Le parcours d'Alexandre Dujeux, des Ardennes à Angers, en passant par Auxerre et Tours, témoigne d'une progression constante et d'une passion indéfectible pour le football. Son histoire, marquée par l'humilité, le travail acharné et une intelligence tactique aiguisée, est celle d'un homme qui a su tracer sa route avec détermination et discrétion.

Les racines ardennaises : l'éveil d'une passion

L'aventure d'Alexandre Dujeux commence à Flohimont, un village ardennais où le football est une véritable religion. C'est au FC Flohimont, club où son père joue et transmet sa passion, qu'il fait ses premiers pas sur le terrain. Dans cette région marquée par l'industrie métallurgique, le football amateur est florissant et constitue un véritable lieu de rencontre et de partage.

"Dans les Ardennes, il n'y avait pas des milliards de possibilités. Quasiment tout le monde jouait au foot", se souvient Alexandre Dujeux. "Il y avait une vraie vie sociale autour des clubs. C'était un grand brassage de personnalités, de cultures. J'ai vécu là-dedans. Ballon aux pieds. Sans autre envie que celle de jouer."

Son talent ne tarde pas à éclore. Il intègre les sélections départementales et régionales, avant d'être repéré par le CS Sedan Ardennes. À seulement 13 ans et demi, il quitte le cocon familial pour rejoindre le centre de formation du club phare de la région.

La formation auxerroise : l'apprentissage et la désillusion

Après des débuts difficiles à Sedan, où il se sent isolé en tant que plus jeune joueur du centre, Alexandre Dujeux rejoint l'AJ Auxerre, un club réputé pour la qualité de sa formation. Il y remporte la Coupe Gambardella, mais ne parvient pas à décrocher un contrat professionnel.

Lire aussi: Alexandre Kouchner : Engagements et héritage

Malgré ses titres et ses sélections en équipe de France chez les jeunes, Guy Roux, l'emblématique entraîneur auxerrois, ne lui donne pas sa chance. Après un prêt au Red Star en deuxième division, il revient à Auxerre, mais reste sur le banc pendant une saison entière.

Cette désillusion marque un tournant dans sa carrière, mais ne l'empêche pas de poursuivre son chemin avec détermination. "C'est comme ça", philosophe-t-il avec sa voix posée et ses idées claires.

L'éclosion professionnelle : Châteauroux, Le Havre, Troyes, Ajaccio, Tours

C'est à Châteauroux, en 1999, qu'Alexandre Dujeux lance véritablement sa carrière professionnelle. Il évolue ensuite au Havre, où il retrouve Gérald Baticle, puis à Troyes, Ajaccio et Tours. Il dispute plus de 400 matchs professionnels, dont une vingtaine en Ligue 1 avec l'Estac.

Malgré la possibilité de poursuivre sa carrière en première division, il choisit de redescendre d'un échelon pour jouer plus régulièrement. "Je voulais être considéré, prendre du plaisir en jouant", explique-t-il.

Sur le terrain, Alexandre Dujeux est un joueur fiable et travailleur, doté d'une bonne qualité technique. "Il ne lâchait jamais rien, était très rigoureux", se souvient Benjamin Nivet, un de ses meilleurs amis du milieu.

Lire aussi: Arcady : Entre famille, cinéma et Algérie

La reconversion : de joueur à entraîneur

À 34 ans, alors qu'il évolue à Tours, Alexandre Dujeux anticipe sa reconversion et accepte une proposition du club pour intégrer l'encadrement technique. Il sait que son avenir est dans le football, mais ignore encore quel rôle il souhaite y jouer.

Max Marty, alors directeur général de Tours, perçoit son potentiel et le pousse à se lancer dans le coaching. "On l'a fait basculer car il ne méritait pas de mal terminer sa carrière et il avait déjà tous les codes pour devenir un bon entraîneur. C'était son destin. Il avait l'humilité nécessaire."

Alexandre Dujeux fait ses gammes auprès de Bernard Blaquart, avec les U19 du TFC, puis devient son adjoint. Il observe, apprend et se forme progressivement au métier d'entraîneur. "Je n'étais pas pressé, donc j'ai beaucoup observé. Je voulais comprendre pourquoi Bernard faisait ci ou ça. C'est aussi ma personnalité : je ne voulais pas aller trop vite."

Il prend ensuite les commandes de l'équipe U19 de Tours, où il révèle de jeunes talents comme Baptiste Santamaria, Ibrahim Cissé et Saîf-Eddine Khaoui. En 2013, il accepte de devenir l'adjoint d'Olivier Pantaloni, l'entraîneur de l'équipe professionnelle de Tours. "Car tôt ou tard, je comptais revenir chez les pros."

L'ascension : Tours, Ajaccio, Angers

En octobre 2015, Alexandre Dujeux prend la succession d'Olivier Pantaloni, démissionnaire, à la tête de l'équipe première de Tours. Malgré l'absence des diplômes requis, il parvient à maintenir le club en Ligue 2. "C'était une expérience très enrichissante car c'est en étant en fonction qu'on progresse."

Lire aussi: L'influence d'Alexandre Cormont

L'aventure s'arrête toutefois au bout de la saison, en raison de ses lacunes en matière de diplômes. Il rejoint alors Olivier Pantaloni à l'AC Ajaccio, où il continue de se former et obtient le DEPF, le diplôme nécessaire pour entraîner en professionnel.

En 2021, il rejoint le SCO Angers en tant qu'adjoint de Gérald Baticle. Un peu plus d'un an et demi plus tard, il est promu entraîneur principal, après le départ de Baticle.

Angers : l'épreuve et le triomphe

La mission d'Alexandre Dujeux à Angers est loin d'être simple. Le club est en difficulté sportive et financière, et il doit faire face à des moments personnels extrêmement difficiles, notamment le décès de son épouse.

Malgré ces épreuves, il parvient à remobiliser l'équipe et à obtenir la montée en Ligue 1. Son humilité, sa proximité avec les joueurs et sa capacité à instaurer un état d'esprit positif sont saluées par tous.

"J'ai une grande pensée pour ma femme, parce que ça a été une année très dure pour moi", confie-t-il après la montée. "Je ne pensais pas qu'on pouvait souffrir autant. Et c'est aussi grâce au football et grâce à ce groupe fantastique que j'ai tenu. C'est un sentiment un peu partagé. Je suis très heureux, mais j'aurais tellement envie qu'elle voie ça."

Son parcours est salué par ses anciens collaborateurs et ses joueurs. "Alex, on lui accorde notre confiance naturellement", expose Max Marty. "C'est quelqu'un de très humble et travailleur. Sa force c'est son intelligence et sa capacité d'adaptation", dit de lui Benjamin Nivet.

L'état d'esprit : la clé du succès

Au-delà de ses compétences tactiques et techniques, c'est l'état d'esprit qu'il insuffle à son équipe qui fait la différence. Il prône des valeurs d'entraide, de solidarité et de dépassement de soi.

"Lancer des jeunes, ça ne lui pose pas de problèmes", confirme son capitaine Pierrick Capelle. "À partir du moment où on fait les efforts à l'entraînement, il ne va pas hésiter à nous faire confiance. Avec lui, c'est sympa de pouvoir partager sur le foot, mais aussi des choses qui sortent du contexte sportif."

Il s'inspire des entraîneurs qu'il a côtoyés, comme Guy Roux, Bernard Blaquart, Daniel Sanchez, Olivier Pantaloni et Gérald Baticle, mais il développe son propre style, basé sur le jeu, la cohésion et le don de soi. "J'aime que mon équipe joue, sorte des ballons, récupère le plus vite possible. J'aime qu'elle défende ensemble en avançant le plus vite possible, qu'il y ait une vraie cohésion, un don de soi."

Un homme simple et attachant

Alexandre Dujeux est décrit comme un homme simple, accessible et attachant. Il est proche de ses joueurs, à l'écoute de leurs préoccupations et soucieux de leur bien-être.

"À titre personnel, c'est quelqu'un que j'aime beaucoup", témoigne Anthony RAMOND, supporter du SCO. "J'apprécie sa personnalité et je pense que je ne suis pas le seul supporter angevin. Il est rayonnant malgré des moments extrêmement difficiles dans sa vie personnelle. Mais il a une force en lui qui est assez incroyable et surtout, je trouve qu'il est apaisant."

Il est également apprécié pour sa discrétion et son humilité. "Ce n'est pas un grand bavard, mais il sait être efficace avec peu de mots", résume Gérald Baticle.

tags: #alexandre #dujeux #enfance

Articles populaires: