Introduction
L'étude de la fécondation humaine et de la prostitution révèle des enjeux complexes, imbriqués dans des représentations sociales, des logiques économiques et des considérations éthiques. Cet article propose une exploration de ces thèmes, en s'appuyant sur des analyses historiques, sociologiques et philosophiques.
Représentations Sexuelles dans l'Art Paléolithique
L'art paléolithique offre un aperçu fascinant des perceptions et des préoccupations des sociétés préhistoriques concernant la sexualité et la reproduction. Les représentations masculines et féminines, bien que différentes dans leur fréquence et leur style, témoignent de l'importance accordée aux corps et à leurs fonctions.
Images Masculines
Les représentations masculines globales sont relativement rares au Paléolithique. Selon JP. Duhard, il n'en existerait que 73. Ces figures sont souvent sommaires, incomplètes et sans caractère artistique affirmé. Cependant, un point frappant est la fréquence de l'érection, relevée dans 38% des cas par JP. Duhard, un pourcentage jamais égalé depuis la fin du Paléolithique. Cette insistance sur l'érection pourrait être une manière d'affirmer le caractère masculin d'une figure autrement rudimentaire, servant souvent d'unique indicateur de sexe.
Contrairement aux représentations féminines, les figurations partielles masculines se limitent presque exclusivement au phallus. Une quarantaine de représentations pariétales ou mobilières ont été recensées, couvrant tout le Paléolithique supérieur en Europe. Certaines pièces sont particulièrement soignées, réalistes ou fantaisistes, comme la pendeloque de Saint Marcel, le double phallus de Gorge d’Enfer, ou le phallus à tête humaine du Roc de Marcamps.
Images Féminines
À l'inverse des représentations masculines, les images féminines sont extrêmement nombreuses, témoignant de l'attrait exercé par la femme. JP. Duhard dénombre plus de 200 figurations féminines pour la France seule, auxquelles s'ajoutent les statuettes des groupes Rhéno-Danubien, Russe et Sibérien, ainsi que les représentations partielles de vulves et de profils fessiers.
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La qualité des représentations féminines est également remarquable. Alors que les figures masculines sont souvent sommaires, les figurations féminines se répartissent en deux groupes : des figures sommaires comparables à celles des hommes, et des sculptures et gravures réalisées avec un souci évident de reproduire la réalité de manière à la fois satisfaisante et artistique. Cette tendance s'exprime par la recherche de formes gracieuses, harmonieuses ou stylisées, voire normalisées, comme dans le losange de Grimaldi.
Les statuettes féminines gravettiennes présentent presque toutes un corps plus ou moins complet, avec une insistance sur les seins, les fesses, le sexe, l'abdomen et les tissus adipeux de la ceinture pelvienne. Lorblanchet a noté que "la réduction du corps humain aux parties médianes conduit finalement à résumer l'individu à un sexe". Le volume des seins, des fesses et de l'adiposité pelvienne est souvent exagéré, tandis que le sexe est souligné par une fente anatomiquement fausse et d'autant plus significative.
Les représentations féminines partielles comprennent les vulves et les profils fessiers. Les vulves constituent un thème particulier de l'art paléolithique, représentées fréquemment et avec soin dans les grottes ornées. D. Vialou souligne que "les vulves traversent sans variations notables les temps et les cultures préhistoriques". La forme des images vulvaires est généralement un triangle dont la pointe est marquée par une bissectrice, avec des variantes allant des formes incomplètes aux formes piriformes. La fente vulvaire, bien que non visible sur la femme adulte debout, est rendue visible grâce à une distorsion relevant du réalisme intellectuel, et est souvent très marquée voire disproportionnée.
Les fesses sont un autre point à prendre en considération, ayant retenu l'attention des Paléolithiques. Le massif fessier est souvent plus que généreux, voire disproportionné, comme en témoignent les statuettes gravettiennes. La Vénus de Weinberg, massif fessier surmonté d'un phallus, est conçue pour être vue de profil ou de dos. Les profils fessiers, de type Lalinde-Gönnersdorf, et les claviformes sont également répandus, ces derniers étant souvent reconnus comme des profils féminins.
Nudité
Un caractère commun aux images des deux sexes est la nudité. Les représentations de vêtements sont rares et souvent discutables, à l'exception possible de la femme à l'anorak du Gabillou. Z. Abramova suggère que la nudité pourrait avoir une signification magique, tandis que d'autres y voient une image de la réalité, en référence à certaines peuplades vivant nues dans des climats froids. Cependant, l'existence d'aiguilles à chas, de boutons et de sépultures avec des ornements cousus sur les vêtements suggère que le vêtement était connu et utilisé au Paléolithique.
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Prostitution: Marchandisation de la Sexualité
La prostitution soulève des questions complexes concernant la marchandisation de la sexualité, les rapports de pouvoir entre les sexes et les implications morales et juridiques de cette pratique.
Définition et Enjeux
La prostitution est souvent définie comme une marchandisation de la sexualité, ce qui implique une réduction de la sexualité au statut de marchandise. Cette définition soulève des questions conceptuelles, empiriques et normatives. Il est essentiel de déterminer ce qui distingue une marchandise de ce qui n'en est pas une, de vérifier si le lien entre prostitution et marchandisation de la sexualité est empiriquement constatable, et de se demander si une telle marchandisation est moralement condamnable.
Logiques du Rapport Sexuel
Pour mieux comprendre la marchandisation de la sexualité dans la prostitution, il est utile d'analyser les différentes logiques qui peuvent sous-tendre un rapport sexuel. On peut distinguer six logiques principales :
Le don gratuit et inconditionnel: L'un des partenaires se donne entièrement à l'autre, sans attendre en retour ni satisfaction sexuelle, ni amour, ni avantage matériel ou immatériel.
Le droit/devoir: Une personne exige d'une autre personne qu'elle ait une relation sexuelle, en se référant à un droit ou à un devoir, comme dans le cas du devoir conjugal.
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Le mérite: Une personne estime qu'elle mérite une relation sexuelle en raison de ce qu'elle est ou de ce qu'elle a fait, comme dans le cas d'un homme qui offre des cadeaux à une femme et s'attend à une récompense sexuelle.
L'intérêt personnel: Les deux partenaires recherchent leur propre satisfaction sexuelle, sans se soucier de l'autre.
L'échange: Une personne offre une relation sexuelle en échange d'un bien ou d'un service, comme dans le cas de la prostitution.
La contrainte: Une personne est forcée d'avoir une relation sexuelle contre sa volonté.
Prostitution et Rapports de Pouvoir
La prostitution est un phénomène essentiellement focalisé sur les femmes, exercée à l'échelle mondiale majoritairement par des femmes et des filles, avec une majorité de clients masculins. Les discours qui soutiennent le "travail du sexe" tendent à minimiser les rapports sociaux de classe, de sexe et les processus de racialisation, en présentant la prostitution comme une relation d'affaires entre égaux consentants.
Ces discours jouent sur l'idée que la sexualité est une chose privée, une inclinaison sexuelle, voire une rupture de normes, et opposent l'ouverture et la censure, le sujet et la victime, la personne majeure et la personne vulnérable, l'actif et le passif, le libéral et le moraliste. Ils contribuent à bloquer la réflexion analytique sur la prostitution et à contraindre à abandonner l'opposition à cette pratique.
Il est essentiel de souligner que la notion de victime n'est pas une identité, mais le résultat d'un rapport social. Une personne en situation de prostitution est avant tout un être humain, et le discours pro-"travail du sexe" sert de lubrifiant à l'industrie du sexe, en exigeant la plus grande tolérance possible pour poursuivre et accroître ses activités.
Maternité de Substitution: Commercialisation de la Reproduction
La maternité de substitution (GPA) est une pratique qui soulève des questions similaires à celles de la prostitution, concernant la commercialisation du corps des femmes et les rapports de pouvoir impliqués.
GPA et Exploitation Reproductive
La GPA est une violence à l'égard des femmes du fait de leur exploitation reproductive. L'industrie a mis sur le marché et transformé en produit la reproduction humaine, en utilisant la terminologie du "care" pour rendre cette pratique socialement acceptable.
Dans la GPA, les mères porteuses perçoivent de l'argent pour porter une grossesse et livrer un enfant à des clients. Les acteurs impliqués, tels que les intermédiaires, les agences, les cliniques et les hôpitaux, se rémunèrent pour organiser cette exploitation. L'argument libéral selon lequel tout peut se vendre et s'acheter réduit la liberté de certaines femmes au profit de tiers, et porte atteinte à l'intégrité et à la dignité de la personne réduite à l'état d'objet.
Enjeux de la GPA
La GPA soulève des questions concernant le lien génétique spermatique, considéré comme fondamental par certains clients, tandis que le lien génétique ovocytaire est ignoré et invisibilisé. Cette exigence ressuscite le mythe patriarcal selon lequel le sperme ferait l'enfant et la femme ne serait qu'un contenant.
La vulnérabilité sociale et économique est le terreau de recrutement privilégié de la GPA, et la dissymétrie économique entre clients et mères porteuses est flagrante. La GPA transfrontière avec le tourisme procréatif est en voie de banalisation, alors qu'elle relève de la traite humaine.
Similitudes entre Prostitution et GPA
Il existe de nombreuses similitudes entre les personnes et groupes d'acteurs qui défendent la prostitution et ceux qui promeuvent la GPA. En reprenant les arguments du marché sur la libéralisation des corps et l'autonomie individuelle, ces acteurs justifient ces pratiques comme relevant d'un droit à décider de l'utilisation de son propre corps et de sa propre capacité à offrir des services rémunérés. Ils détournent à leur profit les principes féministes qui montrent que le corps et la personne ne font qu'un.
Le Contrat Sexuel
Carole Pateman, dans son ouvrage "Le Contrat Sexuel", propose une relecture critique des théories classiques du contrat social, en soulignant l'exclusion des femmes hors du contrat social originel et en mettant en évidence le lien entre le contrat social et les contrats réels tels que le contrat de travail, le contrat de mariage ou le contrat de prostitution.
Contrat Social et Contrat Sexuel
Pateman argumente que le contrat social est en réalité un contrat sexuel, un accord passé entre les hommes en tant que groupe pour assujettir les femmes en tant que groupe, et plus spécifiquement pour se garantir un libre accès à leur corps. Elle montre que les théories du contrat social présupposent un rapport "naturel" de subordination entre hommes et femmes, et que le contrat social institue et masque ce rapport, en s'opérant au nom de l'égalité et de la liberté des contractants, et en excluant les femmes de la participation au contrat.
Pateman repense le contrat en général comme un vecteur de relations de subordination, et met au jour le contrat sexuel implicite à l'œuvre derrière les contrats réels. Elle montre que le contrat n'est pas un procédé d'instauration et de garantie de la liberté, mais le procédé par lequel certains peuvent en assujettir d'autres, et que le partage entre liberté et subordination que le contrat rend possible n'est pas sexuellement neutre.
Implications du Contrat Sexuel
Pateman analyse notamment le contrat de mariage, en revenant sur la doctrine de la couverture, qui valut en Grande-Bretagne jusqu'en 1882, et qui plaçait l'épouse dans une situation proche de celle de l'esclave. Elle montre que l'inclusion des femmes dans la citoyenneté et la modification du régime juridique du mariage n'ont pas pour autant rompu le rapport de subordination des femmes à l'égard des hommes, dont le contrat de mariage reste le principal vecteur.
Civilisation et Contrôle du Corps des Femmes
L'histoire de la civilisation est marquée par le contrôle du corps des femmes et de leur sexualité, au bénéfice des hommes. Dans l'épopée de Gilgamesh, la prostituée sacrée Shamhat est utilisée pour civiliser Enkidu, mais elle est ensuite maudite pour avoir offert ou vendu son corps.
En Mésopotamie, la divinité et le pouvoir royal sont dévolus aux hommes, et la perpétuation de la filiation divine et royale implique de contrôler le corps des femmes et leur progéniture. La prostitution est considérée comme un acquis de la haute culture, mais seulement pour rendre la vie plus facile et plus agréable aux hommes.
Dans la Rome antique, bien que la prostitution soit infamante, une fête est dédiée à Acca Larentia, une prostituée qui a nourri Romulus et Rémus, les fondateurs de Rome. En Grèce, Solon légalise les bordels, qu'il considère comme bénéfiques pour l'ordre social.
Toutes les civilisations ont valorisé l'image de l'épouse et de la mère, divisant ainsi les femmes entre celles qui sont vouées à la reproduction et celles qui sont réduites à l'état d'objet sexuel.
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