Lors d’un accouchement par voie basse, il arrive que la future mère ait besoin d’une assistance pour l’expulsion du bébé. Dans ces situations, le médecin peut recourir à divers instruments, parmi lesquels les forceps, les spatules et la ventouse. Un accouchement est considéré comme dystocique lorsque des complications surviennent, nécessitant parfois une intervention instrumentale pour faciliter l’extraction de l’enfant. Les naissances avec instruments d’extraction (forceps, ventouse, spatules) sont fréquentes et représentent 10% des naissances en France.
Les instruments d'extraction : forceps, spatules et ventouse
Forceps
Les forceps sont des instruments métalliques constitués de deux branches en forme de cuillères évidées. Ils sont placés de part et d’autre de la tête du bébé pour faciliter son passage à travers le canal pelvien lorsque celui-ci a des difficultés à s’engager. Le médecin insère chaque branche des forceps de Suzor l’une après l’autre dans le vagin, le long du crâne du bébé, formant ainsi une pince. Avec soin, il applique une traction douce mais ferme pour guider le bébé dans sa descente lorsqu’une contraction survient.
Spatules
Les spatules sont constituées, comme les forceps, de deux cuillères en plastique ou en métal, mais non reliées entre elles. Elles permettent au médecin d’orienter la tête du bébé jusqu’à sa sortie. L'utilisation des spatules se rapproche de celle des forceps, mais les cuillères sont pleines et indépendantes l’une de l’autre. Cela permet également d’écarter le vagin pour faire de la place tout en protégeant la tête du bébé.
Ventouse
La ventouse est un instrument permettant d'attraper la tête du bébé par succion. C’est un instrument qui s’applique sur le sommet de la tête du bébé et qui, par aspiration, va aider à le faire sortir. Pour utiliser la ventouse, le médecin doit évaluer la position du bébé. Si tous ces éléments sont réunis, l'obstétricien place la ventouse au sommet du crâne de l’enfant. La ventouse permet d’accompagner les mouvements d’expulsion de la maman. En adhérant doucement au cuir chevelu, la ventouse permet au médecin d’exercer une traction supplémentaire lors des contractions de la maman, et de maintenir la tension lorsque la maman est au repos, afin d’éviter que le bébé ne remonte. Elle peut aussi permettre de mieux orienter la tête du bébé pour faciliter l’accouchement. La ventouse est surtout utilisée pour orienter la tête du bébé lorsqu’elle n’est pas dans la bonne position ; c’est, tout d’abord, un instrument de flexion et de rotation de la tête. La ventouse est appliquée sur l’arrière du crâne du bébé. Elle sert à orienter et accentuer la flexion de la tête, diminuant ainsi son diamètre ce qui facilite la sortie.
Quand l'utilisation de ces instruments est-elle nécessaire ?
L’utilisation des forceps, spatules ou ventouses est nécessaire lorsque l’accouchement a besoin d’être accéléré, la sortie de votre enfant, engagé dans le col de l’utérus, se faisant en moyenne en une demi-heure. Diverses situations peuvent justifier le recours à ces instruments :
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- Travail prolongé ou arrêté : Si la progression du travail est anormalement lente ou si elle s’arrête complètement, les forceps peuvent être utilisés pour aider le bébé à descendre et à sortir. Vous avez des contractions depuis un long moment, la tête de votre bébé ne descend pas, vous vous fatiguez progressivement.
- Fatigue maternelle : « C’est notamment le cas lorsque la future maman n’a plus de sensations et ne peut plus faire le travail à cause de la péridurale ou qu’elle est trop fatiguée pour pousser », indique le Pr Philippe Deruelle. Parfois aussi la mère ne peut pas pousser en raison d’une insuffisance cardiaque congestive ou des malformations vasculaires cérébrales par exemple, ou parce qu’elle est trop épuisée pour le faire efficacement.
- Souffrance fœtale : « Il arrive parfois que la mère ou le bébé présente des signes de détresse dans les dernières étapes du travail », décrit la société des obstétriciens et gynécologues du Canada.
- Nécessité d'accélérer l'accouchement : L’utilisation des forceps, spatules ou ventouses est nécessaire lorsque l’accouchement a besoin d’être accéléré, la sortie de votre enfant, engagé dans le col de l’utérus, se faisant en moyenne en une demi-heure.
Cette assistance instrumentale évite aussi souvent de passer par une césarienne.
Avantages et inconvénients des différents instruments
Selon le Pr Philippe Deruelle, « la ventouse obstétricale est l’instrument montrant le meilleur bénéfice-risque, à la fois pour la maman, mais aussi pour le bébé. Elle est moins traumatique que les forceps ». « Cependant, elle reste moins traumatique que les forceps, qui peuvent blesser le visage de l’enfant en lui laissant des marques.
Chaque instrument a ses propres spécificités. Mais le choix d’un ou l’autre des instruments dépend avant tout du praticien qui a plus l’habitude d’utiliser l’un ou l’autre.
Risques potentiels pour la mère
Pour la mère, les risques liés aux forceps sont souvent moins évoqués et pourtant plus significatifs. L’utilisation des forceps augmente le risque de traumatismes périnéaux sévères dans environ 25 % des accouchements (contre 13,2 % pour ceux réalisés avec une ventouse). Ces traumatismes incluent des déchirures sévères du périnée, vaginales et rectales. Le principal risque est celui d’une déchirure du périnée et de lésions au niveau vaginal. Ceci est surtout vrai avec les forceps et les spatules.
C’est pourquoi de nombreux gynécologues pratiquent des épisiotomies préventives, bien que cette pratique soit controversée et dénoncée par l’OMS, car elle ne garantit pas de réduction des déchirures. Bien qu’il n’existe pas de preuves concluantes en faveur de l’épisiotomie systématique, une épisiotomie médiolatérale peut limiter les lésions du sphincter anal, notamment chez les primipares, en cas d’utilisation de forceps.
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Risques potentiels pour le bébé
Pour le bébé, l’application des forceps, qui sont des instruments en métal placés au niveau des joues et des tempes, peut entraîner de légères traces rouges. Ces marques sont sans gravité et disparaissent généralement dans les 24 à 48 heures après la naissance. Avec les forceps et les spatules, le bébé pourra présenter de petits hématomes ou des rougeurs sur les joues ou les tempes. Dans tous les cas, si ces hématomes semblent douloureux, il sera possible de lui administrer des antalgiques.
Parmi les autres effets possibles, un céphalhématome (épanchement de sang sous le cuir chevelu) peut survenir, mais il se résorbe en quelques semaines sans conséquences graves. Quant aux séquelles neurologiques, aucune étude n’a prouvé que les forceps peuvent en provoquer. Enfin, la forme légèrement allongée ou déformée du crâne du bébé après la naissance n’est jamais due aux forceps, mais au passage dans le bassin de la mère.
La ventouse peut créer une bosse séro-sanguine, indolore, sur le crâne de votre bébé, sorte de petit chignon qui va disparaître en quelques jours. Il peut se former également un céphal-hématome qui disparaitra en quelques semaines.
Des conséquences plus importantes peuvent aussi être observées.
- Bosse séro-sanguine du cuir chevelu/céphal-hématome : en particulier, lors de l’utilisation de la ventouse. Cette bosse est un épanchement de sang et de sérum sous-cutané et est souvent de couleur rouge ou bleutée.
- Torticolis : les mouvements de traction voire de flexion/rotation de la tête du bébé effectués par le médecin peuvent engendrer des contractions musculaires et des troubles posturaux de la tête et du cou du nouveau-né. Il éprouve alors des difficultés à tourner la tête dans un sens ou dans l’autre et l’arrière de son crâne, toujours posé du même côté, lorsqu’il est allongé sur le dos, peut se déformer.
- Torticolis et/ou plagiocéphalie : ce trouble positionnel peut être causé par des contraintes exercées sur le bébé pendant sa naissance, d’autant plus si cette dernière a été difficile.
- Autres troubles posturaux : certains bébés gardent la trace des forceps ou des spatules après la naissance. Il est important que cette zone soit travaillée afin que le crâne du nourrisson se développe harmonieusement.
- Troubles de la succion : lors de la tétée, la mâchoire de votre bébé doit effectuer des mouvements d’avant/arrière et non pas de haut/bas. Des contraintes au niveau de son crâne et/ou de sa mâchoire peuvent affecter ses mouvements. Votre bébé ne boit pas beaucoup, réclame souvent à manger. Si vous allaitez vous pouvez aussi ressentir une douleur au niveau mammaire lors de la tétée. Cette douleur n’est pas normale.
- Troubles digestifs : beaucoup de bébés sont sujets à des coliques ou à des reflux gastro-œsophagiens. Les contraintes exercées lors d’une naissance difficile peuvent en être la cause. D’autre part, il faut savoir qu’au niveau de la base du crâne, nous possédons un nerf important pour la digestion, le Nerf X ou Nerf Vague.
- Troubles auditifs : un doute peut apparaître lorsque les tests auditifs de votre bébé sont réalisés à la maternité. Une oreille semble moins entendre que l’autre, voire les deux semblent atteintes. Encore une fois, les contraintes exercées sur le crâne du bébé lors d’une naissance difficile peuvent atteindre les nerfs crâniens ; dans ce cas, les nerfs responsables de l’audition.
- Troubles du sommeil, troubles du comportement : votre bébé peut ressentir une gêne causée par des contraintes sur son corps.
Impact psychologique et vécu de l'accouchement
L'utilisation de forceps lors d’un accouchement suscite de nombreuses interrogations. Comme toute instrumentalisation de l’accouchement, les forceps peuvent entraîner des dommages physiques et psychologiques non négligeables. L’intensité des émotions ressenties par la mère pendant l’accouchement, souvent après des heures de travail épuisant, peut rendre l’accouchement instrumental particulièrement marquant, voire traumatisant. « Lors de mon premier accouchement, ils ont dû utiliser les forceps car le rythme cardiaque du bébé ralentissait. Tout s’est passé très vite mais j’ai gardé pendant très longtemps le bruit des pinces métalliques associé au souvenir de mon accouchement.
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Le contexte d’un accouchement assisté par forceps est essentiel. Si la mère est épuisée après une longue phase de poussée ou que le bébé présente des signes de détresse, les forceps peuvent s’avérer indispensables. Cependant, il est important de noter que certaines femmes ont donné naissance avec des forceps bien qu’elles auraient préféré continuer à pousser, et alors que le bébé ne montrait aucun signe d’alerte. “Je n’ai jamais compris pourquoi les forceps avaient été utilisés. Cette décision fut prise entre l’équipe médicale, sans même me consulter, alors que j’avais l’impression de “gérer” la situation. J’ai trouvé cela violent et surtout, je me suis sentie oubliée”.
Un débriefing post-accouchement avec un professionnel de santé est essentiel pour clarifier les raisons qui ont motivé l’utilisation des forceps, les conséquences possibles pour la mère et le bébé, et répondre aux questions des parents. L’information joue un rôle clé dans l’apaisement des peurs et l’amélioration du vécu post-accouchement. Comprendre les décisions prises et leur impact peut grandement aider à alléger le poids émotionnel de l’accouchement assisté.
Comment diminuer le recours aux forceps ?
Pour réduire l’utilisation des instruments, il est recommandé de :
- Informer que la péridurale peut augmenter le risque d’extraction instrumentale, bien que cet effet soit moins marqué avec les nouvelles techniques.
- Attendre une à deux heures après la dilatation complète pour commencer la poussée sous péridurale.
- Favoriser les positions verticales ou latérales chez les patientes sans péridurale, et allongées sur le côté sous péridurale.
- Avant tout, il est essentiel d’évaluer la situation de stagnation. La phase de poussée n’a pas de durée fixe : elle varie d’une femme à l’autre et est multi-factorielle. En cas de travail qui stagne, il est recommandé d’inciter la mère à changer de position, à se mettre en mouvement, ou à adopter une posture qui favorise la gravité. Si cela ne suffit pas et que des signes de fatigue apparaissent, tant chez la mère que chez le bébé, l’injection d’ocytocine peut s’avérer utile.
Le rôle de la péridurale
La péridurale a un impact direct sur l’augmentation de l’utilisation des forceps (et de la ventouse). En supprimant ou réduisant les sensations, elle peut diminuer ou supprimer l’effet réflexe de la poussée, entraînant parfois une poussée inefficace. En outre, la péridurale, en limitant la mobilité, peut entraver le processus physiologique de la naissance. Cela est de moins en moins vrai grâce à la péridurale déambulatoire. Cependant, les cas de péridurales mal dosées restent fréquents (plus de 23 % selon l’enquête périnatale de 2021).
Il est important de noter que la pose d'une péridurale n'induit pas automatiquement l'emploi d'instruments ou la pose de forceps. Néanmoins, elle y est majoritairement associée car le périnée n'est pas assez souple et l'expulsion plus rapide que lors d'un accouchement spontané.
Consentement et information
Les futures mamans doivent être informées des risques et avantages de l’extraction instrumentale pendant la grossesse. En salle d’accouchement, un accord verbal est requis et doit être noté dans le dossier médical. En cas d’extraction complexe, un consentement écrit est nécessaire, surtout si l’intervention se fait au bloc opératoire.
Suivi ostéopathique
Il est conseillé à tout parent de réaliser un bilan chez un ostéopathe pour son bébé, et cela même si la naissance s’est déroulée normalement. En cas de naissance compliquée, et même si votre enfant ne souffre d’aucun trouble, il est d’autant plus recommandé de réaliser un bilan. Après un accouchement difficile, il est important d'effectuer un bilan pour le bébé mais également la maman !
L’ostéopathe va s’intéresser au déroulé de votre grossesse et à celui de la naissance. Si la naissance s’est révélée difficile, il va s’y intéresser plus en détails : quel instrument a été utilisé ? Pour quelle raison ? Comment l’avez-vous vécu ?
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