L'accouchement en Afrique du Sud, comme dans de nombreuses régions du continent africain, présente des défis et des particularités notables en matière de santé maternelle et infantile. Cet article se penche sur les statistiques relatives à l'accouchement dans ce pays, en abordant les questions de mortalité maternelle, de recours à la césarienne, et des disparités existantes.

Mortalité Maternelle et Césarienne : Un Double Enjeu

Une étude parue dans The Lancet Global Health met en lumière un contraste saisissant : le taux de mortalité maternelle après une césarienne en Afrique serait cinquante fois supérieur à celui observé dans les pays riches. Sur un échantillon de 3700 femmes suivies, 20 sont décédées après leur césarienne, ce qui équivaut à une mortalité maternelle de 5,43 pour 1000 césariennes pour les mères africaines, contre 0,1 pour 1000 au Royaume-Uni. Cette étude révèle également que les trois quarts des césariennes ont été pratiquées en urgence, souvent sur des femmes présentant déjà des complications liées à la grossesse, telles que des problèmes placentaires, une rupture de l’utérus ou des saignements avant la naissance. De plus, le taux de mortalité néonatale après césarienne atteint le double de la moyenne mondiale.

Le professeur Bruce M. Biccard, de l’Université du Cap, qui a dirigé l’étude, souligne que « l’amélioration des résultats chirurgicaux de la césarienne pourrait considérablement réduire la mortalité maternelle et néonatale ». Il préconise une identification précoce du risque de saignement et une utilisation moins restrictive des traitements de l’hémorragie post-partum.

Le Recours à la Césarienne : Entre Nécessité et Inégalités

Si le nombre de naissances par césarienne a presque doublé dans le monde entre 2000 et 2015, passant de 12% à 21%, la situation en Afrique est plus contrastée. Dans de nombreux pays africains, la part de naissances par césarienne demeure très basse, de l’ordre de 2 à 4%. Cependant, comme le souligne Alexandre Dumont, obstétricien et chercheur, on observe des changements rapides, notamment dans les pays ayant développé la gratuité des soins obstétricaux. Au Mali, par exemple, le taux est passé de 1,7 % en 2006 à 2,9 % six ans plus tard ; au Burkina, de 0,7 % à 3,7 % ; et au Sénégal, de 3,5 % à 5,3 %.

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que le « bon » taux de césariennes, celui qui permet de limiter la mortalité périnatale sans virer dans l’excès, se situe entre 10 % et 15 %. Il est donc crucial de trouver un équilibre entre l'accès à cette intervention chirurgicale pour les femmes qui en ont réellement besoin et la prévention des césariennes non médicalement justifiées.

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Disparités et Défis

Les statistiques sur l'accouchement en Afrique du Sud révèlent également des disparités importantes. L'étude de The Lancet Global Health a révélé que les femmes africaines ont présenté près de trois fois plus de complications pendant l’intervention chirurgicale que les femmes américaines, les saignements sévères, pendant ou suivant l’opération, représentant la complication la plus fréquente.

Alexandre Dumont observe également des césariennes de confort dans certaines maternités, où « une femme de la catégorie des “protégées”, comme on appelle celles qui sont parentes ou amies de la sage-femme, a été envoyée au bloc alors que la césarienne était moins une indication médicale qu’un supposé “confort” dans ce monde où la péridurale n’existe pas ». Au Burkina Faso, une étude a montré que 24 % des césariennes réalisées dans les hôpitaux où ce geste est gratuit n’étaient pas médicalement justifiées, une pratique plus fréquente dans les villes, lorsqu’elle est réalisée par du personnel peu qualifié, et parmi les femmes issues des catégories sociales les plus favorisées.

Ces pratiques abusives ont des conséquences néfastes, notamment le coût financier, le danger d’un geste chirurgical sous anesthésie qu’il fait inutilement courir aux mères, et la mobilisation inutile de praticiens en sous-effectif et de blocs opératoires rares, alors qu’au même moment une urgence vitale pourrait se présenter.

Amélioration des Soins et Perspectives d'Avenir

Face à ces défis, des initiatives sont mises en place pour améliorer les soins obstétricaux en Afrique du Sud et dans d'autres pays africains. Le professeur Biccard préconise une meilleure identification précoce du risque de saignement et une utilisation moins restrictive des traitements de l’hémorragie post-partum. Il suggère également que des produits sanguins de longue durée de conservation, ainsi qu’une aide en ligne ou via des applications mobiles aux non-médecins pratiquant des anesthésies, pourraient contribuer à accroître les taux de survie.

Alexandre Dumont va accompagner l’installation de la pratique dans quatre pays, dont le Burkina Faso en Afrique. « Nous serons présents à compter de janvier 2021 dans une série d’hôpitaux sélectionnés, précise-t-il. Nous y informerons les femmes des différents modes d’accouchement et aiderons les médecins et les sages-femmes à analyser leurs pratiques au regard des indications médicales de la césarienne. » Il a déjà observé que cette simple délivrance d’informations, si elle est bien dispensée, peut faire diminuer de 25 % le nombre de césariennes pratiquées dans un hôpital.

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Expériences Personnelles et Réflexions

Une expérience personnelle d'une femme devant accoucher en Afrique du Sud illustre certains des défis rencontrés. Après avoir initialement prévu d'accoucher aux États-Unis, elle s'est retrouvée en Afrique du Sud et a dû naviguer dans un système de santé différent. Elle a été surprise par l'absence de certains examens de routine et par le fait que l'anesthésiste n'était pas systématiquement impliqué dans la péridurale. Son expérience met en évidence l'importance de la confiance dans les prestataires de soins et la nécessité d'une communication claire entre les patientes et les professionnels de la santé.

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