La question du diagnostic préimplantatoire (DPI) et de sa possible extension à la recherche d'aneuploïdies, notamment la trisomie 21, suscite de vifs débats éthiques en France, particulièrement dans le cadre de la révision des lois bioéthiques. Ce débat se concentre sur la balance délicate entre le progrès scientifique, le désir légitime des couples d'avoir un enfant en bonne santé et le risque de dérives eugéniques.
Le DPI : définition et enjeux
Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est une technique qui consiste à analyser génétiquement des embryons conçus in vitro avant de les implanter dans l'utérus de la mère. Cette procédure est actuellement autorisée en France dans des cas très spécifiques, notamment lorsque le couple a une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d'une maladie génétique grave et incurable. Le but est alors de sélectionner les embryons non porteurs de la maladie.
L'extension du DPI à la recherche d'aneuploïdies, comme la trisomie 21, impliquerait un dépistage systématique de ces anomalies sur les embryons avant leur implantation. Les embryons porteurs de ces anomalies ne seraient alors pas implantés.
Arguments pour et contre l'extension du DPI
Arguments en faveur
Certains députés, ainsi que des professionnels de la santé, plaident pour l'autorisation du DPI-A (DPI pour aneuploïdies). Le généticien Philippe Berta, par exemple, voudrait autoriser un décompte des chromosomes de l'embryon pour repérer des trisomies et éviter une "épreuve" aux femmes concernées. Ils mettent en avant les arguments suivants :
- Amélioration du taux de réussite des FIV : Le dépistage des aneuploïdies permettrait de sélectionner les embryons ayant le plus de chances de s'implanter et de se développer normalement, augmentant ainsi les chances de succès de la fécondation in vitro (FIV).
- Éviter des fausses couches : Les aneuploïdies sont une cause fréquente de fausses couches précoces. Le DPI permettrait d'éviter ces épreuves douloureuses pour les couples.
- Soulager la souffrance des parents : Pour les couples ayant déjà un enfant atteint d'une maladie génétique ou ayant des antécédents familiaux, le DPI peut être perçu comme un moyen de réduire le risque d'avoir un autre enfant atteint.
- Respect de l'autonomie des parents : Le DPI permettrait aux parents de faire un choix éclairé quant à l'implantation ou non d'un embryon porteur d'une anomalie chromosomique.
Arguments contre
D'autres voix s'élèvent contre l'extension du DPI, craignant des dérives eugéniques et une banalisation de la sélection embryonnaire. Bruno Retailleau a dénoncé une « démarche d’eugénisme », estimant qu’il s’agit ni plus ni moins de trier les embryons et d’éliminer les embryons qui n’ont pas un génome normal. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a également estimé qu'il fallait mieux supprimer cet article, car la certitude que ces techniques améliorent réellement le taux de réussite des FIV est loin d’être admise partout dans le monde. Les arguments principaux sont les suivants :
Lire aussi: Le parcours artistique d'Agnès Jaoui
- Risque d'eugénisme : Le DPI pourrait conduire à une société où l'on cherche à éliminer les personnes porteuses de handicaps ou de maladies génétiques, créant une discrimination envers ces personnes.
- Stigmatisation des personnes handicapées : Le DPI pourrait envoyer un message négatif aux personnes handicapées, leur faisant sentir qu'elles n'ont pas leur place dans la société.
- Droit à la vie des embryons : Certains considèrent que l'embryon est une personne dès sa conception et qu'il a droit à la vie, quel que soit son état de santé.
- Fiabilité limitée du DPI : Le DPI n'est pas fiable à 100 % et peut donner des résultats faussement positifs ou faussement négatifs.
- Coût élevé : Le DPI est une technique coûteuse qui pourrait être difficilement accessible à tous les couples.
Le DPI-HLA : le "bébé médicament"
Le DPI est utilisé dans une autre indication depuis 2004 : le DPI-HLA ou « bébé-médicament » a obtenu une dérogation à la loi, avant d’être autorisé en 2011. Ce procédé vise à sélectionner un embryon afin qu’il soigne la maladie de son aîné déjà né. Il faut qu’il soit à la fois indemne de la maladie (1ère sélection) et « compatible » (2ème sélection) avec son frère ou sa sœur pour permettre une greffe de sang de cordon ou de moelle osseuse.
Cette pratique suscite également de nombreuses questions éthiques, car elle instrumentalise l'enfant à naître, qui est conçu dans le but de soigner un autre enfant. Agnès Buzyn a donné un « avis de sagesse », estimant avoir « trop d'histoires personnelles (…) pour donner un avis dénué de sentiments ».« Ca pose le problème de faire naître un enfant pas pour lui-même, mais dans l'objectif de soigner son grand-frère ou sa grande-sœur », a objecté M. Retailleau.
La position des acteurs politiques et des institutions
Le débat sur le DPI a donné lieu à des prises de position diverses de la part des acteurs politiques et des institutions. Le Sénat, par exemple, a supprimé l’article 19 ter du projet de loi bioéthique qui autorisait, à titre expérimental, la recherche d’anomalies chromosomiques dans le cadre d’une PMA.
Agnès Buzyn a donné un avis de sagesse concernant le DPI-HLA. Elle a également estimé qu'il fallait mieux supprimer l'article autorisant la recherche d'anomalies chromosomiques dans le cadre d'une PMA, car la certitude que ces techniques améliorent réellement le taux de réussite des FIV est loin d’être admise partout dans le monde.
Lire aussi: L'ascension d'Agnès Chauveau dans les médias
Lire aussi: IVG et constitution : Agnès Canayer
tags: #agnes #bizyn #enfant #trisomique #histoire
