L'article explore les liens complexes entre les représentations du sang, en particulier le sang menstruel, et les mythes entourant Adam et Ève, ainsi que leur influence sur la perception de la femme dans la culture occidentale. Il examine comment ces mythes ont contribué à construire une vision de la femme comme étant inférieure à l'homme, en analysant les discours médicaux, religieux et sociaux qui ont véhiculé ces idées à travers l'histoire.

Le sang : un marqueur de genre et de hiérarchie

Le sang occupe une place centrale dans les représentations de l'homme et de la femme, du sexe et de l'amour. Cependant, de nombreux discours répugnent à relier la femme au « bon sang », lui attribuant un tempérament qui ne peut être sanguin ou un sang inférieur, plus froid et humide. Ces idées, communément admises chez les auctoritates telles qu'Aristote, Hippocrate, Galien et Avicenne, assignent à la femme un tempérament « plus froid » que celui de l'homme.

Dans le Libro de proprietatibus rerum, le sang est la pierre de touche d'une description contrastive des sexes. Les femelles sont froides et humides, tandis que les mâles, pourvus de « plus de sang », jouissent de plus de chaleur, de vigueur et d'« esprit ». Les textes de Diego de Simancas et de Juan Huarte de San Juan révèlent des conceptions analogues, attribuant aux femmes un tempérament plus froid et humide qui les rend plus sensibles aux suggestions démoniaques et moins capables de sagesse.

La femme et le sang menstruel : impureté et monstruosité

Les ethnologues et anthropologues soulignent la place fondamentale qu'occupe le sang des règles parmi les tabous primitifs. Impur, il oblige les femmes qui menstruent à s'isoler, leur interdisant de toucher les objets d'usage commun et parfois même leurs propres aliments, qu'elles pourraient contaminer. Placées au centre d'une véritable mythologie, les règles font l'objet, dans l'Espagne ancienne, de représentations extrêmement péjoratives dominées par les sentiments de crainte et de dégoût.

La manière de nommer le sang menstruel est hautement significative. Le Libro de proprietatibus rerum écrit, à plusieurs reprises, sangre mostruosa pour mestruosa, fusionnant les deux étymons (menstrue et monstre). C'est que, pour les mentalités anciennes, le sang menstruel a quelque chose de monstrueux. L'ancien savoir médical attribuait aux femmes réglées le pouvoir de ternir le miroir dans lequel elles se contemplaient.

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Adam et Ève : un mythe fondateur de l'infériorité féminine ?

Le mythe d'Adam et Ève, tel qu'il est interprété dans la tradition judéo-chrétienne, a souvent été utilisé pour justifier l'infériorité de la femme. Dieu a accordé la sagesse à tous les deux, mais il est communément admis qu'Ève en reçut moins qu'Adam. Ève est souvent présentée comme une pécheresse, responsable de la chute de l'humanité, tandis qu'Adam apparaît comme un faible, incapable de résister à sa tentation.

Cependant, une analyse plus approfondie du texte biblique révèle une interprétation différente. La femme semble échapper au contrôle de Yahvé Dieu en se montrant sous une figure inattendue par son audace, son courage voire l'assomption de sa responsabilité. Elle ose braver l'interdit de Yahvé Dieu et s'élève à son niveau comme pour lui faire face. L'homme, quant à lui, apparaît comme inexistant, laissant les événements se dérouler en dehors de lui.

Lilith et Sekhmet : des figures féminines alternatives

Face à la vision traditionnelle d'Ève, d'autres figures féminines émergent, offrant des perspectives alternatives sur la féminité et la sexualité. Lilith, la première femme d'Adam, refuse de se soumettre à son autorité et s'envole loin de lui, donnant naissance à des hordes de démons. Elle incarne l'énergie féminine libre, sexuelle et sauvage, les désirs des femmes qui sont individualistes et qui ne s'encombrent pas des exigences culturelles et familiales.

Sekhmet, la déesse-solaire Égyptienne à tête de lion, représente le pouvoir féminin dans toute sa splendeur. Sa soif de sang évoque le fort désir instinctif d'éprouver la blessure interne, de voir le sang menstruel et de faire la transition avec l'expérience menstruelle, où la soif pour la connaissance de soi donne un espoir d'une satisfaction.

Menstruations et bioéthique moderne

Les textes juifs de l'Antiquité, en particulier le traité talmudique de Nidda, discutent des questions de pureté relatives à la menstruation et au flux du sang pendant et après la grossesse afin de construire un système de normes pour réglementer la vie sexuelle. Ces mêmes textes ont été récemment utilisés pour se référer à l'histoire critique de la médecine et aux problèmes de la bioéthique moderne, tels que l'IVG, la recherche sur les cellules de souches et le clonage.

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La théorie aristotélicienne de la procréation distinguait dans l'évolution de l'être humain plusieurs degrés d'animation. D'un point de vue ontogénétique, le fœtus était doté de plusieurs âmes de nature différente. Ce calcul n'était pas sans se refléter dans les discussions entre les rabbins, comme l'atteste une conversation entre l'empereur Antoninus et Yehuda ha-Nasi.

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