Alexandre Dumas, figure emblématique de la littérature française du XIXe siècle, est né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts. Romancier et dramaturge prolifique, il est l'auteur de romans historiques captivants tels que Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo, qui ont marqué l'imaginaire collectif et continuent de fasciner les lecteurs du monde entier. Son parcours de vie, riche en péripéties et en engagements, est à l'image de son œuvre : passionné, romanesque et indéfectiblement lié à son pays natal.

Une enfance marquée par l'héritage paternel

Alexandre Dumas est le fils de Marie-Louise Labouret, aubergiste, et du général Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, dit « Général Dumas », un métis ayant brillé lors de la Révolution française. L'histoire de ce père, né à Saint-Domingue de l'union clandestine d'un aristocrate et d'une jeune femme noire, est digne d'un roman. Vendu comme esclave par son propre père, il fut racheté des années plus tard par ce dernier, pris de remords, qui l'envoya en Normandie pour y recevoir une éducation militaire. Il embrassa ensuite une brillante carrière, se couvrant de gloire durant les guerres révolutionnaires. Cependant, il fut chassé de l'armée par Bonaparte en 1802, en raison de sa couleur de peau, au moment où le Premier Consul rétablissait l'esclavage. Il mourut dans l'oubli en 1806, laissant le jeune Alexandre orphelin à l'âge de quatre ans.

Alexandre Dumas grandit dans le culte du souvenir héroïque de son père, élevé par sa mère seule. À l'école de Villers-Cotterêts, puis au collège de l'Abbé Grégoire, il ne brille pas particulièrement. Assez mauvais élève et peu intéressé par l'enseignement des lettres, il préfère l'action et l'art de manier les armes, fidèle au souvenir de son père rêvé.

L'éveil littéraire et l'ascension à Paris

À quatorze ans, Alexandre trouve un petit emploi chez un notaire républicain de Villers-Cotterêts. Il s'y ennuie, mais une rencontre déterminante va le réconcilier avec la littérature : celle d'Adolphe Ribbing de Leuven, un jeune homme passionné de théâtre, de grivoiserie et d'amour des femmes. C'est lui qui initie véritablement Alexandre aux grands textes.

Comme beaucoup de jeunes provinciaux, Alexandre "monte" alors à Paris, bien décidé à dévorer la vie. Il fréquente les salons littéraires, où il se vante de ne rien lire tout en récitant par cœur des centaines de vers d'auteurs romantiques et révolutionnaires à la mode. Il séduit beaucoup et se lance dans l'écriture, principalement du théâtre.

Lire aussi: Alexandre Dujeux : Portrait

Soutenu par des femmes influentes dans les milieux artistiques, il voit une de ses pièces programmée à la Comédie Française : Henri III et sa cour. Le 10 février 1829, cette représentation bouleverse la vie de Dumas. Véritable manifeste d'un nouveau romantisme, sa pièce fait un triomphe et le propulse vers la célébrité dans le tout Paris littéraire et mondain.

Engagement politique et succès littéraire

Amoureux de la liberté et auréolé de sa nouvelle gloire, Dumas s'implique dans la révolution de 1830, qui voit le peuple de Paris se soulever contre le roi Charles X pour le rétablissement de la République. Cependant, ce retour en arrière lui est fatal. Passé de mode et ayant dilapidé ses confortables revenus en fêtes somptueuses, il se voit contraint de repartir de zéro.

Il voyage alors, change à nouveau de vie, se lie d'amitié avec Châteaubriand et Victor Hugo (qu'il rejoindra plus tard à Guernesey pendant son exil). Il veut se nourrir d'expériences nouvelles. Il se met aussi, enfin, au roman, genre qui assurera sa gloire et à nouveau des revenus réguliers grâce à leurs publications en feuilletons dans des journaux. Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo et La Reine Margot sont, encore de nos jours, des best-sellers mondiaux.

Dumas est également un humaniste. En 1848, il épouse la cause de la révolution de février contre Louis Philippe et qui verra la proclamation de la IIe République par Alphonse de Lamartine. Pour Dumas, les portes de la politique s'ouvrent, mais celle-ci achèvera de le ruiner. Mobilisé sur la campagne électorale pour devenir député de l'Yonne, il arrête de travailler. Les journaux qui publient ses feuilletons cessent leur parution et son épouse le poursuit pour obtenir une importante pension alimentaire. Ses biens sont saisis.

Avec son fidèle ami Victor Hugo, dont il partage les options politiques et la dénonciation du coup d'état de Napoléon III, Dumas s'enfuit alors à Bruxelles, où il trouve un peu de répit. Mais en 1860, coup de théâtre ! Dumas décide de partir en Italie pour rejoindre l'armée de son ami Garibaldi, qu'il admire et dont il a traduit les mémoires. Il vend alors tout ce qui lui reste de biens pour l'aider à acheter des armes. En 1861, il défile à ses côtés pour entrer triomphalement dans Naples. Dumas sera alors nommé… Directeur des fouilles de Pompéi ! Encore une autre vie.

Lire aussi: Alexandre Kouchner : Engagements et héritage

Les dernières années et l'héritage d'un géant

C'est à Paris, ruiné et malade, que Dumas passera les dernières années de son existence, auprès de sa fille. N'admettant jamais son état et cultivant son propre mythe, il achève tant bien que mal le dernier ouvrage qui sera publié après sa mort : un grand dictionnaire de cuisine, comme un dernier hommage à la vie et aux plaisirs.

Aux termes d'une vie de roman d'aventures, il s'éteint le 5 décembre 1870 près de Dieppe dans la maison de vacances de son fils Alexandre (dit Dumas fils), l'auteur à succès de La Dame aux Camélias. Comme il en avait expressément manifesté le désir, son corps sera transféré deux ans plus tard à Villers-Cotterêts, aux côtés de sa mère et de son père.

Alexandre Dumas est l'une des plumes les plus populaires du monde, écrivain de l'épopée romanesque et des héros chevaleresques, père du Comte de Monte Cristo, de d'Artagnan et des Trois Mousquetaires… et petit-fils d'esclave. La mémoire du père reste encore trop peu connue en France, celle du fils n'a jamais quitté le firmament de la littérature mondiale, avant de rejoindre le Panthéon de la République, place des Grands Hommes, où sa dépouille a été transférée le 30 novembre 2002. Alexandre Dumas est aujourd'hui désigné sous le nom d'"Alexandre Dumas père" pour le distinguer de son fils, prénommé également Alexandre (1824-1895), auteur de La dame aux camélias.

Caractéristiques de l'œuvre de Dumas

Alexandre Dumas est surtout connu pour ses romans-feuilletons. Son sens du drame et du romanesque l'a conduit à élaborer des intrigues complexes, pleines de rebondissements et de retournements de situation. Auteur très prolifique, Alexandre Dumas a souvent été accusé d'avoir recours à un « nègre », c'est-à-dire à un écrivain fantôme produisant des textes qu'il signait ensuite de sa main. Parmi ses collaborateurs, Auguste Maquet est le plus connu.

On retient Dumas pour ses grandes fresques historiques, avec des romans fleuve tels que Le Comte de Monte-Cristo, ou Les Trois Mousquetaires, parus la même année, en 1844. Ses romans historiques, même quand ils témoignent de la collaboration d'Auguste Maquet, se dégagent des annales historiques, des sphères littéraires, des thèmes idéologiques. Elle se transforme en quelque sorte en état du cœur. La verve, l'alacrité, le talent dramatique de Dumas, où le sens du dialogue l'emporte sur celui de la description, la rendent populaire. Par la magie de ce conteur sans égal et le truchement de leur feuilleton, les plus humbles lecteurs de la Presse ou du Siècle pénètrent dans l'intimité des héros des Trois Mousquetaires. Avec eux, ils assistent aux grands événements de l'histoire. « En direct », pourrait-on dire. La vie déborde. Chevauchées, franches beuveries, amitié indissoluble, panache des rapports avec les femmes, tout cela va droit au cœur des foules et part à la conquête du monde, fixant à tout jamais dans l'esprit des gens le chevaleresque à la française. Pas de profondeur psychologique, une morale peu intransigeante, mais le mouvement (dont parle Sainte-Beuve), de grands mythes comme celui du justicier dans le seul roman, Le Comte de Monte-Cristo, qui ne soit pas historique, quoiqu'il en garde l'esprit, font à Dumas un succès aussi énorme que sa production.

Lire aussi: Arcady : Entre famille, cinéma et Algérie

Son romantisme très personnel, Dumas l'apporte dans le roman. Ici, comme au théâtre, l'histoire se place au premier rang des préoccupations artistiques et de l'engouement du public.

Un homme de son temps

La présence de ce colosse éclatant de santé et de bonne humeur semble à première vue quelque peu incongrue dans une époque à laquelle Novalis a apporté l'« idéalisme magique », qui admire le cynisme provoquant de Byron, où Chateaubriand berce son orgueil mélancolique. Au fils d'un général d'Empire descendant du marquis Alexandre Antoine Davy de La Pailleterie et de Marie Cessette Dumas, esclave noire de Saint-Domingue, la nature bienveillante a épargné les tourments métaphysiques, les raffinements cérébraux, les grandes souffrances sentimentales, voire les ostracismes politiques chers à Hugo. Lui aussi est un républicain sincère : mais s'il se mêle aux combats de rue de juillet 1830, ce serait plutôt pour le plaisir. Les tristesses douces, les joies paisibles et intimes d'un Lamartine, la solitude hautaine autant qu'amère de Vigny, même le goût du fantastique cultivé par son ami Nodier, autant d'attitudes, de dispositions d'esprit étrangères à son tempérament. Aux subtilités introspectives de Stendhal, son heureux caractère fait préférer la compagnie de ses multiples maîtresses. Pas de complications. Nul mépris. En fait, il ignore les grands problèmes. Sauf ceux d'argent. Généreux jusqu'à la prodigalité, il dilapide les fortunes nées de sa plume dans des dépenses d'un mauvais goût énorme et bon enfant.

Comme la plupart des écrivains de l'époque, il adore voyager. De pérégrinations qui l'entraînent de la Suisse à la Russie, Dumas rapporte des monceaux de notes consignées à partir de 1834 dans ses Impressions de voyage, aussi abondantes que ses Mémoires (1852-1854). Toutefois, si une expédition comme celle qu'il fit avec Garibaldi en 1860 peut rappeler par son objet l'entreprise de son aîné Byron, il n'y entre ni tragique ni désenchantement blasé. Il considère l'humanité sans hauteur, abandonne le sarcasme aux chefs de file du romantisme. Son arme, c'est l'esprit. L'esprit de boulevard mis à la mode par Béranger.

Et pourtant, Alexandre Dumas père est un authentique produit de son siècle. Le succès attaché à peu près à toutes les entreprises littéraires de Dumas- y compris le journalisme Le Mousquetaire, 1854-1857- est du à son instinct sûr de ce qui plaira à la foule. Pour le théâtre, celle des Boulevards, de la Porte-Saint-Martin. Il n'échafaude pas de doctes théories. Le critère du goût populaire lui suffit, et si ses comédies, dont la plus célèbre demeure Mademoiselle de Belle-Isle (1839), n'ajoutent rien à sa gloire, c'est, assez paradoxalement, que la comédie historique convient moins au joyeux Dumas que le drame du même nom.

Les œuvres marquantes

  • Henri III et sa cour (1829) : Drame romantique qui marque un tournant dans le théâtre français.
  • Antony (1831) : Pièce qui explore les passions humaines au-delà des conventions sociales.
  • La Tour de Nesle (1832) : Mélodrame historique qui connaît un immense succès populaire.
  • Les Trois Mousquetaires (1844) : Roman de cape et d'épée qui a immortalisé les personnages de d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis.
  • Le Comte de Monte-Cristo (1844-1845) : Roman d'aventure et de vengeance qui reste l'une des œuvres les plus populaires de Dumas.
  • La Reine Margot (1845) : Roman historique qui se déroule pendant les guerres de religion en France.
  • Vingt ans après (1845) : Suite des Trois Mousquetaires.
  • Le Vicomte de Bragelonne (1848-1850) : Troisième et dernier volet de la trilogie des Mousquetaires, incluant l'histoire de l'homme au masque de fer.
  • Ange Pitou (1852)
  • Pauline (1838) : roman gothique.

Le château de Monte-Cristo

Alexandre Dumas, fortuné mais extrêmement dépensier, se fait construire un formidable château. En 1844, il acquiert un ancien vignoble au Port-Marly, et charge l'architecte Hippolyte Durand de lui construire le château de Monte-Cristo. Il passe également commande pour se faire construire ce qu'il surnomme le Château d'If, un cabinet de travail dans lequel il peut écrire et s'isoler. Le fabuleux château est couvert de louanges par Honoré de Balzac et est inauguré en juillet 1847, mais Alexandre Dumas est contraint de le mettre en vente dès 1848. Son théâtre ayant fait faillite suite à la révolution de Février, il doit trouver suffisamment d'argent pour rembourser ses créanciers.

tags: #alexandre #dumas #biographie

Articles populaires: