Introduction
La question de l'avortement en Équateur est un sujet de débat intense, oscillant entre les avancées législatives limitées et la forte opposition des courants conservateurs. Cet article explore les complexités de cette problématique, en mettant en lumière les enjeux juridiques, sociaux et politiques qui façonnent le droit des femmes à disposer de leur corps dans ce pays d'Amérique latine.
Un contexte juridique restrictif
En Équateur, le Code pénal, entré en vigueur en 2014, criminalise l'avortement. Une femme qui subit un avortement ou aide une autre à le faire risque une peine de six mois à deux ans de prison. Si la mère décède pendant l'intervention, la personne qui a pratiqué l'avortement encourt jusqu'à seize ans de prison.
Le projet de loi visait à dépénaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans les cas de viol, y compris incestueux, ainsi qu’en cas de malformation du fœtus. Cependant, le parlement équatorien a voté contre la dépénalisation de l'avortement dans certains cas. Soixante-dix élus se sont exprimés contre le projet, et soixante-cinq pour.
La vague verte en Amérique latine : Un mouvement féministe transnational
Malgré ce contexte restrictif, l'Équateur est traversé par la "vague verte", un mouvement féministe latino-américain qui revendique le droit à l'avortement libre, sûr et gratuit. Ce mouvement, symbolisé par le "pañuelo verde" (foulard vert), a pris de l'ampleur depuis 2015, mobilisant les femmes dans les rues et sur les réseaux sociaux.
La vague verte s'inscrit dans un contexte plus large de remise en cause des inégalités de genre et des violences faites aux femmes. Elle se nourrit de la dimension transnationale des revendications, de la centralité du rejet de la violence contre les femmes et de la revendication du droit à l'avortement. Pour les féministes latino-américaines, la mobilisation leur permet de se saisir des problématiques urgentes, à titre personnel, dont la privation de droits sexuels et reproductifs.
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Équateur : Un paradoxe entre avancées politiques et restrictions sur l'avortement
La situation des femmes en Équateur présente un paradoxe. Le pays a atteint la parité en politique, avec plus de 50 % de femmes au parlement, et a introduit la notion de "fémicide" dans le code pénal en 2014. Cependant, l'avortement reste illégal, sauf en cas de risque vital pour la mère ou, depuis avril 2021, en cas de viol.
Face aux nombreux obstacles qui persistent pour que les femmes accèdent au droit de disposer librement de leur corps, les militantes féministes s’organisent et apportent leur soutien à une jeunesse qui risque gros.
La montée des droites nationalistes : Une menace pour les droits des femmes
La vague verte est confrontée à la montée des droites nationalistes en Amérique latine, qui remettent en cause les acquis en matière de droits des femmes. Ces mouvements conservateurs s'opposent à la légalisation de l'avortement et cherchent à restreindre l'accès à l'IVG.
Cette dynamique se traduit par des initiatives collectives et politiques publiques défavorables, telles que les campagnes de désinformation massive, les clauses et objections de conscience, ainsi que des contraintes administratives et matérielles à l’égard des médecins.
Exemples de pays ayant progressé sur le droit à l'avortement
Malgré les résistances, certains pays d'Amérique latine ont fait des progrès significatifs en matière de droit à l'avortement. L'Argentine a légalisé l'IVG en 2020, tandis que la Colombie l'a dépénalisée jusqu'à vingt-quatre semaines en 2022. Au Mexique, la législation en termes d’avortement est une compétence propre à ses entités fédératives. Aussi, si l’avortement a été dépénalisé depuis 2007 dans la ville de Mexico, il était alors dépénalisé en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère dans les autres États.
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Ces avancées témoignent de l'impact de la vague verte et de la mobilisation féministe sur les politiques publiques.
L'avortement dans le monde : Entre libéralisation et criminalisation
La situation de l'avortement varie considérablement à travers le monde. Si de nombreux pays ont libéralisé leurs législations au cours des dernières décennies, d'autres maintiennent des restrictions sévères, voire une interdiction totale.
En Europe, l'Irlande a autorisé l'avortement jusqu'à 12 semaines en 2019, tandis que Malte ne le permet que lorsque la vie de la femme est en danger. En Asie, la Corée du Sud a jugé son interdiction contraire à la Constitution en 2021, et la Thaïlande l'autorise sous certaines conditions.
En revanche, des reculs significatifs ont été observés dans certains pays, comme le Salvador, le Nicaragua, la Pologne et les États-Unis, où la Cour suprême a annulé l'arrêt Roe v. Wade en 2022.
Les obstacles à l'accès à l'IVG : Stigmatisation, désinformation et inégalités
Même dans les pays où l'avortement est légal, de nombreux obstacles persistent, tels que la stigmatisation, la désinformation, le manque de professionnels de santé disponibles et les inégalités économiques et sociales.
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En France, par exemple, les femmes immigrées ou vivant en milieu rural rencontrent des difficultés majeures dans leurs parcours de soins. De plus, la stigmatisation et la coercition persistent : 1 femme française sur 3 a ressenti des pressions lors de l’avortement.
Les mouvements anti-IVG : Une menace transnationale
Les mouvements anti-IVG, souvent d'inspiration religieuse, représentent une menace pour les droits des femmes. Ces acteurs se professionnalisent, se transnationalisent, sont plus organisés, structurés et financés, et exercent une influence croissante, y compris au sein des instances multilatérales.
Ils déploient des stratégies variées, allant des campagnes de désinformation aux pressions politiques, en passant par les recours à l'objection de conscience et les contraintes administratives.
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