L'accouchement en Afrique est une question complexe, influencée par des facteurs historiques, culturels, économiques et sanitaires. Cet article examine les statistiques relatives à l'accouchement en Afrique, les défis auxquels sont confrontées les femmes, ainsi que les efforts déployés pour améliorer la santé maternelle et infantile.
Contexte Historique et Enjeux Démographiques
Dans tous les empires, les débuts de l’époque coloniale en Afrique sont marqués par la crainte d’une « dépopulation ». Les colonisateurs considéraient la démographie africaine comme insuffisante pour l’exploitation des ressources. Ainsi, ils portaient un intérêt particulier aux Africaines, les envisageant principalement à travers leur rôle reproducteur. L’enjeu était de stimuler la natalité et de façonner de nouvelles façons d’être mère.
Les autorités médicales étaient sollicitées pour donner leur avis sur la « dépopulation » qui sévirait, de façon plus ou moins marquée, dans l’ensemble du continent. Enquêtes et débats allaient bon train durant les vingt premières années du xxe siècle. Leurs conclusions, qui reposaient souvent sur des statistiques peu fiables, différaient selon les territoires.
Dans l’entre-deux-guerres, diverses initiatives ont été prises afin d’inciter les Africaines à adopter de nouvelles pratiques lorsqu’elles étaient enceintes : elles étaient vivement encouragées à fréquenter des établissements médicaux ou paramédicaux et à se détourner des femmes de leur entourage, non professionnelles. Gérés par les pouvoirs publics ou encore par des organismes caritatifs et/ou missionnaires, ces établissements étaient de taille et de type variables : dispensaires, centres de PMI (Protection maternelle et infantile), maternités publiques ou privées, hôpitaux publics ou missionnaires, cliniques, etc.
Statistiques et Mortalité Maternelle
La mortalité maternelle demeure un défi majeur de santé publique dans les pays du Sud. De plus, 99 % des décès maternels ont lieu dans les pays du Sud, et notamment en Afrique, dans la région subsaharienne. Selon Le Groupe interacadémique pour le développement, les ratios de mortalité maternelle en Afrique de l’Ouest étaient de 1020 / 100 000 naissances en 2000. Excepté dans les métropoles, les ratios de mortalité n’évoluent pas en Afrique subsaharienne.
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Une bonne partie de ces décès aurait pu être évitée si les femmes avaient un accès rapide et adéquat aux structures de santé. L’assistance médicale avant, pendant et après l’accouchement peut sauver des vies. C’est notamment durant l’accouchement que l’assistance par du personnel qualifié s’avère primordiale. En effet, les accouchements réalisés par des professionnels de la santé qualifiés pourraient prévenir 75 % des décès maternels.
Accès aux Soins Obstétricaux et Césariennes
Les femmes qui bénéficient d’un accouchement par césarienne ne sont pas toujours celles qui en auraient besoin. Ce qui est vrai à l’échelle de la planète l’est aussi en Afrique, même si cette zone géographique est celle où se pratique le moins ce geste médical.
Une étude a montré que si 21 % des naissances se font par césarienne dans le monde, les moyennes nationales s’échelonnent, elles, de 1 % à 58 %. Et sur les 28 pays qui enregistrent des chiffres en deçà de 5 %, les trois quarts se situent en Afrique subsaharienne. « On observe les taux les plus faibles au Niger, au Tchad, en Ethiopie, à Madagascar. Parmi les grands pays désavantagés, on relève le Mali (2 %), le Nigeria (3 %), l’Afghanistan (3 %) et le Congo (5 %) », précise l’étude.
Pourtant, des changements assez rapides sont observés. « Dans les années 1990, le taux de naissance par césarienne était de l’ordre de 1 % dans la plupart des pays d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, rappelle-t-il. Et il est resté stable durant une décennie, avant de commencer à augmenter dans les années 2000, notamment dans les pays qui avaient développé la gratuité des soins obstétricaux. » Ainsi au Mali, le taux est passé de 1,7 % en 2006 à 2,9 % six ans plus tard ; au Burkina, de 0,7 % à 3,7 % ; et au Sénégal, de 3,5 % à 5,3 %.
Parallèlement à cette augmentation qui permet de sauver des vies de mères et d’enfants dans cette zone où la mortalité néonatale reste la plus élevée au monde, ce ne sont pas toujours les indications médicales qui prévalent dans la décision de pratiquer ce geste chirurgical. Au Burkina Faso, une étude a montré que 24 % des césariennes réalisées dans les hôpitaux où ce geste est gratuit n’étaient pas médicalement justifiées.
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Défis et Obstacles
La situation actuelle des femmes enceintes est particulièrement alarmante, ce qui oblige de nombreuses associations à intervenir. Les femmes africaines sont susceptibles d’avoir des complications, notamment à cause du manque d’infrastructures et de matériel. 99% des décès maternels qui sont recensés en Afrique pourraient être évités si les mères recevaient des soins médicaux adaptés.
Le manque de matériel, de médicaments et de poches de sang sont fréquents dans les établissements hospitaliers. Cette situation impacte grandement la prise en charge des grossesses en Afrique. Certaines femmes qui auraient besoin d’une césarienne en urgence ne peuvent pas en bénéficier. Les banques de sang sont inexistantes dans certaines régions de l’Afrique. Dans d’autres, elles sont mal organisées et mal gérées, ce qui entraîne une pénurie de sang et une qualité de sang médiocre. Enfin, les tests de dépistage du VIH sont souvent manquants, entraînant des risques importants de transmission et donc l’impossibilité de transfuser le sang prélevé.
Le personnel médical est fréquemment mis en cause pour leur négligence ou le manque de formation dont ils bénéficient. De nombreuses sages-femmes ne réalisent pas les soins prénataux requis comme la mesure de la pression artérielle, la recherche d’éventuels saignements vaginaux ou encore de potentiels œdèmes. Certains soins infirmiers sont inadaptés au cas de la patiente et engendrent plus de complications qu’ils ne soignent. Les consultations gynécologiques et accouchements sont parfois pratiqués par des élèves par manque de personnel.
Dans les pays en développement, certains facteurs culturels sont la cause de décès maternels qui pourraient être évités. C’est notamment le cas de l’Afrique où la femme est principalement valorisée au travers de sa capacité à procréer et à être mère. Plus le statut social de la femme est bas, plus la mortalité maternelle est élevée. Cette culture amène des femmes particulièrement jeunes et vulnérables à avoir de nombreux enfants et des premières grossesses à risque trop tôt.
Les femmes les plus pauvres sont aussi les plus touchées par les complications et les risques d’accouchement. Elles souffrent souvent de malnutrition chronique et ont un accès aux soins particulièrement limité, ce qui rend leur situation difficile. Parfois obligées de travailler jusqu’au terme de la grossesse, la préparation à la naissance est inexistante et l’arrêt du travail ne dure que quelques jours.
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Facteurs Culturels et Préférences des Femmes
Au Burkina Faso, une politique nationale a été mise en place pour réduire les prix des accouchements et des urgences obstétricales dans les services de santé publics. À la suite de l’application de cette politique, on a constaté une hausse de la couverture des accouchements par du personnel qualifié dans les centres de santé à l’échelle du pays. Cependant, des disparités sont observées entre les régions et entre les centres de santé.
Dans certaines formations sanitaires, la couverture des accouchements n’a pas du tout changé. Les agents de santé expliquent que la politique nationale n’a pas eu d’effet dans certains centres, car les femmes peuls (ethnie majoritaire dans le district) refusent d’accoucher à l’hôpital pour des raisons culturelles. Selon les agents de santé, une des raisons avancées est que les femmes peuls refuseraient de donner naissance à l’hôpital afin de ne pas exprimer publiquement leur douleur. En adoptant une telle attitude, elles exposeraient ainsi leur bravoure.
Il faut d’abord mentionner que cette valeur morale n’est pas spécifique des populations peuls, elle est partagée par de nombreuses sociétés africaines. En effet, par leur capacité à maîtriser les douleurs associées au travail d’accouchement, les femmes transmettraient à leur nouveau-né la faculté de mieux contrôler ses émotions et d’être mieux perçu par les membres de la communauté.
De plus, cette volonté de maîtriser ces douleurs ne semble pas entrer en contradiction avec le système de santé, puisque celui-ci l’encourage. En effet, les agents de santé incitent les femmes à ne pas exprimer verbalement leurs douleurs. Par ailleurs, celles qui réussissent sont valorisées par les agents de santé et sont élevées en modèles pour les autres.
Les agents de santé soutiennent aussi que les femmes peuls préfèrent retourner au village de leur mère pour donner naissance plutôt que de se rendre dans un centre de santé. Il ne s’agit pas non plus ici d’un obstacle culturel, mais tout simplement d’un souhait, parfois exprimé par les femmes, de pouvoir bénéficier d’un soutien familial au cours d’une période où elles se sentent en état de vulnérabilité. Il y a aussi le fait qu’à la maternité, les soignants n’autorisent pas les familles à entrer dans la salle d’accouchement en raison de l’espace réduit. Dans une salle d’accouchement, trois à quatre parturientes peuvent parfois être en travail en même temps.
Le soutien social pour les femmes, du Nord comme du Sud, pendant l’accouchement est reconnu comme une stratégie efficace et contribue à renforcer l’expérience positive d’accouchement dans les services de santé publics.
Amélioration des Services de Santé et Perspectives d'Avenir
En plus d’un système de santé qui reste encore faiblement à l’écoute des préférences des femmes, le manque d’infrastructures, de médicaments et des consommables nécessaires pour les soins de santé maternels est chronique dans les services de santé publics. À cela s’ajoutent les difficultés relationnelles et de communication entre les agents de santé et les parturientes. La qualité de l’accueil dans certains centres reste médiocre. Les femmes dénoncent l’absence, l’indisponibilité des professionnels de la santé dans les formations sanitaires, la violence verbale et le mépris à leur égard.
Malgré la réduction des coûts associés à la politique du Burkina Faso, les femmes continuent à payer pour leurs frais d’accouchement. Il ne faut pas non plus oublier les paiements informels exigés parfois par certains soignants, les coûts associés au transport, à la nourriture des accompagnateurs dans les centres de santé et aux consommables qui devraient être pourtant gratuits, comme les gants ou les produits de nettoyage.
En outre, les distances que les femmes doivent parcourir pour atteindre un centre de santé, les mauvaises conditions des routes, l’absence et l’inadéquation des transports (bicyclette, moto) dans les villages sont toujours des réalités vécues par les femmes enceintes lorsqu’elles souhaitent donner naissance dans un centre de santé.
L’Ordre de Malte France apporte des soins adaptés aux mères et à leurs bébés grâce à différents établissements de soins en Afrique Subsaharienne. La pédagogie est aussi au cœur des actions de l’association qui approche les mères et futures mamans dans le but de leur expliquer les bonnes pratiques à avoir à l’approche de leur accouchement et d’éviter les complications.
Pour éviter les dérives liées à l'augmentation des césariennes, un accompagnement est mis en place dans quatre pays, dont le Burkina Faso. Ce projet vise à informer les femmes des différents modes d’accouchement et à aider les médecins et les sages-femmes à analyser leurs pratiques au regard des indications médicales de la césarienne. Il a été observé que cette simple délivrance d’informations, si elle est bien dispensée, peut faire diminuer de 25 % le nombre de césariennes pratiquées dans un hôpital.
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