La grossesse est une période de changements physiologiques et hormonaux importants, qui peuvent parfois s'accompagner de désagréments tels que l'insomnie, les nausées et l'hypersalivation. Cet article explore l'utilisation de la doxylamine pendant la grossesse, ainsi que d'autres options thérapeutiques et conseils pour gérer ces symptômes.
Doxylamine : un hypnotique antihistaminique
La doxylamine est un médicament hypnotique qui contient un antihistaminique ayant un effet sédatif. Il est utilisé dans le traitement de l'insomnie occasionnelle. La doxylamine possède également des propriétés atropiniques, ce qui explique certaines contre-indications et certains effets indésirables.
Présentations et composition
La doxylamine est disponible en comprimés sécables de 15 mg. Chaque comprimé contient du succinate de doxylamine (15 mg) et du lactose.
Contre-indications
La doxylamine est contre-indiquée dans les cas suivants:
- Antécédents personnels ou familiaux de glaucome à angle fermé
- Risque de rétention urinaire (adénome de la prostate…)
- Enfants de moins de 15 ans
Précautions d'emploi
Certaines insomnies peuvent traduire une dépression masquée et justifier un traitement spécifique. Comme tout traitement hypnotique ou sédatif, la doxylamine est susceptible d'aggraver les symptômes d'une apnée du sommeil. Bien que le risque d'accoutumance et de dépendance soit faible, des cas d'addiction ont été rapportés. Il est donc conseillé de ne pas prendre ce médicament plus de 5 jours sans avis médical. La doxylamine expose à un risque de chute nocturne chez la personne âgée ayant l'habitude de se lever la nuit. Des précautions sont nécessaires en cas d'insuffisance rénale ou d'insuffisance hépatique. Il est déconseillé de consommer des boissons alcoolisées pendant le traitement, car cela augmente le risque de somnolence.
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La doxylamine est un somnifère, il est donc contre-indiqué de conduire ou d'utiliser une machine dangereuse dans les heures qui suivent sa prise. La durée de l'effet sédatif, ainsi que son intensité, est très variable d'une personne à l'autre. Il est important de vérifier, après les premières prises, que la persistance éventuelle d'une somnolence au réveil est compatible avec la poursuite des activités habituelles.
Interactions médicamenteuses
La doxylamine peut interagir avec l'oxybate de sodium (médicament utilisé dans le traitement de la narcolepsie). Il est important d'informer votre médecin ou votre pharmacien si vous prenez un autre médicament ayant des effets atropiniques ou sédatifs (tranquillisants, somnifères, certains médicaments contre la toux ou contre la douleur contenant des opiacés, antidépresseurs, neuroleptiques…).
Grossesse et allaitement
La doxylamine peut être utilisée pendant la grossesse après avis médical. En cas de prise en fin de grossesse, une surveillance du nouveau-né peut être nécessaire. Les données disponibles ne permettent pas de savoir si ce médicament passe dans le lait maternel : il est déconseillé pendant l'allaitement.
Mode d'emploi et posologie
La doxylamine doit être prise 15 à 30 minutes avant le coucher. La posologie usuelle pour adulte est de 1/2 à 1 comprimé par jour. La posologie peut être portée à 2 comprimés par jour selon la sensibilité individuelle. Il est recommandé d'utiliser la posologie la plus faible chez la personne âgée, l'insuffisant rénal ou l'insuffisant hépatique. La durée du traitement est de 2 à 5 jours. Si l'insomnie persiste après 5 jours, il faut prendre un avis médical.
Doxylamine et grossesse : ce que disent les experts
Le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) indique que la doxylamine (Donormyl®) est un antihistaminique H1 très bien évalué en cours de grossesse et peut être utilisé si possible. En France, la doxylamine n'a pas l'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) dans cette indication, mais au Canada, c'est l'antiémétique de référence chez la femme enceinte.
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Nausées et vomissements de grossesse : la doxylamine comme solution ?
La doxylamine, en association avec le chlorhydrate de pyridoxine (vitamine B6), est parfois utilisée pour traiter les nausées et les vomissements de grossesse. Cette association est disponible sous le nom de Cariban®.
Cariban® : composition et indications
Cariban® contient du succinate de doxylamine et du chlorhydrate de pyridoxine. Il est indiqué dans le traitement symptomatique des nausées et des vomissements de la grossesse.
Posologie de Cariban®
Si les nausées se produisent le matin, prendre 2 gélules au coucher (Jour 1). Si cette dose suffit à contrôler les symptômes le lendemain, continuer à prendre 2 gélules par jour au coucher. Cependant, si les symptômes persistent dans l'après-midi du jour 2, la patiente doit continuer la dose habituelle de deux gélules au coucher le jour 2 et au Jour 3 prendre trois gélules (une gélule le matin et deux gélules au coucher).
Précautions d'emploi de Cariban®
Cariban® peut provoquer une somnolence en raison des propriétés anticholinergiques du succinate de doxylamine. Il n'est pas recommandé si la patiente utilise simultanément des dépresseurs du système nerveux central (SNC), y compris de l'alcool. Le risque d'abus et de dépendance à la doxylamine est faible.
Grossesse et allaitement avec Cariban®
Cariban® est destiné à être utilisé chez les femmes enceintes. En raison des propriétés anticholinergiques et sédatives du succinate de doxylamine, en cas de traitement de la mère jusqu'à l'accouchement, des précautions doivent être prises avec le nouveau-né. Les données physico-chimiques suggèrent que le succinate de doxylamine passe dans le lait maternel humain. Les nouveau-nés pouvant être plus sensibles aux effets des antihistaminiques et aux réactions paradoxales d'irritabilité et d'excitation, un risque pour le nourrisson ne peut être exclu.
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Effets indésirables de Cariban®
Les effets indésirables les plus fréquents de Cariban® sont la somnolence et la vision floue, en particulier pendant les premiers jours de traitement.
Alternatives à la doxylamine pour les nausées et vomissements de grossesse
Si la doxylamine n'est pas appropriée ou efficace, d'autres options peuvent être envisagées pour traiter les nausées et les vomissements de grossesse :
- Métoclopramide : Aucun risque de malformation ni de foetotoxicité n'a été mis en évidence chez la femme enceinte selon un important nombre de données scientifiques. Le métoclopramide peut être utilisé au cours de la grossesse si nécessaire. Par mesure de précaution, le métoclopramide doit être évité en fin de grossesse en raison du risque de syndrome extrapyramidal chez le nouveau-né.
- Méclozine : Au vu des données scientifiques disponibles, l'utilisation de la méclozine est possible au cours de la grossesse quel que soit le terme.
- Diphénhydramine : Aucun risque de malformation ni de foetotoxicité n'a été mis en évidence chez la femme enceinte ayant pris ce médicament au cours du 1er trimestre de grossesse. De rares effets digestifs et neurologiques ont été observés chez les nouveaux-nés issus de mères traitées au cours du 2ème et 3ème trimestre.
- Autres médicaments à éviter : Dompéridone (Motilium®), Métopimazine (Vogalène), Corticoïdes et Ondansétron (Zophren®) ne sont pas recommandés en raison du manque de données fiables sur leur efficacité et leur sécurité pendant la grossesse.
Hypersalivation pendant la grossesse : causes et solutions
L'hypersalivation, ou ptyalisme, est un autre désagrément qui peut survenir pendant la grossesse. Elle se manifeste par une production excessive de salive par les glandes salivaires, pouvant atteindre jusqu'à 2 litres par jour. L'hypersalivation débute généralement durant le premier trimestre de la grossesse et a tendance à se calmer la nuit. Dans la plupart des cas, elle cesse d'elle-même durant le quatrième ou cinquième mois de la grossesse, mais certaines femmes peuvent la connaître jusqu'à l'accouchement.
Causes de l'hypersalivation
Les causes exactes de l'hypersalivation pendant la grossesse sont encore méconnues. Certaines théories suggèrent qu'elle pourrait être due à l'irritation du nerf stimulant les glandes salivaires, ou à un phénomène naturel visant à protéger la gorge et la bouche contre l'acidité des vomissements.
Complications de l'hypersalivation
Outre son côté désagréable, l'hypersalivation peut amplifier la fréquence des nausées et des vomissements, entraîner une irritation cutanée autour de la bouche ou une déshydratation.
Solutions pour gérer l'hypersalivation
- Mesures générales :
- Ayez toujours quelque chose pour cracher à portée de main.
- Brossez-vous les dents très régulièrement.
- Réduisez votre consommation de féculents (riz, pâtes), mais demandez l'avis de votre médecin avant.
- Mâchez des chewing-gums ou sucez des bonbons sans sucre.
- Restez sereine et pratiquez des activités relaxantes pour évacuer votre stress.
- Tamponnez doucement votre peau avec un tissu doux et propre pour limiter les risques d'irritation cutanée.
- Buvez suffisamment pour éviter la déshydratation, mais toujours par petites gorgées.
- Médecines alternatives :
- Acupuncture : quelques séances peuvent venir à bout du problème.
- Homéopathie et ostéopathie : peuvent apporter un vrai soulagement dans certains cas.
- Alimentation :
- Préférez un repas chaud, car la consommation d'aliments froids peut favoriser la production excessive de salives.
- Privilégiez les aliments cuits et évitez la consommation excessive des aliments riches en laitages.
- Évitez de boire de l'eau glacée en début de repas.
- Mangez correctement pour que vous puissiez vous sentir bien et évacuer votre stress. Préférez les nourritures possédant une forte teneur d'acides gras essentiels oméga-3 et de minéraux sans oublier les vitamines. Légumes, noix, graines, viandes maigre et fruits sont autant d'aliments à consommer pendant la grossesse.
Autres médicaments et grossesse : précautions à prendre
Il est essentiel de toujours vérifier auprès de votre médecin ou votre pharmacien que les médicaments que vous prenez sont compatibles avec votre état de grossesse. Voici quelques exemples de médicaments classés par familles qui ne doivent pas être utilisés pendant tout ou partie de la grossesse :
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et aspirine à forte dose : Formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse.
- Paracétamol : L'antalgique généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse.
- Codéine : Ne doit être prise qu'après avis médical en raison du risque d'insuffisance respiratoire chez le nouveau-né.
- Dérivés de l'ergot de seigle : Contre-indiqués pendant la grossesse en cas de crise de migraine.
- Médicaments contre le rhume contenant un AINS : Formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse.
- Traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants : Déconseillés pendant toute la grossesse.
- Antihistaminiques sédatifs : Déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu'en cas de nécessité absolue.
- Antihistaminiques non sédatifs : N'ont pas montré d'effet malformatif ou toxique chez l'animal et les études publiées chez la femme enceinte sont rassurantes.
- Antibiotiques de la famille des quinolones : Habituellement contre-indiqués ou déconseillés.
- Vaccin contre la rubéole : Contre-indiqué.
- Vaccin contre la fièvre jaune : Non recommandé.
- Isotrétinoïne et acitrétine : Responsables de graves malformations chez l'enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. Une contraception rigoureuse est indispensable.
- Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et antagonistes de l'angiotensine II : Formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse. Déconseillés pendant le premier trimestre de la grossesse.
- Bêtabloquants : Peuvent être prescrits pendant la grossesse si besoin. Une surveillance du nouveau-né est nécessaire en cas de traitement précédant l'accouchement.
- Anticoagulants oraux (antivitamines K) : Habituellement contre-indiqués chez la femme enceinte.
- Somnifères (benzodiazépines) : Ne doivent pas être utilisés sans avis médical pendant la grossesse. La prise répétée en fin de grossesse peut être responsable d'effets indésirables chez le nouveau-né.
- Antidépresseurs ISRS : Des études suggèrent un possible risque de malformation cardiaque et de troubles autistiques.
- Acide valproïque et autres antiépileptiques : Peuvent entraîner des malformations. Une réévaluation du traitement antiépileptique en cours peut être nécessaire en cas de désir de grossesse.
- Lithium : Augmente le risque de malformations cardiaques. Son utilisation est fortement déconseillée.
- Exémestane : Ne doit pas être administré chez la femme en pré-ménopause. Le médecin discutera de la nécessité de mettre en place une contraception adaptée avec les patientes susceptibles d'être enceintes.
