L'accouchement, un événement central dans la vie des femmes et des familles, est un sujet qui transcende les frontières culturelles et linguistiques. Cet article explore la définition de l'accouchement, en mettant en lumière les perspectives italiennes et françaises, tout en examinant les pratiques alternatives et les enjeux féministes qui y sont associés.
L'accouchement : un travail invisible ?
Dans la littérature francophone en sciences sociales, les réflexions sur l'expérience de l'accouchement tendent à minimiser la valeur sociale des activités menées par les femmes, privilégiant le travail salarié considéré comme le seul "productif". Malgré quelques exceptions, la procréation est souvent réduite à une simple tâche domestique, voire privée de tout statut de "vrai travail". Cette invisibilisation est renforcée par une naturalisation extrême de la grossesse, qui assigne aux femmes un destin parental, comme si leur corps et leur esprit étaient entièrement dédiés à l'enfantement.
Pourtant, le domaine médical reconnaît implicitement que les femmes "travaillent" pour donner naissance, que ce soit à travers la désignation du lieu dédié à l'accouchement ("salle de travail") ou l'apprentissage des mécanismes corporels nécessaires (pousser, respirer, gérer la douleur, allaiter, etc.). Cette tâche "totale", qui sollicite avant tout le corps des femmes, est néanmoins encadrée par l'institution médicale. Dès le XVIIIe siècle, l'assistance à la procréation est devenue une profession médicale rémunérée.
Accouchement alternatif : une approche différente
Cet article vise à analyser la juxtaposition du travail médical et du travail des femmes dans le processus de procréation, à travers le prisme des modes d'accouchement dits "alternatifs". Ces pratiques, situées en marge de l'institution médicale, s'opposent au modèle dominant d'assistance médicalisée dans les hôpitaux français et italiens, en privilégiant une conception de l'accouchement conviviale, coopérative et respectueuse du travail des femmes.
Bien que ces modèles alternatifs existent depuis l'avènement du parcours médicalisé, ils restent relativement peu explorés dans les contextes français et italien. Si les luttes pour l'avortement et la contraception sont bien documentées, l'attention s'est moins portée sur les combats ultérieurs concernant l'accouchement, où se sont déplacés certains enjeux féministes liés au travail procréatif.
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Évolution des revendications féministes
Dans les années 1970, le refus de procréer était perçu comme une émancipation du mode de production patriarcal et une dissociation entre l'univers féminin et l'expérience maternelle. Cependant, dans la seconde moitié de cette décennie, les revendications ont évolué vers la liberté de choisir comment mettre au monde et élever un enfant.
Ce basculement se reflète dans le domaine éditorial, avec une multiplication des éloges de la maternité et une valorisation de sa dimension charnelle et plaisante dans les publications féministes. Bien que cette évolution puisse être nuancée par l'affirmation des analyses différentialistes, elle témoigne d'un changement de perspective influencé par l'entrée en parentalité des militantes.
Accouchement et féminisme : une relation complexe
Il est essentiel de comprendre comment les enfants sont "fabriqués" pour appréhender le travail procréatif. Cet article met en lumière la complexité et l'intérêt d'examiner les points de tension entre les convictions des partisans de l'accouchement alternatif et les revendications féministes. La question de savoir s'il est possible d'accoucher d'une manière féministe est posée, sans prétendre y répondre de manière définitive. L'objectif est plutôt de saisir comment cette question se pose dans les expériences marginales, en tenant compte des contradictions inhérentes au rapport à la nature, à la technicisation de l'accouchement et aux conceptions de l'autonomie.
Cet article invite à réhabiliter une compréhension des expériences alternatives de maternité, qui se sont développées en marge du militantisme des années 1970 et n'ont eu qu'un accès limité aux écrits et débats féministes. Il s'agit de contextualiser l'émergence de ces pratiques dans un contexte historique favorisant le décloisonnement social entre les milieux militants et les institutions. Une réflexion est également menée sur la complexité du rapport entre ces modèles d'accouchement et les grilles de lecture féministes, tant celles des protagonistes que celles de leur entourage.
Convergences et divergences : une histoire croisée
Malgré les différences entre les terrains étudiés, le choix de les rapprocher est motivé par la volonté analytique de mettre en perspective des revendications et des modes d'action convergents, ainsi que des acteurs aux caractéristiques sociales similaires. Cette récurrence permet de reconstituer une histoire croisée de ces lieux d'expérimentation, qui éclaire certains enjeux du féminisme à l'échelle transnationale. Des continuités, plus ou moins explicites, sont observées entre des expériences éloignées dans l'espace (en/hors institution médicale, Italie/France) et dans le temps (les accouchements "naturels" à Poggibonsi débutent en 1984-1985, lorsque les accouchements à domicile des militantes du MLAC prennent fin).
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Accoucher autrement : une revendication post-68
Les pratiques analysées s'inscrivent dans une phase particulière de l'histoire de l'accouchement en Europe occidentale et en Amérique du Nord. La revendication d'"accoucher autrement" prend son sens dans la période post-68. S'épanouissant dans la seconde moitié des années 1970, ces mouvements remettent en question le système de valeurs partagées, en partant de l'expérience vécue et de l'immédiateté des rapports de pouvoir, notamment en ce qui concerne la famille nucléaire, le couple, l'éducation des enfants, la consommation et l'alimentation. Dans le sillage des critiques radicales du "pouvoir médical", la promotion d'une santé non médicalisée, d'une autre façon de naître et de mourir, et, spécifiquement pour les femmes, d'une possibilité d'accoucher et d'avorter autrement, fait partie intégrante de cette "révolution du quotidien".
La médicalisation de l'accouchement : un processus contesté
L'émergence d'un courant critique au sein de la médecine moderne et de divers mouvements d'usagers est corrélative des évolutions contemporaines du système de santé. Les années 1970 et 1980 sont marquées par l'hégémonie croissante du modèle médicalisé pour la prise en charge de toute expérience corporelle. Dans le domaine de la naissance, ce mouvement de biomédicalisation cristallise les évolutions introduites par l'"obstétrique scientifique masculine" depuis le XVIIIe siècle, aboutissant au déplacement définitif de l'accouchement à l'hôpital moderne. Parallèlement, des techniques médicales telles que l'échographie et le monitoring deviennent partie intégrante de l'assistance aux femmes.
Ces évolutions se traduisent par une montée en puissance d'une rhétorique du risque qui transforme les femmes en patientes perpétuelles. La médicalisation standardisée de l'accouchement et l'attribution d'un rôle central à l'obstétrique moderne constituent un exemple de biopolitique déléguée, où le savoir expert devient indispensable à la réussite de cette expérience.
Cependant, la transformation du corps intime des femmes en objet de travail médical suscite des résistances. Dans les années 1970, des obstétriciens introduisent l'"accouchement naturel" en milieu hospitalier, promouvant la dimension physiologique de l'accouchement. Selon Michel Odent, il n'est pas nécessaire d'intervenir car les femmes possèdent toutes les ressources nécessaires pour la réussite d'un acte "primitif".
Politisation de l'accouchement à domicile
Parallèlement, l'accouchement à domicile se politise grâce à un front critique pluraliste, composé d'acteurs situés aux frontières de l'institution médicale (sages-femmes, médecins en rupture avec l'ordre médical), de groupes de femmes et de communautés animées par des idéaux variés (féminisme, écologie, éducation alternative, ouvriérisme). Bien que la confiance dans les pratiques traditionnelles compte, l'accouchement à domicile n'est pas envisagé comme un simple "retour" à des usages anciens. La contestation de la domination des experts met en valeur la transmission des savoir-faire entre femmes et leur capacité à accomplir cet épisode de la vie sans l'intervention de la médecine.
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Malgré des promoteurs, des motivations et des lieux différents, ces pratiques alternatives partagent les mêmes inspirations. Un continuum se vérifie par les interactions entre leurs protagonistes, au-delà des frontières institutionnelles. De nombreuses femmes ayant choisi l'accouchement naturel à Poggibonsi dans les années 1980 se montrent intéressées par le projet d'un accouchement à domicile, partageant l'idée qu'à mesure des accouchements et des compétences acquises, moins de médicalisation est nécessaire.
Accouchement naturel et accouchement à domicile : des points communs
L'accouchement naturel en hôpital et l'accouchement à domicile partagent des éléments fondamentaux. Dans les deux cas, malgré un refus de l'équipe hospitalière, le lien avec le corps médical n'est pas totalement absent. Dans l'accouchement naturel, les sages-femmes accompagnent les femmes, et les médecins sont appelés en dernier recours, en cas d'urgence. L'accouchement naturel redonne ainsi du pouvoir aux sages-femmes et place l'obstétricien en marge de l'expérience.
Dans les accouchements à domicile organisés par les militantes des MLAC, le rôle des médecins est également redéfini. Dépourvu de son environnement et de ses instruments, il est réduit à un rôle secondaire et mis en retrait au profit de l'implication des proches.
Déclenchement à l'italienne : une méthode naturelle ?
Le "déclenchement à l'italienne" est une méthode naturelle qui consiste à avoir des rapports sexuels pour favoriser l'accouchement. Le sperme contient des prostaglandines, des hormones qui peuvent provoquer des contractions. Bien que certains médecins conseillent cette pratique, son efficacité n'a pas été prouvée scientifiquement.
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