L'accouchement à domicile (AAD) suscite de nombreux débats et interrogations. Bien que légal en France, il reste une pratique marginalisée et soumise à des préjugés. Cet article vise à explorer les risques et les avantages de l'accouchement à domicile, tout en examinant le cadre légal et les conditions de sa pratique en France.

Définition et contexte de l'AAD

L'accouchement accompagné à domicile (AAD) est un accouchement planifié avec une sage-femme, professionnelle de santé à compétences médicales. Il s'agit d'un accouchement physiologique et non médicalisé qui respecte le rythme de la mère et du bébé. L'accouchement se déroule sur le lieu d'habitation des parents et est encadré par une sage-femme qui assure la surveillance du bien-être maternel et fœtal et prend des mesures médicales en cas de besoin. La sage-femme accompagne la femme en lui apportant toute son attention, ses compétences en gestion non médicamenteuse du travail et de la douleur et n’intervient de façon technique qu’en cas de pathologie pour effectuer tous les gestes d’urgences qui s’avéreraient nécessaires en l’attente d’un transfert (dispositifs médicaux, médicaments, oxygène…).

En France, l'AAD est une pratique peu répandue. En 2018, l’APAAD (Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile) avançait 1 046 enfantements répertoriés, soit 0,23% des naissances de l’Hexagone. Dans la réalité, on évoque plutôt 2 000 cas à l’année, selon les chiffres non officiels.

Cadre légal de l'accouchement à domicile en France

En France, aucun texte de loi ne prohibe l’accouchement à domicile (AAD). Une femme peut accoucher chez elle par « accident », mais aussi par choix, en étant accompagnée par une sage-femme (« accouchement assisté à domicile ») ou non (« accouchement non assisté »).

Toutefois, la quasi-totalité des naissances surviennent en milieu hospitalier depuis les années 1950, en raison des progrès médicaux et des politiques publiques de périnatalité, destinées à réduire la mortalité infantile.

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L’AAD n’est pas encouragé par les autorités. La DGOS, garante de l’offre de soins en fonction des orientations de santé publique, considère que les accouchements à domicile « ne permettent pas, dans des conditions optimales, de répondre aux besoins de sécurité et de qualité des prises en charge qui doivent entourer la naissance, situation qui n’est jamais exempte de risques, ni pour la mère ni pour l’enfant ».

Avantages de l'accouchement à domicile

Les raisons de choisir un AAD sont multiples et valables. De nombreuses enquêtes internationales démontrent qu’en l’absence de facteurs de risques, accoucher chez soi n’est pas plus dangereux qu’accoucher à l’hôpital. Parmi les avantages souvent cités, on retrouve :

  • Un environnement familier et intime : Accoucher à domicile permet d’être chez soi, entouré des siens, et dans le confort familier de sa maison.
  • Un accompagnement personnalisé : L’accouchement à domicile permet justement d’établir un lien de confiance avec la sage-femme qui suit la maman durant la grossesse. La femme enceinte est accompagnée par le même professionnel de la naissance, tout au long de sa grossesse, de son accouchement, du suivi postnatal et des séances de rééducation du périnée.
  • Une expérience physiologique : Accoucher à domicile permet de vivre un accouchement physiologique et non médicalisé qui respecte le rythme de la mère et du bébé. La maman gère (dans la plupart des situations) son accouchement elle-même, selon ses ressentis.
  • Un sentiment de contrôle : Beaucoup de couples qui ont accueilli leur enfant chez eux vous diront qu’ils ont choisi l’AAD pour reprendre le contrôle de leur enfantement. Autrement dit, elle n’est plus actrice de son accouchement, mais devient spectatrice, surtout si le choix de la péridurale s’impose. Pour certaines mamans, c’est une volonté, et c’est respectable (pas de jugements). Pour ça, l’accouchement à domicile est une manière de redonner le pouvoir à la mère.
  • La présence de la famille : Si vous êtes déjà parent d’un ou plusieurs enfants, vouloir vivre cet évènement en famille peut être une bonne raison de vouloir accoucher à la maison. En effet, dans le cadre d’un accouchement classique, seul l’accompagnant est disposé à assister la mère. Les enfants doivent donc attendre la première visite ou le retour des parents. Ce contexte parfois austère peut provoquer de la frustration pour certains couples. L’AAD s’avère donc être une bonne alternative pour vivre avec sa tribu la venue d’un nouvel être au sein de la famille.
  • Un suivi postnatal personnalisé : Après un accouchement à la maison, vous ne perdez pas vos repères, car vous êtes chez vous, avec les vôtres, dans votre environnement. Vous vous sentez alors plus en confiance et libre d’agir comme votre instinct de mère vous le dicte. La sage-femme qui vous a accompagné reste également disponible à tout instant et vient vous rendre visite au rythme qui vous convient. Si vous avez une question, un doute ou un coup de mou, vous pouvez l’appeler, elle saura se rendre disponible, car cela fait partie de son accompagnement.

Risques et limites de l'accouchement à domicile

Si l’enfantement est un processus naturel et n’est donc pas une maladie, et dans 90% des cas devrait rester naturel si les interventions médicales ne viennent pas perturber le processus, il serait naïf de nier qu’il peut comporter une part de risque. Même si la grossesse se déroule parfaitement bien, personne n’est à l’abri d’une complication le jour de l’accouchement. Parmi les limites, il y a tout d’abord les moyens utilisés pour soulager la douleur (massages, homéopathie, sophrologie).

L’absence d’intimité, la surmédicalisation de l’accouchement… poussent certaines femmes à accoucher chez elles accompagnées d'une sage-femme ou d'un médecin. L'accouchement à domicile, encore peu choisi en France, pose de nombreuses questions : quel accompagnement ? Quelles motivations ?

En cas de difficulté, c’est surtout l’enfant qui risque de souffrir. Un travail prolongé le prive d’oxygène et à domicile, il n’y a pas de moyens de le ranimer. La maman, peut également souffrir en cas de travail très prolongé. Après l’accouchement, il y a aussi un risque d’hémorragie si le placenta ne se décolle pas ou partiellement.

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Il faut s’assurer que bébé se présente bien par la tête, que la grossesse soit unique et qu’aucune malformation ou pathologie n’ait été détectée sur le fœtus. La maman ne doit pas non plus accoucher avant 37 semaines. Mais surtout, il faut que votre chambre soit aménagée pour permettre l’accouchement dans de bonnes conditions. Veillez à créer un espace intime et sécurisé. Essayez également de prendre un bain. Cela peut aider le travail. Si vous n’avez pas de baignoire, vous pouvez aussi louer une piscine d’accouchement. Les sages-femmes se chargeront d’apporter tout le nécessaire indispensable.

En cas de complication per-partum, un transfert à l’hôpital est organisé dans les meilleurs délais. Du fait de cette possibilité, la distance entre le domicile de la famille et l’hôpital le plus proche doit être vérifiée, afin de s’assurer que le délai d’intervention reste compatible avec la gestion des urgences. Selon les régions la sage-femme restera auprès de la famille une fois le transfert effectué à l’hôpital ou devra cesser son accompagnement si l’accès aux salles de naissance lui est refusé.

Conditions pour un accouchement à domicile

Les femmes qui sont suivies en vue d’un AAD sont des femmes en bonne santé et dont la grossesse se passe normalement. Certaines conditions médicales contre-indiquent l’accouchement à la maison comme une naissance de jumeaux, un bébé qui se présente par le siège… Les sages-femmes étudient avec la famille la faisabilité du projet au cours de la grossesse qu’elles analysent au regard de l’histoire individuelle de chacune. Elles se basent notamment sur les critères HAS (Haute Autorité de Santé) pour le suivi et l’orientation des femmes enceintes (5) pour évaluer si la femme est bien à bas risque tout au long de la grossesse En l’absence de recommandations spécifiques aux naissances extra-hospitalières elles se réfèrent aux recommandations HAS pour l’accouchement normal (6) et à toutes recommandations utiles en fonction de la problématique qui se présenterait.

L’une des conditions pour pouvoir le pratiquer, c’est l’état pathologique de la femme. Si votre grossesse est « à risque » ou présente une quelconque complication du type diabète gestationnel ou hypertension, ce projet vous sera refusé, au même titre que si vous attendez des jumeaux. La position du bébé à l’approche de la naissance est également un critère à prendre en compte pour pouvoir donner naissance chez soi. Ces conditions ont été établies dans un seul but : protéger la mère et son enfant d’un potentiel risque.

Le rôle de la sage-femme lors d'un AAD

La sage-femme a pour rôle de mettre tout en œuvre pour que la fluidité de la naissance de votre bébé soit respectée. Elle assure aussi la sécurité médicale tout en pratiquant le moins de gestes techniques possible. Enfin, elle observe et laisse du temps.

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Les sages-femmes AAD évaluent soigneusement la situation physique et psychique des couples et révisent l’accompagnement lorsque cela devient nécessaire au cours de la grossesse. Les sages-femmes accompagnant les accouchements à domicile ne refusent pas le recours à la médecine et sont en capacité d’agir face à une situation à risque modéré. Ainsi en va-t-il de la surveillance du travail (monitoring) ou des soins d’urgence (matériel de réanimation).

Elles s’équipent de tous les médicaments et dispositifs médicaux leur permettant de surveiller le déroulement physiologique de la naissance et de ses suites immédiates. Elles surveilleront la bonne adaptation de l’enfant à la vie extra-utérine, l’apparition ou non d’un ictère et fera les tests de dépistage recommandés. Elle accompagnera la femme dans la mise en place de l’allaitement maternel si c’est son choix ou dans le sevrage.

Préparer son accouchement à domicile

Pour préparer l’arrivée de bébé, on vous conseille de créer une liste de naissance. Veillez à créer un espace intime et sécurisé. Essayez également de prendre un bain. Cela peut aider le travail. Si vous n’avez pas de baignoire, vous pouvez aussi louer une piscine d’accouchement. Les sages-femmes se chargeront d’apporter tout le nécessaire indispensable.

Lors de l’accompagnement, votre sage-femme vous préparera à reconnaître les premiers signes du travail. Une fois la marche enclenchée, vous la contacterez pour qu’elle vous rejoigne chez vous. Étant d’astreinte pour vous 24h sur 24 un mois avant la fin de la naissance présumée, vous serez rassurée de la voir disponible.

"Il faut que l’endroit où l’accouchement se déroule soit bien chauffé de 23 à 25 degrés au moins", conseille Claire Rayappa". Il faut également avoir un point d’eau, du coton hydrophile, des compresses stériles, des ciseaux pour couper le cordon, un produit désinfectant et cicatrisant et une bassine.

Accès à l'AAD en France

Comme vous l’aurez compris, l’AAD est peu répandu en France. Seulement 60 sages-femmes sont aujourd’hui répertoriées pour pratiquer ce type d’enfantement. Cela rend son accessibilité plus difficile qu’un accouchement traditionnel. Si votre volonté est ancrée et votre projet défini, vous pouvez vous rapprocher de l’annuaire de l’ordre des sages-femmes qui répertorie les sages-femmes libérales, et ce, dès le début de votre grossesse. Il vous faudra trouver parmi les 60 pratiquantes celle qui vous accompagnera. Attention, certains départements sont dépourvus en personnel qualifié. Enfin, en plus d’une sage-femme libérale, vous pouvez vous faire accompagner par une Doula. Cette accompagnatrice à la naissance est là pour vous soutenir physiquement et moralement dans votre projet de naissance et votre accouchement.

De fait, accoucher à domicile reste difficile. Les places sont chères."Pour avoir une chance d’accoucher à domicile, il faut tout de suite réserver sa place, et appeler la sage-femme immédiatement, dès qu’on a son test de grossesse positif", raconte Claire Rayappa."Nous sommes assaillies d'appels et nous refusons régulièrement des patientes. C’est un vrai problème car il y a une réelle demande". "Un AAD coûte entre 300 et 1500 euros en dépassement d'honoraire, informe la sage-femme. "Ensuite, cela dépend des sages-femmes.

Les obstacles à la pratique de l'AAD en France

Malgré l'existence de l'AAD en France, plusieurs obstacles entravent son développement :

  • L'absence de cadre réglementaire clair : Néanmoins, aucun cadre réglementaire, légal ou administratif n'y est associé. Une situation que regrette Claire Rayappa."L'AAD n’est pas du tout intégré dans l’offre de soin. Lorsqu'une femme tombe enceinte, il s'agit d'une option qui lui est très peu voire pas du tout présentée", exprime-t-elle.
  • Les difficultés d'assurance pour les sages-femmes : "parmi les trois assureurs français, aucun ne veut nous assurer, nous travaillons donc sans assurance, ce qui est illégal. "Accompagner les accouchements à domicile a un impact sur la vie personnelle des sages-femmes. Il faut se fédérer, travailler en réseau, avoir des appuis, pour que cela ne soit pas trop compliqué.

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