Abdelmadjid Tebboune, élu président de l'Algérie à l'issue d'une élection contestée le 12 décembre 2019, incarne une figure complexe dans le paysage politique algérien. Son parcours, marqué par son appartenance à l'appareil d'État, son élection controversée et les défis considérables auxquels il est confronté, en font un acteur central de l'avenir du pays.

Un Parcours au Sein de l'Appareil d'État

Abdelmadjid Tebboune, né dans un lieu non spécifié, a fait carrière au sein de l'appareil d'État algérien. À 74 ans, il est toujours membre du Comité central du Front de libération nationale (FLN), l'ancien parti unique. Ce pur produit du sérail a fait ses classes dans l'administration préfectorale avant d'enchaîner les postes de wali (préfet) dans les années 1980, sous la présidence du colonel Chadli Bendjedid. En 1991, il devient ministre délégué aux Collectivités locales, avant de disparaître de la scène politique.

En 1999, Abdelaziz Bouteflika, fraîchement élu président, le fait sortir de sa « retraite anticipée » et le nomme ministre de la Communication, avant de lui confier d'autres portefeuilles jusqu'en 2002. Après dix ans de traversée du désert, il est rappelé au gouvernement en 2012 par Bouteflika, puis obtient la consécration en mai 2017 en devenant Premier ministre.

Une Élection Contestée et une Légitimité à Bâtir

L'élection d'Abdelmadjid Tebboune à la présidence algérienne a été immédiatement contestée par le Hirak, le mouvement pacifique qui s'est soulevé contre le système depuis le 22 février 2019. Pour le Hirak, le nouveau chef de l'État est un homme du sérail, un rouage d'un régime honni. Son arrivée au pouvoir est perçue comme le résultat d'une mascarade électorale, un scrutin imposé par l'état-major de l'armée, pour lequel l'abstention a atteint presque 60 %.

Face à cette crise de légitimité, Abdelmadjid Tebboune a entrepris de la créer en situation. Il a multiplié les consultations avec l'opposition, lancé un plan de réformes et mené de grandes manœuvres diplomatiques. Cet apparatchik a fait preuve d'une activité débordante qui tranche avec la léthargie des derniers mandats de son prédécesseur, Abdelaziz Bouteflika.

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La "Nouvelle République" et la "Moralisation de la Vie Publique"

Le grand œuvre de Tebboune, annoncé dès la campagne présidentielle, est la mise en place d'une « nouvelle République ». Sa priorité est la « moralisation de la vie publique ». Pour y parvenir, il a fait le pari de la main tendue. À peine installé à El Mouradia, le palais présidentiel algérien, il s'est lancé dans une série de consultations, recevant chefs de partis et personnalités liées au Hirak, ce qui a divisé l'opposition sur l'attitude à tenir. En signe d'apaisement, il a fait libérer une partie des détenus d'opinion.

Dans le même temps, le chantier de la réforme de la Constitution, l'une des principales demandes du Hirak, a été lancé au pas de charge. Un comité d'experts a été mis en place pour formuler des recommandations, avec pour axes de travail l'instauration d'une limite de deux mandats présidentiels, l'amélioration des libertés individuelles, la séparation des pouvoirs et le renforcement des prérogatives du Parlement. Cette Constitution révisée doit être approuvée par référendum, et des législatives sont prévues d'ici la fin de l'année.

Autre priorité, la lutte contre la corruption, dont Tebboune s'est fait le champion. Il a demandé la mise en place de « mécanismes propres à éviter les conflits d'intérêts entre l'exercice des responsabilités publiques et la gestion des affaires ». Il capitalise sur son passage comme Premier ministre, en 2017, lorsqu'il avait publiquement tancé les chefs de grandes entreprises et avait menacé de mettre fin à des contrats publics.

Défis Économiques et Tentatives de Diversification

Arrivé au pouvoir avec une crise politique à régler, Abdelmadjid Tebboune hérite aussi d'un pays en mauvaise posture sur le plan économique. La réussite de son mandat se jouera aussi sur sa capacité à améliorer le niveau de vie futur des Algériens. Sa marge de manœuvre est étroite, l'Algérie étant dans une situation de paralysie chronique, prise au piège de la dépendance aux hydrocarbures et aux importations.

Pour mener à bien cette diversification de l'économie, le président compte sur le développement des start-up. Un jeune ministre, Yacine Oualid, a été nommé pour dynamiser le secteur. Cela participe à donner l'impression qu'une nouvelle ère s'ouvre en Algérie. Outre le jeune Yacine Oualid, Tebboune a fait entrer des universitaires au gouvernement et a attribué des portefeuilles à des membres de la société civile.

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Entre Ouverture et Continuité

La méthode Tebboune se caractérise par un mélange de volonté d'ouverture et de continuité avec les fondamentaux du régime. Encore candidat, il avait salué l'armée « colonne vertébrale » du pays, qui a « protégé le Hirak ». Pendant que Tebboune exalte le peuple, l'homme qu'il a nommé à la tête de l'armée, le chef d'état-major par intérim Saïd Chengriha, désigne les ennemis, dénonçant les « dangereux complots » organisés par les « forces obscures » et la « main de l'étranger ».

Implication Régionale et Tentatives de Médiation

Pour un pouvoir en crise, la tentation est toujours forte de détourner l'attention vers les affaires extérieures. En Algérie, l'implication dans la crise libyenne s'est, en quelque sorte, imposée d'elle-même. Face au danger que représente la confrontation entre les troupes du maréchal Khalifa Haftar et le Gouvernement d'union nationale (GNA), les troupes ont été renforcées à la frontière de l'est. De son côté, le chef de l'État s'est posé en médiateur de la crise.

Un Chemin de Crête

C'est donc une sorte de chemin de crête que suit Abdelmadjid Tebboune. Un mélange de volonté d'ouverture et de postures populistes, dont il espère qu'elles lui attireront les sympathies de la majorité silencieuse, celle qui soutient le Hirak autant qu'elle aspire à la stabilité. Reste que les Algériens ont déjà connu pareilles tentatives de revitalisation du régime par le passé, la dernière lors de l'arrivée au pouvoir de Abdelaziz Bouteflika en 1999.

Aujourd'hui, la situation est difficile à reproduire en raison de conditions économiques défavorables. La crise de légitimité dont souffrent Tebboune et le régime algérien sera aggravée par l'incapacité des autorités à répondre aux attentes socioéconomiques de la population et à mettre en œuvre les changements politiques réclamés par le Hirak.

Contexte Politique et Social Algérien

L'Algérie, comme chaque vendredi depuis le 22 février, a vu des centaines de milliers d'Algériens marcher dans les rues de la capitale, des millions à travers les principales villes du pays. En trois semaines, l'Algérie s'est soulevée comme jamais contre son président. Le Hirak a remué tous les contentieux accumulés depuis l'indépendance entre la population et ses dirigeants. Contre la pesante dictature de l'unité du « peuple », la fraternité a fait irruption.

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Depuis sa naissance, le 22 février 2019, le hirak, mouvement populaire de protestation, se caractérise par une puissante créativité, à la fois politique, artistique et linguistique, en matière de slogans et de réponses aux mises en garde et aux manœuvres dilatoires du régime.

Hospitalisation et Référendum Constitutionnel

En octobre 2020, le président algérien Abdelmadjid Tebboune s'est mis à l'isolement après des cas suspects de Covid-19 dans son entourage, et a été admis dans un hôpital militaire d'Alger. Cette hospitalisation survient à quelques jours d'un référendum sur la révision de la Constitution présentée par le président Tebboune pour fonder une « Algérie nouvelle ».

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