L'accouchement sans douleur, popularisé par la méthode Lamaze, a marqué un tournant décisif dans la prise en charge de la douleur lors de l'accouchement. Cette approche, née dans les années 1950, a offert aux femmes une alternative à la souffrance passive, en leur donnant les outils pour maîtriser leur corps et vivre une expérience de naissance plus sereine.
Un contexte historique marqué par la douleur
Dans les années 1950, la douleur de l'accouchement était considérée comme une fatalité, voire comme une vertu. L'idée que la femme devait souffrir pour donner la vie était profondément ancrée dans les mentalités et même encouragée par certains membres du corps médical. "La douleur, c'est le mal joli, sitôt fini, on en rit", entendait-on souvent. Des professeurs de médecine allaient jusqu'à affirmer que la douleur "valorisait" la femme et lui conférait une "beauté morale". Dans ce contexte, remettre en question l'inéluctabilité de la douleur était un acte révolutionnaire, une étape essentielle dans la lutte pour l'émancipation des femmes.
La genèse de la méthode Lamaze : inspiration soviétique et adaptation française
Fernand Lamaze, un médecin français, a joué un rôle clé dans l'introduction et l'adaptation de l'accouchement sans douleur en France. Lors d'un congrès international en 1951, il découvre une méthode soviétique d'accouchement psychoprophylactique, mise au point par Nikolaiev et Velvosky, qui s'inspirent des théories de Pavlov sur les réflexes conditionnés. Convaincu que la douleur n'est pas une fatalité, mais un réflexe conditionné inculqué par la société, Lamaze décide d'importer cette méthode en France.
De retour en France, Lamaze adapte la méthode soviétique avec l'aide de son équipe, en y ajoutant notamment la "respiration du petit chien", inventée par le kinésithérapeute André Bourrel. La méthode Lamaze repose sur trois piliers :
- Une éducation physique comprenant des séances d'instruction.
- Une instruction pédagogique pour dissiper la peur de l'accouchement et de la douleur.
- Une "restructuration" du cerveau visant à éliminer les croyances erronées.
Les principes fondamentaux de la méthode Lamaze
La méthode Lamaze est bien plus qu'une simple technique de respiration. Il s'agit d'une approche globale qui vise à donner aux femmes les outils nécessaires pour vivre un accouchement naturel et respectueux de leur corps. Les principes clés de la méthode Lamaze sont les suivants :
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Laisser le travail se déclencher naturellement : La méthode Lamaze préconise d'éviter de provoquer le travail et de laisser l'accouchement se dérouler à son propre rythme.
Bouger librement pendant le travail : La future maman est encouragée à bouger, marcher et changer de position librement pendant toute la durée de l'accouchement. Certaines positions, comme la danse du bassin ou la position accroupie, sont particulièrement recommandées. Les positions qui accentuent la gravité sont également encouragées.
Bénéficier d'un soutien émotionnel continu : La présence d'une personne de confiance, comme une doula, une mère, une sœur ou une amie, est essentielle pour apporter un soutien émotionnel à la future maman pendant le travail.
Éviter les interventions médicales non nécessaires : La méthode Lamaze encourage à limiter les interventions médicales au strict nécessaire et à privilégier une approche naturelle de l'accouchement.
Éviter la position sur le dos : La position sur le dos est déconseillée, car elle peut entraver le travail et réduire l'apport d'oxygène au bébé.
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Privilégier la poussée naturelle : La méthode Lamaze encourage à suivre les sensations naturelles de poussée et à éviter de pousser de manière forcée.
Favoriser le lien mère-enfant après la naissance : La mère et le nouveau-né doivent rester dans la même pièce après l'accouchement pour favoriser l'allaitement et la création du lien d'attachement.
La respiration contrôlée : La méthode Lamaze est particulièrement connue pour ses exercices de respiration contrôlée. Elle repose sur l’idée que la respiration permet de se relaxer et de diminuer la perception de la douleur.
Répondre aux stimuli de la douleur par des exercices de respiration focalisée, de mouvements et des massages.
L'accouchement sans douleur : un débat médico-politique
L'introduction de la méthode Lamaze en France a suscité de vives réactions et a donné lieu à un véritable débat médico-politique. Les communistes ont joué un rôle décisif dans la diffusion de l'ASD. En décembre 1952, le magazine Regards lui consacre vingt-neuf pages et le groupe communiste du conseil municipal de Paris obtient qu’il soit pratiqué dans les hôpitaux publics de la capitale. La caisse régionale de Sécurité sociale accepte de couvrir les frais supplémentaires inhérents à cette méthode qui recommande l’accouchement dans des salles individuelles, en présence de sages-femmes.
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D'un côté, les partisans de la méthode, souvent proches du Parti communiste français (PCF), y voyaient un moyen d'améliorer les conditions d'accouchement des femmes et de leur donner le pouvoir sur leur propre corps. De l'autre, les détracteurs, souvent issus du milieu médical conservateur ou de l'Église catholique, dénonçaient une approche "matérialiste" de la naissance et craignaient que l'accouchement sans douleur ne remette en cause l'ordre naturel des choses. Par deux fois, Lamaze et son disciple Pierre Vellay (1919-2007) sont convoqués par l’Ordre des médecins.
Malgré ces résistances, la méthode Lamaze a progressivement gagné en popularité et s'est diffusée dans de nombreux pays. En 1956, le pape Pie XII a même déclaré que les Écritures ne s'opposaient pas à la suppression des douleurs de l'enfantement, légitimant ainsi la méthode auprès des catholiques.
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