L'accouchement est un moment unique et sacré dans la vie d'une femme, imprégné de traditions, de coutumes et de remèdes qui varient considérablement à travers le monde. En Afrique, l'accouchement traditionnel est un domaine complexe, oscillant entre des pratiques ancestrales profondément enracinées et les défis posés par les réalités sanitaires modernes. Cet article explore les différentes facettes de l'accouchement traditionnel en Afrique, en mettant en lumière les rituels, les acteurs clés, les enjeux de santé publique et les efforts déployés pour moderniser les pratiques tout en respectant les traditions culturelles.
Diversité des Pratiques et des Croyances
À travers le continent africain, une mosaïque de cultures et de traditions façonne les pratiques entourant la grossesse et l'accouchement. Ces pratiques sont souvent imprégnées de croyances spirituelles, de rituels et de tabous alimentaires qui visent à assurer la santé de la mère et de l'enfant.
- Rituels et Symboles: De nombreux rituels accompagnent la grossesse et la naissance. Par exemple, dans le campement d'Akungu en République centrafricaine, le mime de l'accouchement par une jeune femme pygmée et les soins prodigués au nouveau-né sont des événements importants. Le cordon ombilical est tranché avec une baguette de raphia, et le placenta est enterré.
- Interdits Alimentaires: Les interdits alimentaires pendant la grossesse sont courants et souvent motivés par des croyances culturelles. Dans beaucoup de pays africains, on dit à la femme de ne pas manger d'ananas, de peur que l'enfant à naître ait une peau crevassée comme le fruit. La consommation d'œuf est également déconseillée dans certaines cultures.
- Conseils Alimentaires Surprenants: Aux côtés des interdits, il existe des conseils alimentaires surprenants. En Asie et Afrique, il est courant de manger de la terre pour donner le goût du pays natal à l'enfant.
- Rôle du Placenta: Considéré comme le deuxième né, le placenta a une forte symbolique dans beaucoup de cultures. Dans de nombreux pays africains (Mali, Nigéria, Ghana, Côte d'Ivoire, Bénin, Algérie), on enterre le placenta près du domicile où l'enfant est né, sous un arbre par exemple.
Les Acteurs Clés de l'Accouchement Traditionnel
Les accoucheuses traditionnelles, souvent appelées "matrones", jouent un rôle central dans la prise en charge des femmes enceintes et lors de l'accouchement dans de nombreuses communautés africaines. Elles sont les gardiennes du savoir ancestral et les confidentes des femmes enceintes.
- Rôle des Matrones: Les matrones sont souvent des femmes expérimentées de la communauté qui ont acquis leurs compétences par transmission orale et pratique. Elles suivent les femmes enceintes tout au long de leur grossesse, prodiguant des conseils, des soins et un soutien émotionnel.
- Croyances et Pratiques: Les pratiques des matrones sont souvent basées sur des croyances spirituelles et des connaissances empiriques des plantes médicinales. Elles peuvent utiliser des massages, des herbes et des rituels pour faciliter le travail et l'accouchement.
- Importance Culturelle: Dans de nombreuses communautés, les matrones sont des figures respectées et indispensables. Elles sont les dépositaires de la culture et des traditions liées à la naissance.
Les Défis de Santé Publique
Malgré leur importance culturelle, les pratiques traditionnelles d'accouchement peuvent poser des risques pour la santé des mères et des nouveau-nés. Le manque d'hygiène, l'absence de compétences médicales et le recours tardif aux soins d'urgence peuvent entraîner des complications graves, voire le décès.
- Mortalité Maternelle: Le Nigeria représente pas moins de 19 % des mortalités maternelles dans le monde, selon un rapport conjoint de la Banque mondiale et d’institutions onusiennes de 2015. Un très grand nombre de femmes meurent de complications lors de l’accouchement ou des suites d’une contamination, parce qu’elles donnent naissance dans des lieux non stériles.
- Manque de Qualification: « Les accoucheurs traditionnels ne sont pas qualifiés. Certains ne savent ni lire ni écrire et ne comprennent même pas ce qu’ils font. Ils n’ont jamais été formés et croient qu’ils ont un don pour l’accouchement », regrette Adepuju Jaiyeoba, à la tête de la Brown Button Foundation.
- Cercle Vicieux: De nombreux Nigérians évitent encore les hôpitaux, même s’ils connaissent les dangers d’accoucher à la maison et en milieu traditionnel, selon Adepuju Jaiyeoba : « Justement parce que c’est dangereux, les femmes vont choisir l’accouchement traditionnel, parce qu’elles croient que seul Dieu sera en mesure de les protéger. C’est un cercle vicieux. »
Initiatives et Modernisation des Pratiques
Face aux défis de santé publique, de nombreuses initiatives sont mises en place pour moderniser les pratiques traditionnelles d'accouchement tout en respectant les cultures locales. Ces initiatives visent à améliorer la santé des mères et des nouveau-nés en renforçant les compétences des accoucheuses traditionnelles et en favorisant la collaboration avec les professionnels de la santé.
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- Formation des Matrones: Des formations sont organisées pour les matrones afin de les sensibiliser aux risques liés à l'accouchement et de leur enseigner des pratiques plus sûres. Elles apprennent à identifier les complications, à utiliser du matériel stérile et à référer les femmes enceintes vers les centres de santé en cas de besoin.
- Kits de Maternité: Adepuju Jaiyeoba a créé un « kit de maternité » qui contient un coussin, du savon antiseptique, un extracteur de mucus, du désinfectant et une dizaine d’autres produits stériles. Depuis, elle le distribue à travers tout le Nigeria. En cinq ans, plus de 520 000 trousses ont été utilisées dans 346 communautés.
- Collaboration avec les Sages-Femmes: Au Tchad, les accoucheuses traditionnelles sont progressivement sensibilisées et formées par les sages-femmes. Mère au foyer de la ville, devenue l’unique sage-femme formée de Kékédina, Christiane Gomo reconnaît que « sans l’aide des matrones, aucune femme ne viendrait accoucher au centre de santé ».
- Sensibilisation des Communautés: Des campagnes de sensibilisation sont menées auprès des communautés pour informer les femmes enceintes des risques liés à l'accouchement à domicile et des avantages des soins médicaux.
L'Héritage Colonial et l'Évolution des Pratiques Maternelles
L'histoire de l'accouchement en Afrique est également marquée par l'influence de la colonisation. Les puissances coloniales, préoccupées par la "dépopulation" et le besoin de main-d'œuvre, ont cherché à façonner de nouvelles façons d'être mère et à encourager les femmes à accoucher dans des établissements médicaux.
- Préoccupations Démographiques Coloniales: Dans tous les empires, les débuts de l’époque coloniale en Afrique sont marqués par la crainte - plus ou moins fondée - de la « dépopulation ». Une main-d’œuvre nombreuse et en bonne santé est donc indispensable. C’est aussi ce qui explique l’intérêt des colonisateurs pour les Africaines : les autorités les envisagent surtout à l’aune de leur rôle reproducteur.
- Développement des Infrastructures Médicales: Dans l’entre-deux-guerres, diverses initiatives sont prises afin d’inciter les Africaines à adopter de nouvelles pratiques lorsqu’elles sont enceintes : elles sont vivement encouragées à fréquenter des établissements médicaux ou paramédicaux et à se détourner des femmes de leur entourage, non professionnelles.
- Formation des Sages-Femmes: La cheville ouvrière de ces dispositifs est constituée par les sages-femmes africaines, formées différemment selon les territoires et les empires. Ainsi la France favorise-t-elle la centralisation et l’étatisation : en fondant à Dakar en 1918 une section « sages-femmes » à l’École de médecine, elle s’engage à employer dans la fonction publique les femmes qui y font des études exigeantes, avant d’être affectées dans toutes les régions d’Afrique française.
- Marginalisation des Accoucheuses Traditionnelles: Les autorités médicales ne prévoient pas d'éduquer les accoucheuses, perçues comme des figures archaïques aux méthodes dépassées.
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