La perte d'un bébé pendant la grossesse ou peu après la naissance est une tragédie dévastatrice pour les parents. Cet événement, appelé deuil périnatal, reste un sujet tabou et peu reconnu socialement. Cet article vise à explorer les causes possibles d'un accouchement d'un bébé mort, à comprendre les enjeux émotionnels pour les parents et à offrir des pistes pour surmonter cette épreuve.
Définition et Statistiques
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit le deuil périnatal comme la perte d'un bébé entre 22 semaines d'aménorrhée (soit 5 mois de grossesse) et le 7e jour après la naissance. En France, en 2022, plus de six grossesses sur 1 000 s'arrêtent ainsi, selon les chiffres communiqués par le CHU de Bordeaux. La mort fœtale in utero, également appelée « enfant mort-né », touche environ 1% des naissances chaque année en France.
Il est important de distinguer :
- Mort ante partum: décès constaté avant le début du travail.
- Mort perpartum: décès survenant pendant l'une des phases de l'accouchement.
Un signe révélateur de la mort in utero est l'absence de mouvement du bébé. Il arrive que la future maman ne ressente plus son enfant pendant plusieurs heures. Chez certaines femmes, on peut aussi observer une montée de lait lorsque survient la mort du bébé. Si la maman a des doutes et ne sent plus son bébé pendant plusieurs heures, il est possible d'avoir recours à une échographie et à une auscultation ultrasonique, ou à un monitoring obstétrical.
Causes Possibles de la Mort In Utero
Identifier la cause du décès est crucial pour le deuil des parents et pour la prise en charge des grossesses futures. Cependant, dans environ 36% des cas, aucune cause n'est identifiée, ce qui peut être particulièrement difficile à accepter pour les familles.
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Les causes peuvent être classées en trois catégories principales :
Causes Maternelles
Elles impliquent le corps, le métabolisme et l'environnement de la mère.
- Hypertension artérielle: serait responsable de 56% des morts ante partum.
- Tentative de suicide: 36%.
- Traumatismes (accident, choc violent, chute): 7%.
- Diabète: 3%.
Causes Fœtales
Une autopsie peut révéler les raisons du décès liées au fœtus lui-même.
- Infections: Cytomégalovirus, herpès, toxoplasmose, rubéole, syphilis et mycoplasme. Un bilan immunitaire positif est remarqué chez 13% des bébés.
- Maladies auto-immunes: lupus ou syndrome des antiphospholipides.
- Transfusion sanguine: en cause chez 5% des bébés.
- Prise de médicaments: de type aspirine et codéine.
- Mort subite in-utero: Une statistique extrêmement faible.
Causes liées à l'Environnement Fœtal
Les problèmes les plus récurrents viennent de l'environnement fœtal lui-même.
- Accident de cordon ombilical: soit un nœud s’est formé (autour du cou, du bras…), soit le bébé a compressé son cordon un temps prolongé, provoquant un arrêt de l’oxygénation.
- Diminution de la quantité de liquide amniotique: à partir de 41 semaines.
Le Parcours Hospitalier et les Décisions Difficiles
Lorsque la mort in utero est constatée, vient le moment de la sortie du bébé (par accouchement naturel ou bien par césarienne). On vous annonce que votre bébé est mort, puis qu'il va falloir prendre des médicaments pour faire démarrer le travail. On vous demande aussi si vous voulez le faire enterrer ou si vous laissez le corps à l'hôpital, si vous souhaitez réaliser une autopsie.
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Les parents sont confrontés à des décisions difficiles dans un laps de temps très court, telles que :
- Voir ou non le bébé.
- Lui donner un prénom.
- L'habiller.
- Organiser des obsèques.
- Autoriser une autopsie.
Les puéricultrices prennent soin d’habiller les bébés mort-nés, du bonnet aux chaussettes, et de les photographier. Il est toujours proposé aux parents de voir l'enfant. Mais souvent, ils ne sont pas en capacité de le regarder. L'hôpital conserve alors des photos qu'ils pourront consulter quand ils le souhaitent.
La loi du 7 juillet 2023 a instauré la mise en place par chaque agence régionale de santé (ARS) d’un parcours fausse couche.
L'Importance du Suivi Psychologique et du Deuil Périnatal
Le choc est souvent très important pour les parents après l'annonce de la mort de leur bébé. C'est là que le côté psychologique entre en compte. Le suivi est primordial et quasiment obligatoire. Dès les premières minutes, il est proposé aux familles de rencontrer un professionnel pour les accompagner dans leur deuil.
Hélène Martinot, psychologue, explique : « Dès le départ, la maman est prise en main par un psychologue travaillant dans une maternité ou une unité-mère enfant ». Elle conseille des groupes de parole avec des femmes ayant vécu la même chose, supervisés par un professionnel. Un suivi thérapeutique individuel peut aussi aider la maman à se reconstruire et à envisager la vie sans cet enfant.
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La psychothérapie est donc à envisager pour pallier aux symptômes liés à la perte de l’enfant. En effet, après l'annonce de la mort et le choc, les symptômes chez les mamans sont nombreux. Les femmes ressentent souvent une culpabilité de ne pas avoir réussi à mener cette grossesse à terme, de l'anxiété de revivre ce moment lors d'une prochaine grossesse ou encore, une dépression plus lourde provoquée par le vide laissé par le fœtus.
Le deuil périnatal est un processus long et douloureux, comparable au deuil d'une personne ayant vécu. Les étapes du deuil sont aussi applicables à la mort d'un fœtus in utero. Le bébé fait déjà partie intégrante de la vie des parents avant la naissance, alors le deuil est tout aussi difficile à vivre. Même s'il ne portait pas l'enfant, la perte est souvent tout aussi difficile à vivre pour le père que pour la mère.
Des associations proposent de l'aide aux parents endeuillés, comme Agapa, Spama, ou la Fédération “Naître et Vivre”.
Reconnaitre l'Existence de l'Enfant et Lui Donner une Place
Afin de garder un souvenir de leur enfant et de lui accorder une place dans leur vie, le personnel encadrant, ou des associations bénévoles, peuvent proposer aux parents de photographier leur enfant (association Souvenange) ou de prendre ses empreintes de pieds et de mains pour les conserver dans un livret.
Le fait de donner un prénom à l’enfant, de l’inscrire à l’état civil et sur le livret de famille peut participer au processus de deuil. La reconnaissance d’un enfant mort-né est possible dès 15 semaines d’aménorrhée révolues, sans délai légal, sur présentation d’un certificat d’accouchement délivré par l’hôpital. Un acte d’enfant sans vie peut ainsi être établi et un livret de famille peut-être délivré s’il n’existe pas encore. À partir de 22 semaines de grossesse, si l’enfant naît vivant et décède : la déclaration à l’état civil est obligatoire dans un délai de 3 jours. Des actes de naissance et de décès sont établis et reportés obligatoirement dans le livret de famille.
Suite à une proposition de loi adoptée en 2021 par le Parlement, les parents d’enfants nés sans vie peuvent désormais leur donner un nom et un prénom. Peuvent désormais également y figurer, à la demande des père et mère, le ou les prénoms de l'enfant ainsi qu'un nom qui peut être soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit leurs deux noms accolés.
Dès lors que votre grossesse aura atteint 14 semaines d’aménorrhées, votre enfant pourra être déclaré à la Mairie du lieu de naissance. La déclaration de naissance sera réalisée par l’équipe de la maternité. Il vous faudra alors contacter directement l’entreprise de pompes funèbres. M. et S. Merci beaucoup pour cette initiative qui apporte un peu de réconfort dans notre Deuil. Nous avons décidé de ne pas organiser de cérémonies après la perte de notre bébé et je le regrette aujourd’hui. Grace à cet évènement, j’ai pu me recueillir comme il se doit. On se sent reconnu dans notre douleur.
La Question d'une Nouvelle Grossesse
La question d'une nouvelle grossesse est souvent difficile à aborder avec des parents ayant vécu le drame d'un bébé mort in utero. Quand retenter ? Comment être sur de ne pas « rater » ce bébé ? Comment réussir à ne plus penser à l'enfant décédé ?
La psychologue est catégorique : « pour ma part, il n'est pas sain d'avoir un autre enfant, lorsque le deuil n'est pas fait ; même s'il ne le sera jamais réellement. Mais, la prise de conscience de la mort de ce bébé doit être totale avant d'envisager une autre grossesse ».
Après la perte d’un bébé, in utéro ou à la naissance, vient ce que l’on appelle la douloureuse étape du deuil périnatal.
Comment Aider les Parents Endeuillés ?
Dans notre vie professionnelle ou personnelle, nous pouvons tous être amenés à rencontrer une personne qui a vécu un deuil périnatal. Il faut prendre conscience qu’après le congé maternité ou paternité, le retour à la vie courante et au travail peut s’avérer difficile, tant certains parents ressentent un décalage entre les impératifs du quotidien et le drame qu’ils ont vécu.
Pour l’entourage, le plus difficile est peut-être d’oser en parler avec les parents. « C’est pourtant indispensable : parfois dire simplement 'je suis là si tu veux parler de ce que tu as vécu', suffit ». Ne prenez pas de décision à la place de vos proches. Évitez de formuler un jugement, un conseil ou une appréciation sur leurs choix. Ne forcez pas à la confidence : dans un premier temps, certains parents peuvent avoir besoin de rester à l’écart ou de fréquenter un cercle de personnes très restreint. Soyez attentifs aux signes de fatigue et de lassitude de votre collègue, votre ami(e), votre nièce, votre frère, etc.
Interruption Médicale de Grossesse (IMG)
L’interruption médicalisée de grossesse (IMG), également appelée avortement thérapeutique, peut être réalisée uniquement lorsque la santé de la femme enceinte ou de son enfant est en cause.L’IMG peut être réalisée dans l’un des cas suivants :
- L’enfant à naître est atteint d’une affection particulièrement grave et incurable
- La grossesse met gravement en danger la santé de la femme enceinte
L’IMG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse.
La procédure de décision d’IMG dépend du motif (santé de la mère ou de l’enfant).
La femme enceinte (seule ou en couple) a une consultation préalable à l’Interruption Médicalisée de Grossesse pendant laquelle toutes les informations sur celle-ci et le devenir du fœtus lui sont fournies. L’IMG est réalisée par méthode médicamenteuse ou, en cas d’échec, par technique chirurgicale.
Ressources et Soutien
De nombreuses ressources existent pour accompagner les parents confrontés à la perte d'un bébé. Voici quelques exemples :
- Associations: Agapa (01 40 45 06 36), Spama (07 87 85 37 81), Fédération “Naître et Vivre” (01 47 23 05 08), Souvenange.
- Livres: "Parents orphelins : vivre une fausse couche, une IMG, un deuil périnatal" de Sophie Nanteuil, "Les rêves envolés - Traverser le deuil d’un tout-petit bébé" par Suzy Fréchette-Piperni, "Vivre le deuil au jour le jour" par le Dr Christophe Fauré.
- Podcasts: Luna Podcast.
- Sites web: site de l’association Petite Émilie, site de l’association l’Enfant sans nom - Parents endeuillés.
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