L'avant-première du film Saffeh Nabeul de Karim Berhouma, qui a eu lieu le 16 décembre au Colisée, a attiré un public nombreux, composé de journalistes et d'invités. Le film, de par son synopsis et son affiche, a suscité un vif intérêt, notamment en raison de son sujet : le tueur en série Naceur Damergi, un personnage sombre des années 80 qui a sévi dans la région de Nabeul, faisant plus de 13 victimes âgées de 7 à 20 ans.

Un film autoproduit qui défie les conventions

Le réalisateur Abdelhamid Bouchnak est monté sur scène pour présenter le film, une présence symbolique pour soutenir une œuvre autoproduite, s'inscrivant dans le genre de l'horreur et boudée par les festivals de films d'auteurs, notamment les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC). Le réalisateur Karim Berrhouma et le producteur Mejdi Housseini ont même remercié les JCC de ne pas avoir sélectionné le film.

Ahmed Landolsi : Un premier rôle marquant après une longue traversée du désert

Le rôle principal de Naceur Damergi est interprété par Ahmed Landolsi, un acteur qui a connu une longue traversée du désert. Sa fierté d'incarner le premier rôle d'un film aussi médiatisé était palpable.

Saffeh Nabeul : Une exploration de la psyché d'un tueur en série

Se lancer dans le biopic d'un tueur en série est un défi narratif complexe. Il s'agit de maîtriser l'aspect psychanalytique de la figure complexe de Naceur Damergi, afin d'identifier l'origine du mal. Le film débute en 1971, lors de la première incarcération du tueur en série dans la prison de Nadhour. Il y rencontre son père, joué par Fathi Akkari, un vieux sage qui règne en maître dans les bas-fonds de l'enfer carcéral. On découvre alors que Naceur est le fils d'une prostituée et qu'il n'a jamais connu son père, un sentiment de rejet qui le marquera à vie et qui deviendra plus tard une rancune morbide.

Les pratiques policières et la violence d'une époque

Le cinéaste s'attache également à montrer les pratiques policières d'une extrême violence, plus particulièrement la torture au temps de Bourguiba, puis sous le règne de Ben Ali.

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Le passage à l'acte : Un moment clé difficile à saisir

La deuxième partie du film se déroule en 1987 dans la région de Nabeul, où Naceur commence sa série de kidnappings et de meurtres. Cependant, le film peine à saisir le moment clé du passage à l'acte. Pourquoi ce jour-là ? La pulsion sexuelle est extrêmement vague et n'est pas amenée lors des 28 premières minutes du film. Certes, son obsession est de se marier avec des gamines, mais cela est raconté, jamais montré. On ne sait pas comment il regarde un corps d'enfant. Pour un thriller psychologique, il est quasi indispensable de s'attarder sur les détails malsains du point de vue du monstre et non pas de l'extérieur. De plus, pourquoi cette pulsion est-elle si existentielle pour Naceur ? Il est loin d'être le seul à avoir été rejeté et à avoir grandi dans la violence.

Redondance et surenchère : Les faiblesses du film

Le film tombe ensuite dans la redondance, de par la répétition des scènes de kidnapping, de meurtre et les allers-retours des familles des victimes au commissariat de police. A la soixantième minute, après un flashback traumatique de l'enfance du meurtrier, le cinéaste nous sert une mise en scène surconsommée de nuit sous la pluie. Ahmed Landolsi y apparait peu crédible. La complexité s'effrite dans un monologue où le protagoniste crie : “je suis l’ange de la mort”, tout en bougeant ses mains comme une marionnette désarticulée. Le "too much" ne fait pas l'intensité. Le "too much" est aussi à déplorer dans l'habillage musical quasi constant qui renforce les scènes superficiellement.

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