L'agression infantile au collège est un problème complexe et multifactoriel qui touche de nombreux établissements scolaires. Elle englobe un large éventail de comportements, allant des violences verbales et psychologiques aux agressions physiques et sexuelles. Ce phénomène a des conséquences néfastes sur les victimes, les auteurs et les témoins, et peut compromettre leur développement et leur bien-être.
Prévalence de la violence en milieu scolaire
Les statistiques révèlent une présence significative de la violence dans les collèges et lycées. Selon les données, les lycées publics et privés sous contrat ont déclaré en moyenne 12,2 incidents graves pour 1 000 élèves. Ces incidents concernent principalement les atteintes aux personnes, incluant les violences physiques (29,8 % des incidents graves rapportés) et les violences verbales. Les incidents n'engageant pas de victime représentent 13,5 % des faits.
Il est important de noter que le niveau de violence déclaré dans les collèges est proche de celui observé dans l'ensemble des établissements d'enseignement général et technologique (LEGT), avec 1,1 incident grave pour 1 000 élèves en collège contre 1,2 pour 1 000 élèves en LEGT. Ces chiffres mettent en évidence la nécessité d'une attention particulière à la violence en milieu scolaire, en particulier au collège, où les élèves sont plus susceptibles d'être victimes d'atteintes physiques (46,7 % contre 12,5 % pour les lycéens) et d'insultes à caractère discriminatoire.
Formes de violence en milieu scolaire
La violence en milieu scolaire se manifeste sous différentes formes, allant du harcèlement aux agressions physiques et sexuelles.
Harcèlement
Le harcèlement est une forme de violence répétée et intentionnelle qui peut prendre différentes formes :
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- Harcèlement verbal : insultes, moqueries, brimades, etc.
- Harcèlement psychologique : menaces, intimidation, exclusion, etc.
- Harcèlement physique : coups, bousculades, vols, etc.
- Cyberharcèlement : utilisation des technologies numériques (smartphones, réseaux sociaux, etc.) pour harceler une personne.
Le harcèlement se déroule souvent à l'abri du regard des adultes, dans les coins de la cour, les couloirs, la cantine, les vestiaires, pendant les trajets ou sur internet. Il est essentiel de comprendre que les faits de harcèlement ne sont pas toujours fondés sur des violences spectaculaires.
Violences physiques
Les violences physiques se traduisent par l'usage de la force contre un enfant, de telle sorte qu'il soit blessé ou risque de l'être : frapper, mordre, brûler, empoisonner, étouffer, étrangler, secouer, bousculer, noyer, etc. Les violences commises contre les enfants n'ont pas besoin d'être habituelles ou répétées pour tomber sous le coup de la loi.
Violences sexuelles
Les violences sexuelles ne se limitent pas au viol, mais concernent tous les actes à connotation sexuelle imposés aux enfants. On parle d'agression sexuelle pour désigner toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. Le viol en fait partie et se caractérise par un acte de pénétration sexuelle (vaginale, anale ou buccale).
Les mutilations sexuelles, la prostitution de mineurs, la pédopornographie et la corruption de mineurs entrent également dans le champ des violences sexuelles.
Violences psychologiques
Plus méconnues et difficiles à déceler que les violences physiques, les violences psychologiques ne sont pourtant jamais anodines, a fortiori lorsque la victime est un enfant. Elles peuvent prendre la forme d'humiliations, de menaces, de critiques constantes, de dénigrement, d'isolement, etc.
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Négligences
Les négligences sont le fait, pour la personne responsable de l'enfant (parents, grands-parents, etc.), de le priver des éléments indispensables à son bon développement et à son bien-être : privations de nourriture, de sommeil, de soins, d'attention, etc. La négligence est ainsi une forme de maltraitance par omission, à savoir l'absence de mobilisation de l'adulte dont dépendent le présent et l'avenir de l'enfant.
Causes de l'agression infantile au collège
L'agression infantile au collège est un phénomène complexe qui résulte de plusieurs facteurs interdépendants.
Facteurs individuels
- Problèmes de comportement : certains enfants peuvent avoir des difficultés à contrôler leurs émotions et leurs impulsions, ce qui peut les conduire à adopter des comportements agressifs.
- Troubles mentaux : les troubles mentaux tels que le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH), le trouble oppositionnel avec provocation (TOP) et les troubles de la conduite peuvent augmenter le risque d'agression.
- Expériences traumatisantes : les enfants qui ont vécu des expériences traumatisantes telles que la violence familiale, l'abus sexuel ou la négligence peuvent être plus susceptibles de développer des comportements agressifs.
Facteurs familiaux
- Violence familiale : les enfants qui sont exposés à la violence familiale sont plus susceptibles de devenir eux-mêmes violents.
- Manque de supervision parentale : un manque de supervision parentale peut permettre aux enfants d'adopter des comportements agressifs sans être détectés ou corrigés.
- Pratiques parentales coercitives : les pratiques parentales coercitives telles que les punitions physiques et les cris peuvent augmenter le risque d'agression chez les enfants.
Facteurs scolaires
- Climat scolaire négatif : un climat scolaire négatif caractérisé par l'intimidation, le harcèlement et la discrimination peut favoriser l'agression.
- Manque de politiques et de procédures claires : un manque de politiques et de procédures claires pour prévenir et traiter l'agression peut rendre difficile la résolution des problèmes de comportement.
- Formation insuffisante du personnel : une formation insuffisante du personnel scolaire sur la prévention et la gestion de l'agression peut limiter leur capacité à intervenir efficacement.
Facteurs sociaux
- Normes sociales : les normes sociales qui tolèrent la violence et l'agression peuvent contribuer à la propagation de ces comportements.
- Influence des pairs : l'influence des pairs peut jouer un rôle important dans l'adoption de comportements agressifs.
- Exposition aux médias violents : l'exposition aux médias violents peut désensibiliser les enfants à la violence et les inciter à adopter des comportements agressifs.
Violences de genre en milieu scolaire (VGMS)
Les violences de genre en milieu scolaire (VGMS) sont définies comme des actes ou des menaces de violence sexuelle, physique ou psychologique au sein et autour des écoles, perpétrés à cause de normes et de stéréotypes de genre, et renforcés par des rapports de force inégaux. Ces violences peuvent être physiques (attouchements, viol, meurtre) et/ou psychologiques.
Les VGMS sont un problème social complexe qui résulte de problèmes qui dépassent les murs de l’école. Les auteurs de violences ne sont pas dénoncés car les violences basées sur le genre sont socialement tolérées, particulièrement si elles s’exercent sur les filles. Elles sont tolérées, entre autre, par manque de confiance envers les mécanismes de signalement et le système judiciaire, pour des aspects financiers, pour préserver l’« honneur familial », pour éviter les représailles, pour « protéger » la réputation de la victime, la réputation de l’école, ou encore pour protéger les enseignant·es.
Dans de nombreux pays, les filles sont considérées comme inférieures aux garçons. Leur légitimité à aller à l’école n’est pas reconnue ce qui augmente leur vulnérabilité et les inégalités auxquelles elles doivent faire face. Certains programmes et méthodes d’enseignement sont sexistes et perpétuent ainsi les stéréotypes existants. La pauvreté augmente la vulnérabilité des enfants, surtout des filles, à la pression et à la manipulation des adultes et des autres enfants.
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Conséquences de l'agression infantile au collège
L'agression infantile au collège a des conséquences graves et durables sur les victimes, les auteurs et les témoins.
Conséquences pour les victimes
- Problèmes de santé mentale : les victimes d'agression peuvent développer des problèmes de santé mentale tels que l'anxiété, la dépression, le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et les idées suicidaires.
- Problèmes de santé physique : les victimes d'agression peuvent souffrir de blessures physiques, de troubles du sommeil, de maux de tête et de problèmes gastro-intestinaux.
- Difficultés scolaires : les victimes d'agression peuvent avoir des difficultés à se concentrer en classe, à obtenir de bonnes notes et à terminer leurs études.
- Problèmes relationnels : les victimes d'agression peuvent avoir des difficultés à établir et à maintenir des relations saines avec les autres.
- Faible estime de soi : les victimes d'agression peuvent développer une faible estime de soi et un sentiment de honte et de culpabilité.
Conséquences pour les auteurs
- Problèmes de comportement : les auteurs d'agression peuvent développer des problèmes de comportement tels que l'agressivité, la délinquance et la consommation de substances.
- Difficultés scolaires : les auteurs d'agression peuvent avoir des difficultés à se concentrer en classe, à obtenir de bonnes notes et à terminer leurs études.
- Problèmes relationnels : les auteurs d'agression peuvent avoir des difficultés à établir et à maintenir des relations saines avec les autres.
- Problèmes juridiques : les auteurs d'agression peuvent être confrontés à des problèmes juridiques tels que des arrestations, des accusations criminelles et des peines de prison.
Conséquences pour les témoins
- Sentiment d'impuissance : les témoins d'agression peuvent ressentir un sentiment d'impuissance face à la situation.
- Culpabilité : les témoins d'agression peuvent se sentir coupables de ne pas avoir agi pour aider la victime.
- Anxiété et dépression : les témoins d'agression peuvent développer des troubles anxieux et dépressifs.
- Peur : les témoins d'agression peuvent avoir peur de devenir eux-mêmes victimes.
Prévention et lutte contre l'agression infantile au collège
La prévention et la lutte contre l'agression infantile au collège nécessitent une approche globale et coordonnée impliquant les élèves, les parents, le personnel scolaire, les professionnels de la santé mentale et les autorités publiques.
Mesures de prévention
- Programmes de prévention du harcèlement : mise en place de programmes de prévention du harcèlement tels que le programme PHARE, qui visent à sensibiliser les élèves aux différentes formes de harcèlement, à promouvoir des comportements positifs et à encourager les témoins à intervenir.
- Formation du personnel scolaire : formation du personnel scolaire à la prévention et à la gestion de l'agression, afin de leur donner les outils nécessaires pour détecter les signes précurseurs de violence, intervenir efficacement et orienter les élèves vers les ressources appropriées.
- Amélioration du climat scolaire : création d'un climat scolaire positif et inclusif, où les élèves se sentent en sécurité, respectés et valorisés.
- Soutien aux parents : offre de soutien et de conseils aux parents, afin de les aider à comprendre les causes et les conséquences de l'agression, à adopter des pratiques parentales positives et à communiquer efficacement avec leurs enfants.
- Sensibilisation aux violences de genre : mise en place de programmes de sensibilisation aux violences de genre, afin de déconstruire les stéréotypes et les normes sociales qui les perpétuent.
Mesures de lutte
- Politiques et procédures claires : mise en place de politiques et de procédures claires pour prévenir et traiter l'agression, afin de garantir une réponse rapide et efficace à tout incident.
- Signalement des incidents : encouragement des élèves, des parents et du personnel scolaire à signaler tout incident d'agression, afin de permettre une intervention rapide et appropriée.
- Soutien aux victimes : offre de soutien psychologique et émotionnel aux victimes d'agression, afin de les aider à surmonter leur traumatisme et à se rétablir.
- Sanctions pour les auteurs : application de sanctions appropriées aux auteurs d'agression, afin de les responsabiliser pour leurs actes et de dissuader d'autres élèves de commettre des actes similaires.
- Collaboration avec les partenaires extérieurs : collaboration avec les professionnels de la santé mentale, les services sociaux et les autorités policières, afin de garantir une prise en charge globale et coordonnée des situations d'agression.
Que faire en cas de harcèlement scolaire ?
- Victime : prévenir un adulte de l'établissement scolaire (chef d'établissement, professeur, surveillant), en parler à ses parents ou à un membre de sa famille, se rapprocher d'un élève ambassadeur de la lutte contre le harcèlement, contacter le 3018 (numéro national pour les victimes de harcèlement).
- Parent de victime : contacter la direction de l'établissement scolaire, contacter le 3018 (numéro national pour les victimes de harcèlement), ne pas tenter de gérer soi-même le problème en contactant l'auteur des faits.
- Témoin : prévenir un adulte de l'établissement scolaire, contacter le 3018 (numéro national pour les victimes de harcèlement).
Procédure à suivre par la direction de l'établissement scolaire
- Détection de la situation de harcèlement scolaire : échange sur la situation avec le coordonnateur harcèlement de l'établissement, entretien avec la victime, mise en place de mesures de protection (identification d'un adulte référent, renforcement de la vigilance, mobilisation de camarades proches), entretien avec les parents de la victime.
- Mise en place de la procédure harcèlement : signalement du harcèlement sur l'application Faits établissement, entretien avec les auteurs et les témoins de harcèlement, suivi de l'élève victime de harcèlement, suivi et sanction de l'auteur de harcèlement.
Possibilité de porter plainte
La victime peut porter plainte contre l'auteur du harcèlement, en se faisant accompagner par son représentant légal (parent, tuteur, administrateur ad hoc). La plainte peut être déposée dans un commissariat ou une gendarmerie, ou par courrier auprès du procureur de la République.
Sanctions
Les sanctions diffèrent selon que l'auteur du harcèlement est mineur de moins de 13 ans, mineur de plus de 13 ans ou majeur. Les mineurs de moins de 13 ans coupables de harcèlement scolaire ne peuvent pas aller en prison ou payer une amende.
Violences éducatives ordinaires
Les mots ou les gestes violents ne sont pas efficaces pour changer le comportement d’un enfant et ils peuvent entraîner des troubles. Quand un parent a des mots ou des gestes brutaux ou violents envers son enfant, on parle de violences éducatives ordinaires. « Educatives » car les adultes pensent qu'elles éduquent les enfants et « ordinaires » parce qu’elles sont très fréquentes et parfois considérées comme normales. C’est crier, injurier, se moquer, rabaisser, faire peur, menacer, culpabiliser son enfant. Certains mots peuvent faire très mal : « Tu es nul, tu es incapable », « tu n’es pas gentil » ou « je vais te laisser ici »…
La loi du 10 juillet 2019 interdit les violences éducatives ordinaires car la violence n'est pas considérée comme un mode d'éducation. Les violences ont un impact sur le développement de l’enfant et peuvent être responsables de nombreux troubles, comme l’anxiété, l’agressivité, la dépression qui peuvent perdurer sur le long terme.
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