L’aménorrhée, bien plus qu’une simple absence de règles, soulève des questions essentielles sur la santé des femmes et mérite une attention particulière car elle peut révéler des déséquilibres hormonaux ou des problèmes de santé plus généraux. Cet article explore en profondeur les causes, les symptômes et les traitements de l’aménorrhée.
Qu’est-ce que l’aménorrhée ?
L’aménorrhée est définie comme l’absence de menstruations chez une femme en âge d’avoir ses règles ou déjà menstruée, c'est-à-dire, chez une femme qui a atteint la puberté et qui n'est pas ménopausée. En dehors de ces périodes, elle peut être le premier symptôme de déséquilibres biologiques ou hormonaux. Chez la plupart des femmes atteintes d’aménorrhée, les ovaires ne libèrent pas d’ovule, ce qui peut entraîner une infertilité.
L’aménorrhée est normale à certaines périodes de la vie :
- Avant la puberté
- Pendant la grossesse
- Pendant la période de l’allaitement
- Pendant la période de la ménopause
Types d’aménorrhée
Il existe deux principaux types d’aménorrhée qui ne sont pas physiologiques :
- L’aménorrhée primaire ou essentielle : Lorsque vous n’avez pas eu vos premières règles après l’âge de 15 ans. Les règles apparaissent le plus souvent entre 10 et 15 ans. Si les règles n’apparaissent pas, les jeunes filles n’entrent pas en puberté et donc, les caractères sexuels secondaires (seins et poils pubiens) ne se développent pas normalement. Il peut aussi arriver que la puberté soit simplement retardée chez certaines jeunes filles qui ne présentent aucun trouble. Dans ce cas, les règles normales apparaissent simplement à un âge avancé.
- L’aménorrhée secondaire : Lorsque les règles ne sont pas survenues pendant plus de 3 mois si vous êtes jusque-là bien réglée, en l’absence de grossesse. C’est la situation la plus fréquente.
Causes de l’aménorrhée
Les causes dépendent du type d’aménorrhée, mais elles sont souvent liées à des déséquilibres hormonaux ou à des facteurs physiologiques.
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Causes de l’aménorrhée primaire ou essentielle
Les troubles qui provoquent une aménorrhée primaire sont peu courants, mais les plus observés sont :
- Une maladie génétique : Syndrome de Turner (anomalie chromosomique), syndrome de Kallmann (maladie génétique caractérisée par une absence d’hormones sexuelles), surproduction d’hormones masculines par les glandes surrénales, troubles génitaux. D'autres syndromes congénitaux peuvent également être en cause, tels que le syndrome de Rokitanski (agénésie utérine et vaginale haute) ou le syndrome d’insensibilité aux androgènes (formule 46,XY).
- Une anomalie congénitale : Les organes reproducteurs sont mal formés, ce qui bloque le flux menstruel. Un hématocolpos (accumulation intra-utérine des règles par imperforation de l’hymen) peut également être une cause.
À retenir : Les maladies génétiques et les anomalies congénitales à l’origine d’une aménorrhée primaire passent souvent inaperçues jusqu’à la puberté.
Causes de l’aménorrhée secondaire
Les causes les plus fréquentes de l’aménorrhée secondaire sont :
- La grossesse
- L’allaitement
- Le dysfonctionnement de l’hypothalamus, dû au stress ou à une activité physique intense, à une mauvaise nutrition, à des troubles mentaux (dépression, trouble obsessionnel compulsif). Une balance énergétique négative est en effet une cause fréquente d’aménorrhée secondaire.
- Le dysfonctionnement de l’hypophyse ou de la glande thyroïde.
- Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).
- La ménopause prématurée.
- L’utilisation de certains médicaments (contraceptifs oraux, antidépresseurs).
Bien que moins courantes, vous pouvez noter certaines causes :
- Maladies chroniques
- Certaines maladies auto-immunes
- Cancer
- Infection par le VIH
- Radiothérapie
- Traumatismes crâniens
- Syndrome de Cushing (maladie endocrinienne)
- Dysfonctionnement des glandes surrénales
- Polypes
- Fibromes
À retenir : Les facteurs déclenchants de l’aménorrhée sont donc multiples :
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- Des déséquilibres hormonaux : Des niveaux anormaux d’hormones comme les œstrogènes et la progestérone peuvent perturber le cycle menstruel. Des troubles hormonaux tels que le taux de prolactine ou un trouble à l'hypophyse peuvent affecter l'ovulation.
- Des facteurs psychologiques : Le stress, l’anxiété ou la dépression peuvent affecter la régularité des menstruations. L'anxiété et la dépression peuvent perturber l'équilibre hormonal et affecter le cycle menstruel. Des niveaux élevés de cortisol (l’hormone du stress) peuvent entraîner une diminution de la production d'hormones telles que l'oestrogène et la progestérone, ce qui peut entraîner l'absence de règles. Les personnes menstruées souffrant d'anxiété et de dépression sont plus susceptibles de souffrir d'aménorrhée.
- Des facteurs liés au mode de vie : L’exercice physique excessif, une perte de poids rapide et les régimes restrictifs peuvent être des déclencheurs. La perte ou le gain de poids excessif peut également causer l'absence de règles. Un faible pourcentage de graisse corporelle peut perturber l'équilibre hormonal et entraîner une aménorrhée. D'un autre côté, un excès de graisse corporelle peut également perturber le cycle menstruel. L'exercice physique intense peut également affecter le cycle menstruel. Les athlètes professionnels ou les femmes qui s'entraînent régulièrement à des niveaux élevés peuvent éprouver des perturbations hormonales qui peuvent entraîner l'absence de règles.
- Des problèmes de santé : Des maladies auto-immunes, des anomalies de l’hypophyse peuvent influencer le cycle menstruel.
Symptômes de l’aménorrhée
Le principal symptôme de l'aménorrhée est l'absence de règles. D’autres symptômes peuvent s’ajouter et orienter vers la cause. Vous pouvez observer :
- Un retard de la puberté
- Le développement de caractères masculins tels qu’une pilosité corporelle excessive, une réduction du timbre de la voix et une augmentation de la masse musculaire
- Des troubles de la vision
- Un écoulement laiteux des mamelons pouvant survenir spontanément
- Une variation importante du poids
- Du stress et de l’anxiété
Si l’aménorrhée dure longtemps, vous pouvez également ressentir des symptômes ressemblant à ceux de la ménopause, tels que :
- Des bouffées de chaleur
- La sécheresse vaginale
- Une réduction de la densité osseuse (ostéoporose)
Le risque de troubles cardiaques et vasculaires est aussi accru. Les possibles conséquences à moyen et long terme sur votre santé sont : Les difficultés à devenir enceinte (infertilité) ; La diminution de la densité osseuse ; La sécheresse vaginale ; Le risque accru de maladies cardiaques et vasculaires ; La pilosité corporelle excessive. L’aménorrhée peut également avoir un grand impact psychologique (stress, anxiété, dépression) sur votre santé mentale, lié à l'absence de menstruations et aux implications sur votre santé reproductive.
Diagnostic de l’aménorrhée
Pour poser le diagnostic de l’aménorrhée, le médecin pose des questions sur vos antécédents médicaux, plus précisément sur l’historique de vos menstruations. Un examen clinique est ensuite réalisé pour définir la cause de l’aménorrhée. Des examens complémentaires peuvent être prescrits, à savoir :
- Un test de grossesse
- Des analyses de sang pour mesurer les taux d’hormones
- Des examens d’imagerie permettant d’examiner les organes génitaux (échographie, hystéroscopie, IRM). L'échographie, particulièrement par voie vaginale, permet de préciser la présence, la taille et la position des gonades et l’existence ou non d’un utérus, ainsi que la taille de celui-ci. Une longueur utérine supérieure à 25 mm signe une imprégnation estrogénique et donc un début de puberté.
Le bilan biologique initial comporte les dosages de la gonadotrophine chorionique humaine (hCG) plasmatique, de l’hormone de stimulation folliculaire (FSH), de l’hormone lutéinisante (LH), de l’estradiol, de la prolactine. La testostéronémie totale est associée s’il existe des signes cliniques d’hyperandrogénie, à type d’acné ou d’hirsutisme.
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Il est souhaitable de ne pas attendre plus de deux mois avant de réaliser le bilan hormonal devant une aménorrhée. Il n’y a pas d’indication à prescrire le dosage de l’hormone antimüllerienne (AMH) en première intention. Le caryotype - après consentement éclairé - est demandé en cas d’hypogonadisme hypergonadotrope, que l’aménorrhée soit primaire ou secondaire.
Traitement de l’aménorrhée
Chaque situation étant unique, le traitement dépend de la cause de votre absence de règles et nécessite une attention médicale.
- Si vous n’avez pas encore eu vos règles et que tous les examens cliniques sont normaux, une surveillance de la puberté est réalisée tous les 3 à 6 mois. Pour stimuler la puberté, des progestatifs ou des œstrogènes peuvent être prescrits afin de déclencher les premières règles ainsi que l’apparition des caractères sexuels secondaires, tels que les seins. Le traitement hormonal est souvent utilisé pour traiter l'absence des règles causée par des troubles hormonaux tels que le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ou l'aménorrhée hypothalamique. Les options de traitement hormonal incluent la pilule contraceptive, les patchs hormonaux et les injections hormonales.
- Si l’aménorrhée est due à une anomalie congénitale qui affecte vos organes, une chirurgie peut être envisagée pour rétablir l’écoulement du flux menstruel.
- Si une tumeur est à l’origine de l’aménorrhée, une prise en charge oncologique est nécessaire.
- Si l’aménorrhée est provoquée par un choc, un traumatisme ou des troubles d’ordre psychologique, une prise en charge psychothérapeutique est nécessaire. Des techniques de gestion du stress telles que la méditation, le yoga et la thérapie peuvent aider à réduire le stress et à restaurer le cycle menstruel.
- Si l’aménorrhée est causée par la prise de certains médicaments, leur arrêt peut permettre le retour de vos règles.
- Des changements de mode de vie tels que la modification de l'alimentation et de l'exercice doux peuvent aider à restaurer le cycle menstruel en cas d'absence des règles causée par des facteurs tels que des troubles alimentaires ou un excès d'exercice. Un régime alimentaire équilibré, riche en nutriments essentiels, peut aider à restaurer l'équilibre hormonal.
Quand consulter ?
En cas de retard de règles ou d’absence de règles, il est conseillé de consulter votre médecin ou votre gynécologue. Il est conseillé aux jeunes filles de consulter un médecin si :
- Elles n’ont pas de signes de puberté avant l’âge de 13 ans.
- Les règles n’ont pas commencé 3 ans après le début du développement des seins.
- Les règles n’ont pas commencé avant l’âge de 15 ans chez les filles qui grandissent normalement et ont développé des caractères sexuels secondaires.
Dans le cas où la femme ou la fille en âge de procréer a eu des règles qui se sont arrêtées, elle doit consulter un médecin si :
- Ses règles sont absentes depuis trois cycles.
- Elle a moins de neuf règles par an.
- Le schéma de ses règles change brusquement.
Impact psychologique
L’aménorrhée peut également avoir un grand impact psychologique (stress, anxiété, dépression) sur votre santé mentale, lié à l'absence de menstruations et aux implications sur votre santé reproductive. Si vous ressentez des difficultés passagères, du stress ou de l’anxiété, si vous traversez une période de mal-être, un suivi psychologique peut être utile ou nécessaire.
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