La mortalité maternelle reste un défi majeur en Afrique, particulièrement dans des pays comme le Niger. Les initiatives visant à assurer une maternité sans risques rencontrent des obstacles importants, tant en milieu rural qu'urbain, où les réalités sont distinctes. Cet article se concentre sur les pratiques et les risques liés à l'accouchement traditionnel en milieu rural africain, en s'appuyant sur des études de terrain et des témoignages.
Contexte de l'étude
Une enquête comparative a été menée pendant trois mois dans douze villages nigériens, spécifiquement dans les arrondissements de Birni (zone zarmaphone) et de Mayahi (zone hausaphone). Cette étude qualitative est novatrice car elle explore simultanément les deux principales langues et cultures du Niger, révélant une convergence notable des pratiques et des représentations populaires autour de l'accouchement.
Le déroulement typique d'un accouchement traditionnel
L'histoire de Nana, une jeune femme de Mashe Jan Baushi pour sa première grossesse, illustre le parcours typique d'une femme enceinte en milieu rural. Malgré un suivi prénatal régulier au Centre de soins intégrés (CSI) de Dan Mairo, situé à 15 km de son village, son accouchement a été marqué par des pratiques traditionnelles et des délais dans la prise de décision médicale.
Début du travail et remèdes traditionnels
Lorsque le travail a commencé, Nana a gardé le silence, passant la nuit dans la douleur. En l'absence de son mari, sa famille, notamment sa belle-famille, a eu recours à des remèdes traditionnels. Une décoction, dont Nana ignorait la composition et les effets, lui a été administrée, ainsi que de l'eau coranique (sunan Alla ou rubutu), dans l'espoir d'accélérer le travail. Ces interventions n'ont pas eu l'effet escompté.
Décisions et transport à la maternité
Après 24 heures de travail infructueux, le beau-père de Nana a décidé de l'évacuer vers le CSI. Cette décision a rencontré une certaine résistance de la part des femmes âgées du village, qui valorisent l'accouchement à domicile, perçu comme un acte de bravoure et d'autonomie. Le transport vers le CSI s'est effectué en charrette asine, un voyage long et pénible de trois à quatre heures, avec plusieurs arrêts selon le récit de Nana.
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Accouchement au CSI et pratiques post-partum
L'accouchement a finalement eu lieu au CSI de Dan Mairo, où l'infirmier a administré des ocytociques et a encouragé l'allaitement immédiat. Cependant, de retour au village, les "vieilles" ont pratiqué le "test du lait" pour détecter une éventuelle "maladie du lait" (kaikai), une pratique traditionnelle visant à évaluer la qualité du lait maternel.
Représentations et pratiques populaires autour du travail et de l'accouchement
Signes du travail et croyances
Le début du travail est généralement marqué par des douleurs au bas-ventre et au dos. La durée du travail est perçue comme variable et liée aux particularités de chaque enfant. Un travail long est appelé "genoux lourds" (nauyin guywa en hausa) et est considéré comme une expérience extrêmement douloureuse.
Prévention et accélération du travail
Pour prévenir un travail long, les femmes enceintes peuvent consommer des décoctions, consulter des marabouts, des prêtres des génies ou des guérisseurs. Des pratiques plus anciennes, comme faire boire à la femme de l'eau ayant macéré avec la ceinture de son mari, sont également mentionnées. En cas d'accouchement difficile, des charmes (zumandi tira) peuvent être attachés aux cheveux de la parturiente.
Valorisation de l'accouchement autonome
L'accouchement dans la discrétion, sans assistance, est valorisé socialement et considéré comme un acte de bravoure. Les femmes qui accouchent seules sont citées en exemple par leurs pairs.
Position et assistance pendant l'accouchement
L'accouchement à domicile se déroule traditionnellement en position agenouillée. Une femme assiste la parturiente en se plaçant derrière elle pour recevoir l'enfant. Des paroles rituelles sont prononcées par l'accoucheuse au moment de la naissance.
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Soins post-partum
Après l'expulsion, les accoucheuses ou les assistantes se chargent de diverses tâches, telles que la coupe du cordon ombilical, l'enterrement du placenta, le ramassage du sang et la préparation de l'eau pour le bain de la mère et du bébé. La toilette de la parturiente se fait avec de l'eau très chaude, censée avoir des vertus antiseptiques et cicatrisantes. Le ventre est bandé de façon serrée pour reprendre sa forme normale. La nouvelle accouchée est prise en charge pendant au moins sept jours, jusqu'au baptême.
Situations particulières
Certains enfants naissent dans une membrane (foolo en zarma, mai riga en hausa), nécessitant une intervention rapide pour la déchirer et éviter l'asphyxie. D'autres naissent inanimés. En cas d'antécédents de mort-nés, l'accouchement peut avoir lieu dans des lieux dévalorisés pour conjurer le mauvais sort. Les prématurés du septième mois sont considérés comme ayant plus de chances de survie que ceux du huitième mois.
Le cordon ombilical et le placenta
La coupe du cordon ombilical est une étape cruciale, avec des traditions spécifiques selon le sexe de l'enfant. Le placenta est traité avec un grand respect et est appelé "ami" (cora en zarma) ou "mère" (uwa en hausa). Sa sortie est attendue avec impatience, et des techniques traditionnelles, comme faire respirer de la fumée de piment ou faire boire un breuvage rituel, sont utilisées pour l'expulser.
Recours aux tradipraticiens
En cas de rétention placentaire ou d'autres complications, les femmes peuvent consulter des marabouts, des guérisseurs ou des tradipraticiens. Ces derniers sont également sollicités en cas de travail "trop long" ou de mauvaises présentations du bébé.
Défis et risques de l'accouchement traditionnel
Bien que l'accouchement à domicile reste une pratique courante dans de nombreuses régions d'Afrique, il est confronté à des défis sanitaires importants, notamment en milieu rural. Le manque de formation formelle et l'accès limité aux ressources médicales pour les accoucheuses traditionnelles peuvent entraîner des complications graves pour la mère et l'enfant. Des initiatives locales visent à améliorer la formation des accoucheuses traditionnelles, à sensibiliser les communautés aux bonnes pratiques et à faciliter l'accès aux soins d'urgence.
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Accouchement humanisé : Une alternative moderne
Face aux limites de l'accouchement traditionnel et aux contraintes de l'accouchement médicalisé, le concept d'accouchement humanisé émerge comme une alternative prometteuse. Déjà expérimenté dans plusieurs régions du Sénégal, ce modèle met l'accent sur le bien-être de la femme et le respect de ses choix. Il permet à la parturiente d'adopter la position de son choix, d'être assistée par un proche et de bénéficier d'un environnement convivial et détendu. L'accouchement humanisé vise à réduire la douleur, le stress et les complications, tout en favorisant une expérience positive pour la mère et l'enfant.
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