Introduction

Ahmed Bedjaoui est une figure emblématique du paysage culturel algérien, reconnu pour sa contribution significative au cinéma, à la télévision et à la presse. Son parcours exceptionnel témoigne d'un engagement profond envers la promotion du cinéma de qualité, la défense de la culture et la formation des professionnels des médias.

Parcours académique et professionnel

Lauréat de l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC - Paris), Ahmed Bedjaoui est également titulaire d’un Doctorat en littérature américaine, obtenu grâce à une thèse sur Scott Fitzgerald et Hollywood. Il est professeur à la faculté de communication de l’Université Alger 3. Ce bagage académique solide lui a permis de mener une carrière diversifiée et enrichissante dans le domaine des arts et de la communication.

Dès 1966, Ahmed Bedjaoui débute sa carrière en tant que journaliste freelance, couvrant notamment les rubriques cinéma, télévision et radio. Son expertise et sa passion pour le septième art le conduisent à occuper différents postes clés au sein des institutions cinématographiques algériennes.

  • Cinémathèque algérienne : Il a été programmateur et responsable des archives de 1966 à 1971, contribuant à la conservation et à la diffusion du patrimoine cinématographique algérien et international. Il a fait partie des pionniers de la Cinémathèque algérienne.
  • Office du Cinéma Algérien (ONCIC) : De 1971 à 1977, il a été conseiller du directeur général, participant à la définition des politiques cinématographiques nationales.
  • Radio-Télévision Algérienne (RTA) : En 1977, il est nommé Directeur du département de production cinématographique, supervisant la réalisation de plus de 70 longs métrages.

Parallèlement à ses activités dans le secteur public, Ahmed Bedjaoui a également exercé des fonctions de conseil auprès des autorités politiques. Il a été Vice-président du Conseil National de l'Audiovisuel de 1987 à 1991 et conseiller pour la communication auprès du Premier Ministre algérien.

Depuis 1993, il dirige le réseau REMFOC, un organisme dédié au perfectionnement des journalistes maghrébins, témoignant de son engagement envers la formation et le développement des compétences dans le domaine des médias. Après avoir travaillé comme consultant pour le compte de la Commission européenne, il occupe ce poste.

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"Télécinéclub" : Une émission emblématique

Ahmed Bedjaoui est surtout connu du grand public pour avoir produit et animé l'émission "Télécinéclub" sur la chaîne nationale algérienne pendant 20 ans, de 1969 à 1989. Cette émission a marqué toute une génération de cinéphiles algériens, en leur faisant découvrir les classiques du cinéma universel et en analysant les films avec pédagogie et passion. Grâce à lui les Algériens découvraient les classiques du cinéma universel. Il savait, avec pédagogie, et les invités qu'il conviait sur le plateau, décortiquer un film. On pouvait voir, avec délectation, les œuvres d'Alfred Hitchcock, Ingmar Bergman, Salah Abou Seif, et, bien sûr, les films algériens.

Contribution au cinéma algérien et panafricain

Ahmed Bedjaoui a joué un rôle important dans le développement du cinéma algérien, en soutenant la production de nombreux films et en participant à la mise en place des institutions dédiées au septième art. Il a notamment dirigé la production de longs métrages importants tels que les deux films d’Assia Djebar, Nahla de Farouk Beloufa, Combien je vous aime de Azeddine Meddour ou encore Bouamama de Benamar Bakhti.

Il a également été étroitement associé à l'organisation du Premier festival culturel panafricain, évoquant les rôles de Mahieddine Moussaoui (fondateur de la Cinémathèque algérienne, et l’un des principaux initiateurs du Festival panafricain) et du Ministre de l’information Mohamed Seddik Benyahia, dans la commande d’un film sur le festival, film dont le tournage a (finalement) été attribué à William Klein.

Dans cet entretien Ahmed Bedjaoui revient sur des éléments de sa biographie, et sur les débuts du cinéma en Algérie avec en toile de fond la guerre d'Algérie (1954-1962). Il analyse la mise en place progressive des institutions algériennes dédiées au cinéma et le soutien que la cinémathèque a apporté aux cinéastes du continent.

Publications et reconnaissances

Ahmed Bedjaoui est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le cinéma et la culture, dont :

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  • "Images et visages" (avec Denis Martinez)
  • "Cinéma et guerre de libération, des batailles d'images"
  • "Littérature et cinémas arabes"
  • "La Guerre d'Algérie dans le cinéma mondial"
  • "Le cinéma à son âge d'or"
  • "La Saga de la création de la cinémathèque algérienne (1965-1969)"
  • Cinema and Algerian War of Independence

Ses contributions à la culture cinématographique ont été saluées par de nombreuses distinctions, dont le titre d'Officier des Arts et Lettres en France (2016) et la médaille Federico Fellini de l'UNESCO (2015). En 2015, l’UNESCO lui décerne la médaille Federico Fellini pour sa contribution à la culture cinématographique mondiale.

Engagement et perspectives

Ahmed Bedjaoui continue de s'investir dans la promotion du cinéma et de la culture en Algérie. Il est directeur artistique du festival du film engagé d'Alger et Président du Fonds d'aide au cinéma algérien. Son engagement témoigne de sa volonté de soutenir la création cinématographique et de favoriser l'accès à la culture pour tous.

Le public algérien l'identifie en priorité aux émissions qu'il produisait et animait pour l'unique chaîne de télévision qui existait à ses débuts. Mais avant de présenter sa première émission en décembre 1969, il avait déjà accumulé une dizaine d'années d'activité dans le cinéma, d'abord comme animateur de ciné-club, puis de critique dans la presse écrite.

Son ouvrage "Le cinéma à son âge d'or" a pour but de rappeler l'extraordinaire histoire d'amour qui liait les Algériens avec le cinéma de qualité. Il ne croit pas un instant que cet engouement ait disparu. Le succès des festivals nationaux de cinéma montre au contraire que le public ne néglige aucune occasion de manifester son amour pour le septième art, à condition qu'on lui restitue des espaces de projection en nombre suffisant et en qualité, pour ne pas tomber dans le cercle vicieux de la rareté/désaffection.

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