Introduction
L'accouchement, expérience universelle et profondément personnelle, occupe une place significative dans l'histoire et la théologie. Cet article explore la perception et le rôle de l'accouchement dans la culture hébraïque à travers différentes époques, en s'appuyant sur des textes bibliques et des analyses historiques.
L'accouchement dans la Genèse : Jugement et Promesse
Dans le récit de la Genèse, l'accouchement est inextricablement lié à la Chute. En Genèse 3.16, Dieu annonce à la femme qu'il augmentera considérablement les douleurs de son accouchement. Les commentateurs y voient une référence à la fois à la détresse émotionnelle et physique. Pour toute personne qui a accouché, Genèse 3.16 a une très grande signification. Cependant, au milieu de cet oracle de jugement, une promesse de rédemption émerge : la femme donnera naissance à un Fils qui écrasera la tête du serpent.
Les généalogies qui suivent dans la Genèse soulignent la miséricorde de Dieu et sa préservation de la semence de la femme. La naissance de chaque homme de jadis témoigne de la fidélité divine. Paradoxalement, lorsque nous rencontrons Abraham, Isaac et Jacob, nous voyons le thème de l’accouchement une fois de plus, mais de façon négative - leurs femmes sont stériles.
Exode: Naissance d'une Nation
Ce que nous observons Dieu faire dans la Genèse à un niveau individuel pour les patriarches, nous le voyons le faire dans l’Exode pour la nation d’Israël. Le livre de l’Exode s’ouvre sur l’histoire de Shiphrah et Puah, deux sages-femmes courageuses qui sauvent le peuple hébreu du génocide de Pharaon. Ce récit n’est pas seulement l’histoire « cool » de deux femmes extraordinaires, mais elle introduit tout le livre de l’Exode comme un récit de naissance. Les deux sages-femmes d’Exode 1 trouvent leur parallèle dans le leadership de Moïse et Aaron, les agents humains par lesquels Dieu délivre ou donne naissance à la nation.
Plusieurs analogies s’y rapportent: les 430 ans qu’Israël passe en Égypte sont comme sa période de gestation; les dix plaies peuvent être comparées aux douleurs de l’accouchement; et tout comme la naissance humaine, l’Éternel délivre Israël par le sang (à la Pâque) et l’eau (à la mer Rouge).
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Le Courage des Sages-Femmes
L'histoire de Shiphrah et Puah est emblématique. Confrontées à l'ordre impitoyable de Pharaon d'éliminer les nouveau-nés mâles hébreux, ces sages-femmes ont choisi de craindre Dieu plutôt que l'homme. Leur désobéissance civile a permis de préserver la vie de nombreux enfants, assurant ainsi la survie du peuple hébreu.
Elles n’ont pas appliqué le décret de Pharaon. C’est vrai. Mais elles ont surtout gardé leurs idées claires dans une situation ou n’importe qui aurait pu réagir d’une manière plus poltronne et être paralysé par la peur. La crainte de D.ieu est moteur d’action quand la peur d’un homme l’empêche.
Leur ruse face à Pharaon témoigne de leur intelligence et de leur détermination. Elles ont affirmé que les femmes hébreux étaient plus vigoureuses et accouchaient avant leur arrivée. Cette audace a déjoué les plans du pharaon et a permis aux sages-femmes de continuer à sauver des vies.
Impureté Rituelle et Accouchement
Dans la loi hébraïque, l'accouchement est associé à un état d'impureté rituelle pour la mère. Cette impureté n'est pas une punition, mais plutôt un état spirituel qui l'empêche temporairement de participer au culte. La plus grande source d’impureté est la mort. Tout contact, même symbolique, avec la mort engendre l’impureté.
La Paracha nous dit : « elle sera impure pendant 7 jours comme au moment de ses règles ». La mère est donc impure à cause de cette perte de sang qui représente la vie, pendant 7 jours pour un garçon et 14 jours pour une fille. C’est cette période d’isolement où la mère n’a pas encore retrouvé son état de pureté qui est spécifique à l’accouchement.
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Il faut se souvenir qu’à une époque lointaine, la femme risquait sa vie en mettant au monde un enfant. L’état d’impureté découle en partie du fait qu’elle a échappé à la mort. Lorsqu’un enfant naît, on sait qu’il est mortel puisque l’on sait qu’il va mourir un jour.
L'accouchement dans les Psaumes et les Prophètes
L’image de l’accouchement apparaît en Psaume 90.2. En hébreux, ça dit littéralement: « Avant que les montagnes soient nées, et que tu ais donné naissance à la terre et au monde… »
Le thème de l’accouchement est récurrent dans les prophéties d’Ésaïe et de Jérémie. Mais plutôt qu’une image de salut, l’angoisse qu’éprouve une femme pendant l’accouchement donne une image vivante du jugement de Dieu sur une nation qui le rejette, qu’il s’agisse de Babylone (És 13.8) ou d’Israël lui-même (Jr 4.31). Dans Ésaïe 66.5-14, le prophète utilise l’image de l’accouchement pour évoquer la nouvelle naissance de la nation d’Israël lorsqu’elle reviendra à l’Éternel.
Le Nouveau Testament : Naissance de Jésus et Nouvelle Naissance
La vie de Christ telle qu’elle est racontée par Matthieu et Luc s’ouvre sur un récit de naissance. La conception de Jésus par Marie est la plus unique et la plus surnaturelle de toutes, et le récit de sa naissance est le plus élaboré de la Bible. Enfin, le Fils promis est né, celui qui est destiné à écraser la tête du serpent!
Et la réalité physique ne tarde pas à se transformer en réalité spirituelle lorsque Jésus utilise l’imagerie de l’accouchement pour décrire à Nicodème la régénération: « Il faut que tu naisses de nouveau » (Jn 3.7). Dans son discours de la chambre haute, Jésus utilise l’image d’une femme en train d’accoucher pour décrire la tristesse que ses disciples ressentiront à son départ. Et il ajoute que la joie qu’une mère éprouve lorsqu’elle tient son nouveau-né dans ses bras sera la leur à l’avènement de son royaume.
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Apocalypse: Symbolisme de l'Accouchement
Le livre de l’Apocalypse dans son ensemble nous indique les réalités de l’autre monde en termes hautement symboliques. Et, une fois de plus, nous voyons le thème de l’accouchement, dans Apocalypse 12. Les érudits catholiques soutiennent que la femme est Marie, la mère de Jésus. Mais si nous utilisons les techniques d’interprétation, nous remarquons que le soleil, la lune et les étoiles apparaissent ailleurs, dans Genèse 37.9, en référence à Jacob, sa femme, et ses douze fils. Pour cette raison, la plupart des spécialistes croient que la femme est Israël, et que l’enfant qu’elle porte est Jésus. Ici encore, nous voyons se répéter le schéma que nous avons vu précédemment: un enfant miraculeux naît, un ennemi cherche à le détruire, et l’enfant est divinement protégé afin qu’il puisse délivrer le peuple de Dieu.
Évolution des Pratiques d'Accouchement
La majorité des femmes accouchent aujourd’hui en position gynécologique, allongée, les jambes fléchies sur la poitrine. Les peintures et sculptures rupestres que les archéologues ont étudiées montrent des scènes d’accouchement à même le sol, près d’une source d’eau ou dans la forêt, afin d’accroître le pouvoir vital de la Terre. Les femmes accouchaient accroupies, probablement seules. La fertilité des femmes et de la Terre ne faisaient qu’une, conférant à la naissance un caractère sacré. La position verticale (à genoux, accroupie, assise) reste privilégiée. Dans les familles aisées, on utilisait des sièges d’accouchement. Les récits de l’Egypte Antique relatent l’accouchement de la déesse Hathor assise sur un lit. Les femmes s’asseyaient plutôt sur les genoux d’une femme robuste, voisine ou proche, la matrone était placée devant. L’accouchement se déroulait dans la salle commune calfeutrée et surchauffée, grâce à la cheminée qu’on devait alimenter sans cesse.
Dans la deuxième moitié du Moyen-Âge, les chaises d’accouchement se généralisent. Sous l’impulsion des chirurgiens accoucheurs comme François Moriceau, l’obstétrique devient au XVIIe siècle une spécialité médicale. Les médecins participent aux accouchements, ils utilisent de plus en plus d’instruments comme les forceps. Les positions verticales, jugées bestiales et impudiques, sont alors remplacées par la position allongée. Avec la généralisation des accouchements à l’hôpital, la mobilité pendant le travail s’est encore réduite, et la « french position » est devenue la norme. Au début, on accouchait dans des « lits de misère », où le haut du corps était rehaussé de coussins. Dans les campagnes, il existe encore de la diversité au début du XXe siècle. Par exemple, en Alsace, on accouche sur un sac de son. Avec la médicalisation de l’accouchement et l’arrivée de l’anesthésie, l’immobilité monte encore d’un cran ! Les femmes accouchent à plat dos sur une table haute, dure et étroite, les jambes en l’air écartées dans les étriers, cachées sous des draps. Les branchements - monitoring, perfusion, parfois sonde urinaire - empêchent de se mouvoir longtemps avant la poussée.
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