L'accouchement, bien que souvent perçu comme un moment de joie et d'accomplissement, peut parfois se transformer en une expérience difficile, voire traumatisante, tant sur le plan physique que psychologique. Comprendre les causes et les conséquences potentielles d'un accouchement difficile est essentiel pour une meilleure préparation, une prise en charge adéquate et un soutien approprié aux nouvelles mères et à leurs partenaires.

L'Hémorragie de la Délivrance : Une Complication Majeure

L’hémorragie de la délivrance est une complication majeure de l’accouchement, qui peut donner lieu à des saignements importants. C'est la potentielle complication d’un accouchement la plus crainte par les soignants et, évidemment, par les futurs parents. Normalement, un quart d’heure à une demi-heure maximum après la sortie du bébé, le placenta se détache de la paroi utérine, puis migre vers l’extérieur. Cette étape s’accompagne de saignements modérés, vite stoppés par le travail de l’utérus qui resserre les vaisseaux utéroplacentaires. L’hémorragie de la délivrance peut ainsi survenir avant ou après la sortie du placenta et concerne environ 5 à 10 % des accouchées.

Causes de l'Hémorragie de la Délivrance

Chez certaines futures mamans, le placenta est inséré trop bas vers le col de l’utérus ou adhère de façon anormale à celui-ci. Plus fréquemment, le souci provient de l’utérus qui n’assure pas correctement son travail musculaire. On appelle cela l’atonie utérine. Quand tout se déroule normalement, les saignements venant des vaisseaux du placenta après la délivrance sont stoppés par la contraction de l’utérus qui permet leur compression. Si l’utérus reste mou, les saignements persistent. Certaines situations peuvent favoriser cette complication, en particulier, celles où l’utérus a été trop distendu. De même, sont plus à risque les futures mamans qui ont accouché plusieurs fois ou ont déjà subi une hémorragie de la délivrance lors de grossesses précédentes.

Traitement et Prévention

Plusieurs solutions existent afin de traiter une hémorragie de la délivrance. En premier lieu, si le placenta n’est pas expulsé, le ou la gynécologue va réaliser une manœuvre obstétricale appelée « délivrance artificielle ». Si des débris de placenta sont restés à l’intérieur de l’utérus, le ou la médecin va les enlever directement en effectuent une « révision utérine ». Pour permettre à l’utérus de retrouver sa tonicité, un massage doux et continu peut être efficace. Une vigilance accrue au moment de la délivrance s’impose chez les mamans à risque, et pour prévenir toute complication, le ou la gynécologue ou le ou la sage-femme effectue une « délivrance dirigée ». Il s’agit d’injecter de l’ocytocine (substance qui contracte l’utérus) en intraveineux, très précisément au moment où l’épaule antérieure du bébé se dégage.

Accouchement Dystocique : Quand la Naissance Devient Laborieuse

Contractions violentes, mauvaise dilatation du col, mauvaise position du foetus… dans le milieu médical, on qualifie une naissance laborieuse d'accouchement dystocique. Entre la douleur des contractions, la perte des eaux et la peur, l’accouchement est rarement une partie de plaisir pour les femmes. De nos jours avec la médecine moderne, la plupart des accouchements se déroulent sans encombre, mais pour certaines mamans cela reste un moment éprouvant. Un accouchement dystocique est à l’opposé d’un accouchement eutocique. Il s’agit d’une naissance qui s'avère laborieuse pour différentes raisons. D'origine grecque, le mot "dystokos " signifie la difficulté avec "dys" et l'accouchement avec "tokos".

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Les Deux Formes de Dystocie

Il existe deux grands types de dystocies.

  • La dystocie dynamique : Elle est causée par un dysfonctionnement du moteur utérin ou par la dilatation du col. Elle peut se caractériser par différentes formes :

    • Quand les contractions sont trop violentes ou au contraire trop faibles, elles peuvent empêcher la bonne dilatation du col et donc bloquer la sortie du bébé.
    • Lorsque le travail utérin est insuffisant, car les contractions utérines ne sont pas assez puissantes pour permettre l’expulsion d’un nouveau-né.
    • Le col utérin présente des difficultés à expulser le foetus.
  • La dystocie mécanique : L’accouchement est mis en difficulté par un obstacle d’origine foetale comme la taille ou la position du bébé dans le ventre de sa mère. Ce blocage peut aussi avoir une autre origine comme une tumeur, un kyste ou un placenta praevia (localisation anormale du placenta qui peut engendrer des saignements lors du troisième trimestre de grossesse). Comme pour la dynamique, la dystocie mécanique peut être causée par différents facteurs :

    • La dystocie mécanique d’origine foetale : l’accouchement est troublé par la position, le poids important ou la taille du foetus.
    • La dystocie mécanique des tissus mous : cette difficulté est engendrée par un placenta praevia qui recouvre le col de l’utérus, des kystes ovariens ou des problèmes utérins.
    • La dystocie osseuse : la maman montre une ou des anomalies au niveau de son bassin (taille, forme, inclinaison). Ces malformations compliquent le passage du foetus dans les différents détroits du bassin.
    • La dystocie des épaules : la tête du bébé est expulsée de l’utérus de sa mère, mais ses épaules ont du mal à glisser dans le bassin.
    • La dystocie d’engagement : le foetus a de la difficulté à s’engager dans le bassin, malgré la bonne dilatation cervicale.

Gestion de l'Accouchement Dystocique

En cas d’un accouchement compliqué, les césariennes ne sont pas toujours nécessaires. Elles dépendent du type et du degré de dystocie. Grâce à l’avancée des échographies, certains accouchements laborieux peuvent être évités avec une césarienne programmée en avance. Pour faciliter une naissance, l’utilisation de forceps et de ventouses peut être requise. Par exemple, si le bébé ne sort pas sa tête hors du bassin de sa mère, les médecins devront se servir de la ventouse pour l'aider à sortir.

Traumatisme de la Naissance : Une Réalité Souvent Ignorée

Bien qu’une femme sur trois décrive l’accouchement comme un traumatisme, les médecins définissent généralement les problèmes liés à l’accouchement par des blessures physiques plutôt que psychologiques.

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Qu'est-ce que le Traumatisme de la Naissance ?

L’American Psychological Association définit le traumatisme comme une expérience perturbante qui entraîne une peur significative, un sentiment d’impuissance ou d’autres sentiments perturbateurs suffisamment intenses pour avoir des effets négatifs durables sur le fonctionnement. Les événements traumatisants remettent en question la vision du monde comme un endroit juste, sûr et prévisible. La naissance, dans certaines circonstances extrêmement pénibles, peut être traumatisante. En ce qui concerne l’accouchement, le traumatisme englobe les expériences qui peuvent se produire à n’importe quelle phase de la procréation, y compris les périodes pré et postnatales, lorsque les individus interagissent avec les services d’obstétrique et de procréation.

Pourquoi le Traumatisme de la Naissance est-il Unique ?

Bien que le traumatisme de la naissance corresponde à la définition d’un événement traumatique, il est unique et complexe pour les raisons suivantes :

  • La société perçoit la naissance comme un événement positif : Même si environ une femme sur trois vit l’accouchement comme un événement traumatisant, le seul message que les femmes reçoivent est que le jour où elles accouchent sera le meilleur jour de leur vie. Les femmes sont rarement informées des risques et des vulnérabilités liés aux traumatismes potentiels. Les facteurs de risque associés au traumatisme de la naissance comprennent des facteurs préexistants dans les antécédents d’une personne (par exemple, antécédents psychiatriques et traumatiques), des facteurs obstétriques (par exemple, complications et interventions obstétriques, douleur et complications infantiles) et des expériences subjectives liées à l’accouchement (par exemple, perception d’un manque de soins, de soutien et de contrôle, peur et mauvaise communication). En raison d’un manque d’information sur les traumatismes liés à la naissance et de l’idée que la naissance ne peut être qu’un événement positif de la vie, les gens pensent souvent à tort que la naissance ne peut pas être traumatisante. Cela diffère d’autres types d’événements traumatiques pour lesquels la société n’a pas d’associations positives avec l’événement. C’est pourquoi les nouveaux parents peuvent avoir l’impression d’un décalage entre leurs attentes et la réalité. La détresse après la naissance est souvent associée à la perte de l’expérience attendue ou souhaitée.
  • Plusieurs personnes impliquées : L’accouchement implique généralement plusieurs personnes : la personne qui accouche, son partenaire, le bébé et le personnel médical. Le nombre de personnes impliquées dans l’accouchement ajoute un niveau de complexité à l’événement. Étant donné que les prestataires de soins médicaux ont des rôles très différents de ceux des parents dans l’expérience de l’accouchement, ils peuvent également avoir une perspective différente sur la naissance. En effet, pour le personnel médical, la naissance d’un nouveau-né vivant et en bonne santé est souvent considérée comme l’indicateur clair d’un accouchement réussi. Les traumatismes de la naissance sont réservés aux blessures physiques observables subies par la mère et l’enfant. Par conséquent, de nombreuses mères pensent que le traumatisme psychologique qu’elles ont subi à la naissance est « passé sous silence » par les professionnels de la santé qui considèrent leur accouchement comme une opération de routine. L’absence de reconnaissance du traumatisme par les professionnels mêmes qui étaient présents lors de l’événement peut ajouter à la confusion qui règne lorsqu’il s’agit de donner un sens à l’expérience. Il est également important de reconnaître que les définitions contemporaines du traumatisme indiquent que l’exposition à un événement peut également être traumatisante. Ainsi, les pères et les partenaires peuvent vivre le traumatisme de l’accouchement sans accoucher eux-mêmes. Ainsi, les deux partenaires peuvent rentrer de l’hôpital traumatisés. La recherche a démontré que la relation de couple est soumise à des tensions qui vont au-delà de ce que l’on observe généralement lors de la transition vers la parentalité à la suite d’un traumatisme lié à l’accouchement. La relation parent-nourrisson peut également être perturbée par des difficultés d’allaitement et d’attachement. À long terme, cela peut également avoir un impact sur la prise de décision d’un couple concernant la planification familiale future.
  • Rappel de l’événement déclencheur : Il y a un contact permanent inévitable avec des rappels de l’événement déclencheur. Une réaction caractéristique à l’expérience d’un événement traumatisant est la tentative d’éviter les rappels qui éveillent des souvenirs, des pensées ou des sentiments pénibles associés à l’événement traumatisant. Après une naissance traumatisante, un parent est en contact quotidien avec son bébé, qui lui rappelle constamment le traumatisme récent. Contrairement à d’autres traumatismes, il est plus facile d’éviter les déclencheurs. Cette situation risque d’exacerber les symptômes et de nuire à l’établissement de liens entre les parents et l’enfant si elle n’est pas comprise ou traitée.

Solutions et Soutien

Si vous êtes un nouveau parent et qu’une partie de votre histoire reproductive vous a laissé un sentiment de détresse, sachez que vous n’êtes pas seul. Jusqu’à une mère sur cinq et un père sur dix éprouvent des problèmes de santé mentale pendant la grossesse et le post-partum. Ces problèmes peuvent être traités et, avec de l’aide, vous pouvez vous sentir bien.

  • Trouver un thérapeute : Spécialement formé au soutien de la santé mentale et des traumatismes des nouveaux parents. Il existe des thérapies telles que l’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) ou la thérapie d’exposition qui se sont révélées efficaces dans le traitement des symptômes de traumatisme.
  • Assister aux visites de suivi post-partum : Comme il est courant d’éviter les rappels de l’événement traumatique, les parents évitent souvent de retourner à l’hôpital ou de consulter leur médecin. Cela peut conduire à des visites de bien-être post-partum manquées. Cependant, il est important pour le bien-être général des nouveaux parents de recevoir des soins, en particulier si l’accouchement traumatique a entraîné des complications physiques. Pour se sentir plus à l’aise, il est conseillé d’amener une personne de confiance à la visite ou de demander à voir un autre prestataire.
  • Demander un compte rendu d’accouchement : Bien que les comptes rendus d’accouchement ne soient pas monnaie courante, il est possible d’en demander un pour mieux comprendre le travail et l’accouchement. Cela peut être particulièrement utile si la personne qui a accouché a été placée sous anesthésie générale ou si son partenaire n’a pas pu assister à une partie ou à la totalité de l’accouchement.
  • Remettre en question les pensées dichotomiques : Qui ne permettent pas d’appréhender pleinement l’expérience de la naissance. Le message couramment transmis aux parents est qu’un nouveau-né vivant et en bonne santé est l’indicateur clair (et unique) d’un accouchement réussi. La perception qu’ont les parents d’un accouchement traumatisant et leurs besoins psychologiques sont relégués à l’arrière-plan. Il faut laisser de la place à tous les aspects de l’expérience de la naissance. On peut se réjouir qu’un bébé soit en bonne santé et être affligé par la perte de l’accouchement attendu ou désiré.

Les Conséquences Psychologiques à Long Terme

Peu importe la culture, l’expérience de la naissance est considérée comme psychologiquement capitale dans la vie d’une femme. Les femmes évoquent aisément leur sentiment de satisfaction en traversant la grossesse, les défis de la naissance, le fait d’avoir grandi personnellement et atteint un sentiment de maîtrise. Mais suite à une expérience plutôt négative ou douloureuse, une mère peut ne pas vivre cette expérience comme « magique » et éprouver un certain décalage avec son entourage, un sentiment de déception voire d’échec. Ce qui diminue l’estime de soi et s’accompagne de forts sentiments de déception et de culpabilité. Ce vécu négatif a pour conséquence un repli sur soi et la non-communication sur ces problèmes et leurs symptômes. Le manque de reconnaissance des possibles expériences négatives autour d’une naissance alors que s'impose partout une représentation de l’accouchement qui se doit d'être parfait font que parler des difficultés du post-partum reste tabou. La réalité du post-partum et de la parentalité est en fait souvent moins idéale que dans les représentations sociales… Il est admis que les femmes ressentent une fatigue importante, des changements physiologiques, et une augmentation de leur vigilance afin d’assurer un environnement sécurisant pour le nourrisson. Mais les problèmes du post-partum ne sont pas seulement physiques.

Stress Post-Traumatique et Dépression Post-Partum

Même si la plupart des femmes vivent bien leur accouchement et le post-partum, 15-20 % d'entre elles décrivent un vécu traumatique de leur accouchement. Un accouchement est considéré traumatique lorsque des interventions urgentes sont nécessaires ou lorsque la mère et/ou le bébé a/ont risqué des blessures graves ou la mort. Suite à un accouchement vécu comme traumatique ou très stressant, 3,17 % des femmes développent les symptômes d'un tel stress post-traumatique du post-partum (TSPT-PP), soit 4,3 millions de femmes dans le monde par an. La persistance de tels troubles peut avoir des conséquences sur le comportement de la mère face aux besoins de l’enfant, le lien d’attachement entre la mère et l’enfant et sur le développement de l’enfant. Garthus-Niegel, Horsch et Ayers ont démontré en 2017 que le TSPT-PP était associé à la diminution de l’allaitement et de l’attachement émotionnel entre la mère et l’enfant, ainsi qu'à une difficulté de la mère à montrer de l’affection pour son enfant.

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La dépression du post-partum (DPP) est un autre trouble fréquent du post-partum (10-15 %), souvent considéré comme la « maladie cachée », comme s’il était honteux d’être triste après une naissance. Il consiste en un épisode dépressif caractérisé dans les quatre semaines du post-partum. Mais la mère n’est pas la seule à en souffrir. La dépression peut en effet également entraîner des difficultés dans son interaction avec l'enfant, en lien une diminution de sa réactivité du fait des symptômes dépressifs.

Importance de la Prévention et du Soutien

Nous sommes toutes et tous invités à nous informer, à considérer ce risque, et à tenter de prévenir des troubles psychiques du post-partum : ceci tant pour une meilleure qualité de vie des jeunes parents que pour de diminuer les risques et les conséquences sur le développement de l’enfant. Il faut oser en parler ! Plusieurs études ont démontré que les troubles du post-partum peuvent être évités par des soins appropriés lors de la grossesse et un soutien important lors de la naissance, à même de réduire le risque traumatique.

Que peut-on faire en tant que jeune parent ? Tout d’abord, favoriser l’allaitement, quand c’est possible, car cela permet un bon attachement mère-enfant et semble être un facteur de protection contre le développement d’un trouble psychique du post-partum. Développer un réseau de soutien émotionnel, familial, amical ou professionnel afin de partager ses inquiétudes et de s’éduquer sur les gestes de soins pour l’enfant. Il n’existe bien entendu pas de remède unique : chaque femme a son histoire de vie originale et vit son accouchement (et le post-partum) différemment. Et le bien-être des pères, on en parle ? Les pères peuvent également partager leur vécu !

Erreurs Médicales et Leurs Conséquences

L'accouchement est une étape cruciale et délicate, exigeant une prise en charge médicale rigoureuse. Cependant, des erreurs peuvent survenir et entraîner des conséquences graves pour la santé du nouveau-né, notamment des atteintes neurologiques. Les conséquences sur le système nerveux du nouveau-né peuvent être irréversibles. Les pathologies les plus répandues sont l'hypoxie et l'anoxie cérébrale. Une privation d'oxygène prolongée peut entraîner des lésions cérébrales graves. Si vous suspectez un problème, consultez rapidement un pédiatre ou un neurologue pour réaliser des examens approfondis. Les erreurs médicales lors de l'accouchement peuvent avoir des conséquences profondes et durables. Si vous suspectez une faute, une action rapide est essentielle pour garantir à votre enfant les soins nécessaires et, éventuellement, faire valoir vos droits à réparation.

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