L'alimentation sèche des vaches laitières en période de lactation est un domaine crucial pour assurer la santé, la production laitière et la reproduction optimales. Cette période charnière, qui comprend le tarissement et la préparation au vêlage, nécessite une attention particulière pour prévenir les troubles métaboliques et garantir un bon démarrage de la lactation suivante. Cet article explore les différentes facettes de l'alimentation sèche, en mettant l'accent sur les stratégies d'optimisation et les pratiques recommandées pour les éleveurs.

Importance du Tarissement

Le tarissement est une période essentielle du cycle de production de la vache laitière, durant laquelle la sécrétion de lait est interrompue. Généralement, cette période s'étend de 45 à 60 jours avant la mise-bas. Le tarissement permet à la mamelle de se régénérer et de guérir d'éventuelles infections mammaires survenues lors de la lactation précédente. L'absence de tarissement peut entraîner une diminution de la quantité de lait sécrétée lors de la lactation suivante de plus de 20 %.

Gestion du Tarissement

Quinze jours avant le tarissement, il est conseillé de diminuer progressivement les concentrés, jusqu'à les supprimer complètement les 3 ou 4 derniers jours de lactation. Il est impératif d'éviter une diète de fourrage ou d'eau, car cela peut stresser la vache et entraîner un amaigrissement non négligeable. La vache ne doit ni s'engraisser ni maigrir. Sa Note d'État Corporel (NEC) doit idéalement se situer entre 3,25 et 3,75 à l'entrée au tarissement et se maintenir ainsi jusqu'au vêlage. Il est préférable de corriger la NEC dans les deux derniers mois de lactation. Si une vache est tarie trop grasse, il faut éviter qu'elle perde de l'état, sous peine de pénaliser sa capacité d'ingestion en fin de tarissement.

Besoins Nutritionnels Spécifiques

La ration alimentaire pendant le tarissement doit être peu énergétique et assez encombrante, c'est-à-dire riche en fibres et pauvre en glucides de type amidon. La quantité de matière sèche ingérée quotidiennement doit se situer entre 12 et 14 kg, soit environ 2 % du poids vif de l'animal. Cela permet de maintenir un bon volume du rumen, indispensable à une reprise d'appétit précoce après le vêlage.

Défis et Solutions

Plusieurs défis peuvent se présenter lors de l'alimentation des vaches taries :

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  • Stress dû au changement brutal d'alimentation : Limiter l'ingestion.
  • Tri de la ration : Les vaches peuvent trier les aliments moins appétents pour réduire les apports énergétiques. Pour contrer cela, il est important d'associer le fourrage à de la paille ou du foin de qualité moyenne, tout en veillant à ce que la paille soit hachée très finement pour éviter la sélection.
  • Compétition entre vaches : Assurer un accès suffisant à la nourriture pour toutes les vaches.

Alimentation en Deux Phases

L'alimentation en deux phases est une stratégie courante qui divise la période de tarissement en deux étapes distinctes :

Première Phase (8 à 4 semaines avant le vêlage)

Cette phase est axée sur la reconstitution des réserves de la vache et le soulagement de son métabolisme. Le besoin énergétique est fortement réduit en raison de la perte de rendement laitier. La ration est souvent complétée par de la paille, ce qui la rend riche en fibres brutes.

Deuxième Phase (3 semaines avant le vêlage jusqu'à la mise-bas)

Cette phase tient compte des besoins modifiés de la vache tarie. L'ingestion alimentaire diminue, ce qui nécessite une augmentation de la densité nutritionnelle dans la ration. Le rumen doit également s'adapter à la ration de la vache en lactation. L'augmentation de la teneur en amidon dans la ration à base de céréales favorise le développement des villosités du rumen.

Inconvénients Potentiels

Malgré ses avantages, l'alimentation en deux phases présente des inconvénients potentiels :

  • Nécessité de plusieurs changements de groupes et de rations.
  • Réduction de la taille des groupes, entraînant des mélanges plus petits dans le mélangeur d'aliments et une plus grande perte de temps.

Pour faciliter le travail, il est recommandé de donner la ration aux jeunes bovins dès la deuxième année de vie.

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Alimentation Monophasée

L'alimentation monophasée est plus simple à mettre en œuvre en termes d'économie de main-d'œuvre, mais elle est moins bien adaptée aux besoins des éleveurs en stabulation sèche. Elle nécessite des troupeaux homogènes pour ajuster la densité nutritionnelle de manière à éviter l'obésité au début de la période de tarissement et à assurer un apport suffisant de nutriments à la fin de cette période, malgré une réduction de la quantité d'aliments ingérés.

Prévention des Risques

Il est crucial d'éviter la perte de poids à la fin de la période de tarissement, car elle augmente la probabilité de cétose. De même, l'engraissement excessif peut également augmenter le risque de cétose et de naissances difficiles.

Transition Alimentaire et Préparation au Vêlage

Pour permettre une efficacité optimale de la flore bactérienne du rumen dès le vêlage, les fourrages et concentrés de la ration des vaches en lactation doivent être réintroduits progressivement dans les trois semaines précédant le vêlage. Durant le début du tarissement, la taille des papilles ruminales, responsables de l'absorption des acides gras dans le rumen, peut diminuer jusqu'à 50 %.

Préparation au Vêlage

La préparation au vêlage débute deux à trois semaines avant la date prévue. Elle consiste à augmenter la concentration énergétique de la ration pour assurer une transition en douceur entre les rations de période sèche et de lactation, et pour mieux couvrir les besoins de l'animal en fin de gestation. Il est déconseillé d'introduire les vaches dans le troupeau des laitières, surtout lors d'alimentation en ration complète, car celle-ci est trop riche et la consommation de fibres quasiment nulle.

Rôle des Minéraux et Oligo-éléments

Le système immunitaire est moins fonctionnel dans les quatre semaines entourant le vêlage, rendant la vache plus sensible aux infections, notamment les mammites d'environnement. Il est donc essentiel de renforcer au maximum cette immunité en complémentant les animaux en oligo-éléments et vitamines : zinc, sélénium, vitamines A, C et E, cuivre, manganèse et fer.

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Gestion du BACA (Bilan Alimentaire Cation-Anion)

Il est recommandé d'utiliser des rations dont le BACA est négatif ou faiblement positif, car cela favorise l'augmentation de la calcémie en améliorant l'absorption du calcium alimentaire et la mobilisation du calcium osseux. L'herbe ou l'ensilage d'herbe sont souvent riches en potassium, ce qui les rend déconseillés pendant la préparation au vêlage. Si les vaches en préparation sont sur un parcours extérieur, il est recommandé de broyer l'herbe afin d'en limiter la consommation.

Sels Anioniques

Si la ration est à risque (calcium > 8 g/kg MS ou potassium > 15 g/kg MS), des sels anioniques peuvent être ajoutés pour rendre le BACA de la ration négatif. Cependant, ces sels sont généralement peu appétents et leur distribution doit être effectuée sur une courte période (une semaine au maximum) et contrôlée, car ils peuvent provoquer une dangereuse acidose sanguine.

Durée du Tarissement et Simplification de la Conduite

L'objectif est que toutes les vaches aient une période sèche de trente à trente-cinq jours, suffisante pour assurer les étapes d'involution et de régénération mammaire. Une diminution de la durée de tarissement limite la régression des papilles ruminales et le risque de surengraissement. Cette réduction peut s'accompagner d'une simplification de la conduite en constituant un seul groupe de vaches taries avec une ration type "préparation au vêlage".

Adaptation aux Différents Contextes

Les éleveurs de vaches laitières et allaitantes doivent adapter leur stratégie d'alimentation en fonction des prix des aliments et de la disponibilité des matières premières. Il est parfois possible de trouver un substitut à une matière première trop coûteuse ou de diminuer la distribution d'un aliment en excès.

Exemples de Rations

Voici quelques exemples de rations utilisées par les éleveurs :

  • Ration classique pour vaches allaitantes : Foin à volonté, complété d'1 kg de blé tendre par jour.
  • Ration pour troupeau de 50 vaches charolaises à l'engrais : 4,27 kg d'ensilage de maïs, 1,32 kg de paille de blé, 2,59 kg de maïs, 2,60 kg de blé tendre, 1,32 kg de tourteau de soja 48 et 0,3 kg de minéral par vache et par jour.

Il est important de noter que ces rations doivent être adaptées en fonction de la valeur nutritionnelle des fourrages disponibles.

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