L'avortement est un sujet complexe et sensible, au cœur de débats éthiques et sociétaux profonds. En France, comme dans de nombreux pays européens, il est légal, mais son statut reste sujet à controverses. Cet article vise à examiner les taux d'avortement en France, leur évolution, les facteurs qui les influencent, et la question particulièrement délicate des bébés nés vivants après un échec d'avortement.

Évolution des taux d'avortement en France

En 2024, 251 270 avortements ont été recensés en France, selon la Drees. Ce chiffre révèle une tendance à la hausse du nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG). En 2022, 232 000 IVG ont été pratiquées, dont 216 000 en France hexagonale. Ce nombre a augmenté après deux années de stabilité (215 000 en 2020 et 216 000 en 2021).

Les IVG sont concentrées chez les femmes âgées de 20 à 34 ans, avec un taux de recours plus élevé entre 25 et 29 ans. Entre 2019 et 2022, le taux a augmenté pour les femmes de 25 à 49 ans, tandis qu'il a diminué pour les 15-19 ans. Cette augmentation du recours à l'IVG se situe principalement aux âges d'entrée dans la maternité et au-delà.

Plus des trois quarts des IVG sont réalisées par voie médicamenteuse. La diversification des lieux et des professionnels permet une plus grande souplesse dans la prise en charge, bien qu'elle ne soit pas uniforme sur tout le territoire, ni selon l'âge des femmes concernées. En 2022, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, une proportion en hausse depuis qu'elles ont été autorisées à pratiquer des IVG en ville en 2016.

Facteurs influençant les taux d'avortement

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'évolution des taux d'avortement en France.

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  • L'accès à la contraception: Bien que l'accès à la contraception soit facilité en France, avec la gratuité pour les femmes de moins de 25 ans depuis 2022, aucun moyen de contraception n'est efficace à 100 %. Les échecs de contraception sont une réalité, notamment avec la pilule et le préservatif, qui sont les contraceptifs les plus utilisés.

  • Les normes procréatives et familiales: Les normes sociales influencent les décisions des femmes en matière de procréation. Une étude de l'INSERM en 2024 a révélé que 12,6 % des femmes de 18 à 49 ans souhaitaient leur dernière grossesse plus tard (contre 9,3 % en 2016). Ce chiffre monte à 28,8 % chez les 18-29 ans (contre 16,5 % en 2016). Ces normes concernent également le nombre d'enfants souhaités, qui a diminué chez les femmes de moins de 30 ans.

  • Les difficultés socio-économiques: La dégradation du contexte socio-économique peut également influencer les taux d'avortement. En 2020, une analyse de la Drees a montré que les taux de recours à l'IVG étaient plus importants parmi les femmes aux niveaux de vie les plus faibles. Les incertitudes économiques, les risques climatiques et sanitaires peuvent inciter les femmes à reporter ou à renoncer à une grossesse.

  • Les pressions et le manque de soutien: Près de 29 % des femmes disent ressentir une pression pour avorter. Des témoignages révèlent également un manque de soutien de la part du partenaire ou de la famille. De plus, peu de médecins posent systématiquement la question des violences aux femmes réalisant une IVG.

  • L'allongement du délai légal de l'IVG: L'allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 peut également expliquer, dans une moindre mesure, l'augmentation des IVG. Cette mesure vise à éviter les départs à l'étranger pour les femmes dont la grossesse est hors délai.

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Le sort des bébés nés vivants après un échec d'avortement

La question des bébés nés vivants après un échec d'avortement est un sujet particulièrement sensible et controversé. Chaque année, dans les pays européens, des enfants naissent vivants lors d'avortements, en particulier lorsqu'ils sont pratiqués au-delà de la 20e semaine de grossesse.

Selon le British Journal of Obstetrics and Gynaecology, à 23 semaines de gestation, 10 % des enfants survivent à l'avortement. Ces enfants, qui peuvent être blessés par l'avortement, sont souvent abandonnés à la mort sans soins, agonisant ou tués par injection létale ou asphyxie.

Les statistiques officielles pour l'Angleterre et le pays de Galles indiquent qu'en 2005, 66 nouveau-nés ont survécu à leur avortement et ont agonisé pendant parfois plus de dix heures. Suite au scandale provoqué par la révélation de ces faits, la Grande-Bretagne a cessé de révéler ces statistiques.

Dans les seuls hôpitaux publics du Canada (hors Québec), 622 bébés sont nés vivants après une IVG entre 2000 et 2011. Rares sont les pays qui reconnaissent officiellement ces situations, mais elles se produisent partout. Nul ne sait le nombre de ces enfants ni le sort qui leur est réservé. Si certains sont probablement bien pris en charge pendant leur courte vie, il semble que d'autres ne bénéficient pas du même traitement.

Des témoignages et des faits divers révèlent des pratiques terrifiantes : bébés abandonnés dans une pièce vide ou un placard jusqu'à ce qu'ils soient morts, ou tués (souvent par asphyxie), ou encore envoyés avec les déchets hospitaliers malgré des signes de vie.

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Le Centre Européen pour le Droit et la Justice a remis une pétition à la Présidence de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe pour la condamnation des infanticides néonataux. Cette pétition vise à enquêter sur ces faits et à les exposer publiquement.

Quelle prise en charge pour ces enfants ?

La question de la prise en charge de ces enfants nés vivants après un avortement est cruciale. L'ECLJ espère que cette pétition fera sortir de l'ombre le drame de ces enfants qui ne bénéficient d'aucuns soins auxquels ils ont pourtant droit en vertu de leur droit à la vie et à l'intégrité physique.

Lorsqu'un enfant naît grand prématuré, tout est mis en œuvre pour le sauver. Si ce n'est pas possible, il reçoit des soins de confort et est entouré jusqu'à son décès. Il est donc essentiel que les enfants nés vivants après un échec d'avortement bénéficient des mêmes soins et de la même attention.

Constitutionnalisation de la liberté d'avorter et prévention

En mars 2024, l'inscription de la liberté d'avorter dans la Constitution a marqué une étape supplémentaire et symbolique vers l'institutionnalisation d'un acte qui met la vie humaine en jeu. Dans ce contexte, il est essentiel de se demander quelle place reste-t-il pour une politique de prévention.

Près de 50 ans après sa dépénalisation, l'avortement reste au cœur de débats profonds. Passé du statut d'« exception » à celui de pratique normalisée, il continue pourtant de laisser dans son sillage des blessures intimes et des interrogations collectives.

Selon le baromètre IFOP de janvier 2025, 88 % des Français - et 91 % des Françaises - estiment qu'un avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre, tandis que 65 % jugent que la société devrait davantage aider les femmes à éviter d'y recourir.

Il est donc urgent de mettre en place une véritable politique de prévention de l'avortement, soutenue par les Français. Cette politique devrait viser à informer et à accompagner les femmes confrontées à une grossesse non désirée, en leur offrant un soutien psychologique, social et économique.

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