrome des ovaires polykystiques ou syndrome de Stein-Leventhal, lié à une augmentation de volume des ovaires liés à la présence de plusieurs petits kystes, est provoqué par un déséquilibre hormonal. Il entraîne des cycles menstruels irréguliers pouvant aboutir à une aménorrhée mais également une obésité abdominale, une infertilité, une acné. Le Docteur Marc Even, gynécologue-obstétricien indique que "ce syndrome est une cause fréquente d'hyperandrogénie chez la femme", et donc une pilosité importante sur la poitrine, le ventre et le visage. Le diagnostic est difficile car ces symptômes ne sont pas toujours observés.
  • Causes hypophysaires : Des taux abaissés de FSH, LH, et d'oestradiol accompagnés d'un test aux progestatifs négatif témoignent d'une atteinte hypophysaire. La prise de médicament comme des neuroleptiques peut être en cause. Une IRM doit être pratiquée afin d'éliminer une tumeur. Un adénome à prolactine est suspecté lorsque l'aménorrhée est associée à une galactorrhée et une augmentation du taux sanguin de prolactine. L’hypothalamus et l’hypophyse, qui se trouvent dans le cerveau, contrôlent la production de FSH et LH. Ils peuvent subir l’influence d’autres régions du cerveau, notamment celles où se forment les émotions.
  • Troubles thyroïdiens : L'hypothyroïdie peut entraîner des perturbations du cycle menstruel.
  • Insuffisance ovarienne prématurée : Arrêt prématuré du fonctionnement des ovaires.

Causes Liées au Mode de Vie

  • Stress : Un choc psychologique (décès, divorce, perte brutale d’emploi, etc.), une maladie prolongée, une douleur chronique, un état dépressif ou anxieux peuvent entraîner un arrêt plus ou moins long des cycles menstruels.
  • Activité physique intense : Une aménorrhée des sportifs de haut niveau. Les athlètes, en particulier celles et ceux pratiquant des sports dans lesquels la pression pour maintenir un poids bas est élevée, peuvent être plus susceptibles de développer des troubles des conduites alimentaires (TCA) tels que l'anorexie, la boulimie ou, par extension, la bigorexie. Trop d'exercice intense et de pression pour maintenir un poids bas peuvent avoir des répercussions négatives sur votre santé physique comme mentale.
  • Troubles du comportement alimentaire (TCA) : Les comportements restrictifs alimentaires ou les cycles de restriction suivis de boulimie peuvent perturber le fonctionnement hormonal normal, conduisant à l'absence de règles. Comment ? En perturbant la disponibilité énergétique de l’athlète en question. Si ceux-ci sont trop bas, l’athlète aura plus de difficultés à garder le rythme de ses entrainements, et son corps passera en mode survie. Et il coupe quoi, le corps, quand il passe en mode survie ? BINGO, la fonction “reproduction” et donc ciao les menstrues. Ou encore ce qu’on appelle un déséquilibre de la balance énergétique, c’est-à-dire que l’alimentation n’est pas suffisante par rapport à l’activité physique. La femme ne cherche pas forcément consciemment à restreindre son alimentation mais son activité physique est tellement intense que le déséquilibre se crée.

Autres Causes

  • Malformations congénitales : Dans certains cas, si la puberté s’est déroulée normalement, l’aménorrhée primaire est parfois liée à une malformation congénitale de l’utérus, une maladie génétique ou un problème hormonal.
  • Médicaments : La prise de médicament comme des neuroleptiques peut être en cause.
  • Syndrome de Kallmann : À savoir ! Le syndrome de Kallmann est une affection rare qui associe un hypogonadisme par insuffisance en hormones gonadotropes hypophysaires et un déficit de la perception des odeurs.

Diagnostic de l'Aménorrhée

Le diagnostic de l'aménorrhée repose sur une approche méthodique comprenant :

  • Interrogatoire médical : Le diagnostic débute tout d’abord par un interrogatoire avec le médecin qui pose des questions sur les antécédents médicaux de la patiente, et plus précisément sur son historique menstruel (nature des cycles antérieurs : irrégularité, longueur, abondance des règles). Concernant l’historique menstruel, le médecin détermine si l’aménorrhée est primaire ou secondaire, en demandant à la jeune fille ou à la femme si elle a déjà eu des règles. Si c’est le cas, il lui demande à quel âge elles sont apparues et quand les dernières menstruations ont eu lieu. Dans le cas où la jeune fille n’aurait jamais eu ses règles (aménorrhée primaire), le médecin va poser des questions relatives à l’apparition des caractères sexuels secondaires tels que le développement mammaire (seins), des poils pubiens et axillaires ou bien la poussée de croissance. Ces informations vont permettre ainsi au médecin d’écarter certaines pistes et de savoir si la cause de l’aménorrhée est d’origine génétique ou non (après interrogation des membres de la famille). Par ailleurs, le médecin va aussi orienter son entretien sur d’autres symptômes pouvant suggérer une cause et sur l’usage médicamenteux, pratiques sportives, habitudes alimentaires et d’autres conditions susceptibles de provoquer une aménorrhée. La première question posée est souvent l’hypothèse d’un début de grossesse.
  • Examen clinique : Un examen clinique est ensuite envisagé pour approfondir la cause et la nature de l’aménorrhée et adapter les examens complémentaires réalisés ultérieurement.
  • Examens complémentaires :
    • Tests sanguins : Dosage des hormones (FSH, LH, œstradiol, prolactine, hormones thyroïdiennes).
    • Test de grossesse : Pour exclure une grossesse.
    • IRM : Une IRM doit être pratiquée afin d'éliminer une tumeur.
    • Échographie pelvienne : Pour visualiser les ovaires et l'utérus.

Conséquences à Long Terme de l'Aménorrhée

L’absence de règles n’apparaît pas grave en soi. Pourtant, il est important de prendre en charge sa cause, qui elle peut être sérieuse. Il est évident qu’en fonction de la ou des causes de l’aménorrhée, les conséquences sur la santé de la femme seront différentes.

  • Infertilité : Lorsque les œstrogènes sont insuffisants, cela peut entrainer des difficultés à ovuler et donc une absence de menstruations.
  • Ostéoporose : Le manque d'œstrogènes peut fragiliser les os.
  • Problèmes cardiovasculaires : Le déficit en œstrogènes peut augmenter le risque de maladies cardiovasculaires.
  • Impact psychologique : L'aménorrhée peut entraîner une détresse émotionnelle, de l'anxiété et une baisse de l'estime de soi.

Lorsque l’ovulation est perturbée, la synthèse de progestérone est diminuée. Or, la progestérone participe également à la santé féminine dans son ensemble. Un manque de progestérone pourra avoir un impact sur la fertilité, les troubles de l’humeur, les troubles du sommeil, la rétention d’eau, le risque de douleurs pelviennes, la santé thyroïdienne, l’acné, etc… De plus, une dysovulation entrainera une progestérone basse avec par conséquent un déséquilibre entre les œstrogènes et le progestérone, pourvoyeur notamment du Syndrome Prémenstruel (SPM).

Prise en Charge de l'Aménorrhée

Le traitement est adapté à la cause de l'aménorrhée. Il n'existe pas de prise en charge unique qui pourrait convenir à tous les cas. Le traitement dépend de la cause et du mécanisme à l’origine du trouble menstruel, car il est en partie étiologique.

  • Traitement hormonal : La contraception orale par pilule oestro-progestative est souvent efficace, car elle régule les taux d’hormones. Cependant un traitement à base d’oestrogènes et de progestérone, non-contraceptif, peut être proposé en cas d’insuffisance de sécrétion en oestrogènes (par exemple au cours de l’anorexie ou de l’insuffisance ovarienne). Un traitement séquentiel avec juste de la progestérone peut être proposé en cas de maintien d’une activité ovarienne et une fabrication d’oestrogènes (par exemple dans le cas du SOPK).
  • Chirurgie : Une chirurgie peut s’avérer nécessaire en cas de fibrome par exemple ou d’endométriose étendue. Cela consistera à retirer les tissus anormaux qui se trouvent dans l’utérus ou ailleurs.
  • Prise en charge psychologique : En cas de stress, d'anxiété ou de troubles du comportement alimentaire. Dans le cas où la jeune fille présente un retard des règles et que tous les examens cliniques sont normaux, une surveillance de sa puberté est réalisée tous les 3 à 6 mois.
  • Modification du mode de vie : Atteindre un poids physiologique, c’est-à-dire un « poids de santé » qui permet un bon équilibre hormonal et une ovulation. Il est important de respecter les signaux de votre corps et de vous reposer adéquatement pour permettre une récupération optimale. Peu importe le poids affiché sur votre balance, celle-ci ne vous dit pas tout de votre santé globale.
  • Compléments alimentaires : Une complémentation, si carence avérée, peut être intéressante pour soutenir votre cycle.

Il est important de noter que les saignements sous traitement hormonal type pilule ne sont pas de « vraies règles », puisque ces dernières sont le reflet d’une ovulation qui a eu lieu dans le cycle. La fonction première d’une pilule est d’être contraceptive, c’est-à-dire de bloquer l’ovulation pour empêcher une grossesse.

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