L'amblyopie, communément appelée «œil paresseux» ou «œil fainéant», est un trouble de la vision qui affecte 4 à 6 % de la population, en particulier les enfants. Elle se caractérise par une diminution de l'acuité visuelle d'un œil, ou plus rarement des deux, malgré le port de lunettes correctrices adaptées. Ce trouble survient pendant la période critique de maturation visuelle, généralement entre 0 et 6 ans, et peut avoir des conséquences irréversibles si elle n’est pas détectée et traitée à temps.
Qu'est-ce que l'amblyopie ?
L'amblyopie est une affection où l'acuité visuelle d'un œil ne se développe pas normalement pendant l'enfance. Au lieu de cela, le cerveau favorise l'autre œil, entraînant une vision réduite dans l'œil affecté. Il ne s’agit pas d’un problème de l’œil lui-même, mais plutôt de la façon dont le cerveau traite les signaux visuels. L'amblyopie est l'expression clinique d'un défaut de maturation des cellules du cortex visuel pendant les premières années de vie. Pour que ces cellules du cortex visuel se mettent en place, il faut qu'elles reçoivent un signal de bonne qualité et identique en provenance des deux yeux. Si tel n’est pas le cas, une amblyopie peut apparaître.
Causes de l'amblyopie chez le nourrisson
Plusieurs facteurs peuvent interférer avec la transmission d’une image claire et nette au cerveau, entraînant ainsi une amblyopie. Les causes les plus courantes sont :
- Anomalies de la réfraction oculaire : Dans 60 % des cas, l'hypermétropie, la myopie ou l'astigmatisme non corrigés peuvent entraîner des images floues que le cerveau néglige progressivement. Lorsqu’un œil est plus hypermétrope, myope ou astigmate, il transmet des images floues que le cerveau va peu à peu négliger pour favoriser l’apprentissage visuel de l'œil sain. Sans traitement de l’amblyopie, le port de lunettes adaptées ne suffira pas à améliorer la vision.
- Strabisme : Un désalignement des yeux, où un seul œil est dévié, perturbe le développement symétrique de la vision et peut provoquer une amblyopie sur l’œil qui ne fixe pas. Le strabisme participe pour 35 à 40 % à l’amblyopie. Lorsqu’un seul œil est dévié, la vision ne se développe pas de manière symétrique et une amblyopie apparaît sur l'œil qui ne fixe pas.
- Autres causes organiques : Plus rarement, l'amblyopie peut être causée par une cataracte congénitale, une opacité des milieux transparents de l’œil, une occlusion d’un œil par un ptosis (affaissement anormal de la paupière supérieure) ou des pathologies rétiniennes. Quand la cause de l’amblyopie est une malformation ou une pathologie du système visuel, on parle alors d’amblyopie organique.
On parle d’amblyopie fonctionnelle quand il n’y aucune anomalie anatomique de l'œil ou des voies visuelles. C’est le cas le plus fréquent, lié aux troubles de la réfraction et au strabisme. Quand l’amblyopie associe le versant fonctionnel et organique, on parle d’amblyopie mixte.
Symptômes de l'amblyopie chez le nourrisson
L’amblyopie est souvent asymptomatique, car les enfants ne se plaignent pas et s’adaptent en utilisant leur œil sain. Difficile à détecter, elle est souvent découverte lors d’un dépistage visuel de routine. Certains signes, toutefois, peuvent alerter. Avant 6 mois, des anomalies du comportement peuvent évoquer un trouble visuel : manque d’intérêt aux stimuli visuels, retard d’acquisition de la préhension des objets, ou absence de déplacement de l'œil en réponse à un stimulus par exemple.
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Chez un nourrisson de moins de six mois, il est normal de constater un léger strabisme. Mais si ce strabisme persiste au-delà de six mois, le bébé est alors contraint de se servir de ses deux yeux en alternance pour pouvoir voir de façon nette.
S’agissant du bébé ou du jeune enfant, ils ne se rendent pas compte de ce dont ils souffrent ou ne sont tout simplement pas capables d’exprimer leur perception. Ils peuvent parfois cligner d’un œil, se frotter régulièrement un œil voire se plaindre de maux de tête. D'autres signes à surveiller incluent :
- Inclinaison de la tête pour fixer le regard
- Rapprochement excessif pour lire ou dessiner
- Entrouverture des yeux pour mieux voir
- Maux de tête fréquents, surtout le soir
- Sensibilité à la lumière
- Difficulté à adapter la vision dans l’obscurité
Dépistage de l'amblyopie chez le nourrisson
L’amblyopie peut avoir des conséquences irréversibles si elle n’est pas détectée et traitée à temps, d’où l’importance du dépistage, qui permet de repérer l’amblyopie dès le plus jeune âge. Il est proposé de pratiquer systématiquement un bilan visuel aux trois âges suivants : à la naissance, entre 9 et 15 mois, entre 2 ans et demi et 4 ans (après l’acquisition de la parole). En France, le dépistage a permis de réduire considérablement la fréquence de l’amblyopie au cours des quinze dernières années.
Le dépistage de l’amblyopie consiste en des examens simples et rapides, adaptés à l’âge de l’enfant et réalisés par les médecins généralistes et pédiatres lors des examens de routine, ou par des professionnels de santé (orthoptiste, infirmier) en écoles maternelle et primaire. Dans les premiers jours, le bilan recommandé comporte un interrogatoire des parents, un examen externe de l'œil, et une recherche des premiers réflexes visuels normalement présents à la naissance. Entre 9 et 15 mois, en plus des précédents tests, un dépistage du strabisme et une estimation de la vision stéréoscopique de près (vision du relief) sont menés. A partir de 2 ans, l’examen de l’acuité visuelle est un élément central du dépistage. Le dépistage de l'amblyopie doit débuter immédiatement après la naissance avec l’évaluation du réflexe rouge.
Chez l’enfant, le dépistage de l’amblyopie consiste à rechercher une anomalie de la fonction visuelle ou l’une des trois causes d’amblyopie citées précédemment. Pour diagnostiquer l’anisométropie et les amétropies fortes potentiellement pourvoyeuses de strabisme. Chez le tout jeune enfant qui ne parle pas encore et chez l’enfant présentant des troubles du développement ou de l’apprentissage, on a recours au photodépistage. Cet examen identifie les facteurs de risque d'amblyopie grâce à l’analyse par une caméra spéciale des réflexes rouges lors de la fixation sur une cible visuelle. Notons que ce dépistage doit être réalisé pendant les dix premières années de vie de l’enfant et particulièrement pendant ses premières années de vie. C’est en effet durant cette période que sa plasticité cérébrale est maximale.
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Traitements de l'amblyopie chez le nourrisson
Le traitement, s’il est bien effectué, conduit à 100 % de guérison entre 0 et 6 ans. Plus l’enfant est pris en charge tôt et plus le traitement est efficace. Le traitement est personnalisé en fonction de l’origine de l’amblyopie, il convient en premier lieu de traiter la cause sous-jacente (correction d’un strabisme, chirurgie d’une cataracte ou d’un ptosis par exemple). Les lunettes sont toujours nécessaires pour corriger des anomalies de réfraction.
La partie la plus importante du traitement est basée sur l’occlusion d’un œil. En cachant l'œil dominant avec un pansement, on stimule le développement visuel de l'œil dont la vision est la plus faible. Cette occlusion se fait initialement 24 heures sur 24, avec une durée variable selon l’âge de l’enfant et la sévérité de l’amblyopie (en général quelques semaines). Une fois que l’acuité visuelle de l'œil amblyope s’est améliorée, la rééducation doit être complétée par un traitement d’entretien pour éviter la récidive d’amblyopie (réduction du temps d’occlusion, port de lunettes, gouttes). Le suivi par l’ophtalmologiste ou l'orthoptiste est nécessaire jusqu’à la fin de la période critique du développement visuel (environ 10 ans).
Le traitement de l'amblyopie réfractive repose avant tout sur la correction de l’anomalie de la réfraction à travers le port à temps plein de lunettes ou de lentilles de contact sous surveillance stricte. L’objectif ? Pour cela, il convient de recouvrir le meilleur œil d'un cache-œil pour donner un avantage visuel à l'œil amblyope. Bien qu’il soit long et contraignant pour les plus jeunes, ce traitement de référence s’avère néanmoins efficace et permet à l’œil paresseux de retrouver une acuité normale au bout de quelques mois s’il est instauré précocement. Durant toute la phase d'attaque du traitement, l’occlusion est généralement totale et sa durée dépend de l'âge de l’enfant (3 semaines pour un enfant de 3 ans, 4 semaines pour un enfant de 4 ans etc.).
Conseils pour la gestion du traitement
Si l’occlusion de l'œil est un traitement simple, efficace et peu coûteux, il entraîne parfois de la réticence des parents. Le port d’un pansement 24h/24h peut en effet être contraignant pour l’enfant. Toutefois, la coopération et le dialogue avec les parents sont essentiels pour la réussite du traitement, qui nécessite une rigueur et le respect strict des consignes données par l’ophtalmologiste. Face à un enfant qui refuse de porter le cache-œil, il est important d’être sûr de soi et d’être convaincu que c’est ce qu’il y a de mieux pour lui. Le port du cache-œil est non négociable. Le traitement pour œil paresseux dure jusqu'au moment où l'œil amblyope récupère la même acuité visuelle que l'œil sain, ou que l’on observe une progression de l'acuité.
Les enfants peuvent ne pas vouloir porter un cache œil. Vous pouvez lui demander de s’entraîner à mettre un cache œil sur une poupée. Expliquez également le traitement de l’amblyopie à son maître ou sa maîtresse afin de le surveiller en journée. Dans de très rares cas, il est possible d’utiliser trop intensément le patch. La peau collée au cache œil peut être irritée. Pour l’aider, essayez une autre taille ou une autre marque. Au début, votre enfant peut être maladroit lorsqu’il porte un patch car son champ de vision est rétréci. L’acuité visuelle est évaluée une première fois après la phase d’attaque définie initialement. Une fois que celle-ci est atteinte, le traitement d’entretien est mis en place.
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En cas de refus du cache-œil par l’enfant, il existe une alternative : la pénalisation optique.
Soutien et adaptation au quotidien
Gérer la vie quotidienne d’un enfant atteint d’amblyopie implique une approche attentive et empathique de la part des parents. Il est important de montrer du soutien à votre enfant dans le suivi de son traitement, que ce soit le port de lunettes correctrices ou d’un cache-œil. Dans la vie de tous les jours, il peut être utile d’adapter l’environnement à la maison et à l’école pour faciliter l’utilisation de l’œil affecté. Par exemple, des activités ludiques et éducatives qui stimulent la vision peuvent être bénéfiques. Veillez à ce que votre enfant ait des pauses régulières pour reposer ses yeux, surtout si le traitement implique l’occlusion de l’œil dominant. Enfin, il est essentiel de créer un environnement familial positif et encourageant. Valoriser les efforts de l’enfant et lui montrer de la compréhension peut aider à réduire tout sentiment de frustration ou de différence lié à son amblyopie.
Innovations dans le traitement
Le monde de l’optique et de la santé visuelle est le théâtre d’innovations constantes ! Les recherches avancent vite et permettent aux traitements des troubles visuels infantiles d’être de plus en plus efficaces et novateurs. Ainsi, depuis quelques années, des lunettes pour amblyopie existent (Amblyz), et de nombreuses applications et jeux vidéo voient le jour pour aider les enfants amblyopes à retrouver une vision binoculaire.
Le plus célèbre de ces jeux est Dig Rush. Toutefois, des séances de Tetris ont aussi eu des résultats positifs sur la vision des amblyopes. Des applications comme Duovision sont déjà sur le marché.
Pronostic de l'amblyopie
L’amblyopie n’est réversible que pendant la période sensible, de 0 à 6 ans voire jusqu’à 10 ans (le meilleur moment pour le traitement se situerait avant 3 ans). Si l'œil amblyope n’est pas traité suffisamment tôt, il sera difficile voire impossible de faire remonter l’acuité visuelle. L’enfant risque de garder un œil malvoyant, ce qui peut engendrer un risque de handicap visuel et d’altération de la qualité de vie à l’âge adulte. Les adultes ne possèdent pas la plasticité cérébrale permettant de développer les connections œil-cerveau.
Si le traitement n'est pas mis en route ou s'il n'est pas bien effectué, l'enfant aura un œil malvoyant à l'âge adulte et ce, de façon définitive. Passé l'âge de 8 ans, il n'y a plus de possibilité de rééducation.
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